‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04, comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 63 sur 112 · XXXVI.

XXXVI.

VERS ÉCRITS SUR UNE COUPE FAITE AVEC UN CRANE D'HOMME.

Newstead-Abbey, 1808.

1. Point d'effroi:--ne crois pas mon esprit envolé: en moi, vois seulement un crâne qui, par un privilége refusé aux têtes vivantes, ne répand jamais au dehors rien que d'excellent.

2. Comme toi, je vécus, j'aimai, je m'enivrai,--je mourus;--la terre t'a cédé mes os pour en faire un vase à boire; va, emplis-le jusqu'aux bords,--tu ne peux m'outrager: les vers ont une lèvre plus hideuse que la tienne.

3. Mieux vaut enserrer le jus pétillant de la grappe, que de nourrir la gent glaireuse des vers de terre[153]; mieux vaut, en forme de coupe, porter à la ronde la boisson des dieux, que de pourrir en proie aux reptiles.

[Note 153: Nurse the earth-worm's slimy brood. M.A.P. traduit: «Nourrir les vers dévorans de la tombe.» A-t-il eu raison de substituer un lieu commun à une image forte et neuve? Avons-nous eu tort d'être moins délicats et plus fidèles? Le lecteur en jugera. Cela d'ailleurs soit dit pour maint autre passage où nous avons eu, où nous aurons le même tort, si toutefois c'en est un.

(N. du Tr.)]

4. Là, où jadis mon esprit a peut-être brillé, brillons encore en inspirant les autres. Lorsque, hélas! nos cerveaux ne sont plus, peut-on mettre en leur place chose plus noble que le vin?

5. Bois toujours, tant que tu le peux faire;--lorsque toi et les tiens vous aurez passé comme moi, une autre race t'enlèvera, peut-être, aux embrassemens de la terre, et festinera, rimera avec des ossemens.

6. Pourquoi non? Puisque, durant les jours de notre courte vie, nos têtes produisent de si tristes effets; arrachées aux vers et aux débris de notre argile, elles courent la chance d'être de quelque usage.

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