XXXV.
INSCRIPTION
SUR LE MONUMENT D'UN CHIEN DE TERRE-NEUVE.
Newstead-Abbey, 30 octobre 1808.
La terre reçoit-elle en son sein la dépouille mortelle de quelque orgueilleux fils des hommes, inconnu à la gloire, mais placé haut par sa naissance? l'art du sculpteur épuise les pompes du deuil, et des urnes, chargées d'inscriptions, disent qui gît sous cette tombe. Quand tout est fini, on lit sur la tombe, non ce que l'homme fut, mais ce qu'il aurait dû être. Mais le pauvre chien qui, tant qu'il vit, est le plus sûr ami de son maître, le premier à l'accueillir, le plus prompt à le défendre, qui lui dévoue, sans réserve, son coeur fidèle, qui travaille, combat, vit, respire pour son maître seul,--le chien succombe sans honneurs funéraires, frustré des éloges qu'ont mérités ses vertus, et par nous déshérité là-haut de l'ame qu'il a eue sur la terre. Et cependant l'homme, vain insecte, espère le pardon, et réclame pour lui seul un ciel tout entier. O homme! faible et éphémère habitant de ce globe, être dégradé par l'esclavage ou corrompu par le pouvoir! quiconque te connaît bien doit te quitter avec dégoût, masse méprisable de poussière animée! Ton amour n'est que luxure; ton amitié, imposture; tes sourires, hypocrisie; tes paroles, mensonges! Vil par nature, tu n'es noble que de nom: chacune de ces brutes, qui forment avec toi la grande famille des animaux, pourrait te faire rougir de honte.--Passans qui, par hasard, verrez cette urne modeste, poursuivez votre chemin:--ce monument n'honore personne que vous désiriez pleurer. Ces pierres marquent la place où gisent les restes d'un ami: je n'en connus jamais qu'un seul, et il est ici.