‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04, comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 56 sur 112 · XXIX.

XXIX.

A UNE DAME.

Septembre, 1809.

Oh! madame! quand je quittai le lointain rivage où je reçus la naissance, à peine pensais-je qu'il me serait encore douloureux d'abandonner une autre contrée du globe: et pourtant, ici, dans cette île stérile, où la nature languit à demi expirante, où vous seule souriez, je vois avec crainte l'heure de mon départ. Quoique aujourd'hui je sois loin des bords escarpés d'Albion, dont me sépare l'abîme azuré des flots; peut-être après le court période de quelques saisons je reverrai les rochers de la patrie: mais, en quelque lieu que j'erre, sous un ciel brûlant et sur des mers diverses, quoique le tems puisse enfin me rendre à mes foyers domestiques, jamais je ne reposerai mes yeux sur vous,--sur vous, en qui brillent à la fois tous les charmes où se prennent, les coeurs imprudens, vous qu'on ne peut voir sans admiration, et, même; ah! pardonnez-moi le mot,--sans amour. Pardonnez ce mot à celui qui n'en offensera plus votre oreille; et puisque je ne peux avoir une place dans votre coeur, croyez-moi ce que je suis en effet, votre ami. Qui donc serait assez froid pour te voir, aimable voyageuse, et sentir pour toi moins de zèle, et n'être pas; ce que l'homme devrait toujours être, l'ami de la beauté dans l'infortune? Hélas! qui croirait qu'une femme telle que toi à parcouru la route des périls destructeurs, a bravé les coups de l'ouragan, ministre ailé de la mort, a échappé à la rage encore plus terrible d'un tyran? Oui, madame! quand je verrai les murs où jadis s'éleva la libre Byzance, quand je verrai Stamboul et ses palais orientaux où maintenant les tyrans turcs se renferment; quoique cette puissante cité occupe toujours un rang glorieux dans les annales de la renommée, elle aura sur mon esprit un droit encore plus cher, comme lieu de votre naissance. Aujourd'hui je vous dis adieu: mais lorsque je serai sur ce merveilleux théâtre, il sera doux pour moi qui ne puis demeurer où vous êtes,--il sera doux d'être où vous avez été.

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