‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04, comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 66 sur 112 · XXXIX.

XXXIX.

AU TEMS.

Tems! dont l'aile capricieuse entraîne, d'un vol lent ou rapide, les heures inconstantes, dont le tardif crépuscule ou l'aurore passagère ne fait que nous mener plus ou moins vîte à la mort,--salut! toi qui répandis sur mon berceau ces dons connus, hélas! de tous les êtres qui te connaissent! Toutefois, je soutiens mieux ton fardeau; car aujourd'hui je suis seul à en supporter le poids. Je ne voudrais pas qu'un coeur trop tendre partageât les momens amers que tu m'as départis: je te pardonne; depuis que tu laissas tout ce que j'aimai jouir de la paix ou du ciel. Joie ou repos à ces êtres chéris! les maux que tu m'apporteras pèseront en vain sur moi. Je n'ai reçu de toi que des années; c'est là tout ce que je te dois, dette déjà payée en douleur. Mais la douleur elle-même nous porte secours contre toi; elle s'empare du coeur, mais lui fait oublier ta puissance: la vive agonie du désespoir retarde, mais ne compte jamais les heures. Dans la joie, j'ai souvent gémi de penser que ta fuite rapide allait bientôt se changer en une lente marche. Tes nuages purent éclipser la lumière, mais non pas ajouter une nuit de plus à ma misère: quelque odieux et sombre que fût ton horizon, il convenait à mon ame: d'une seule étoile partait une étincelle qui prouvait que tu n'étais point--l'éternité. Ce rayon s'est éteint, et tu n'es plus qu'un vide pour moi,--un mouvement monotone dont l'on compte et l'on maudit la mesure dans ce vain et stupide rôle que tout mortel gémit de jouer ici-bas. Enfin, il y a une scène que tu ne peux altérer, terme de ta course paresseuse ou diligente, alors que l'homme, parvenu au bout de la carrière, dort d'un sommeil trop profond pour entendre l'orage qui gronde sur sa tête. Oui, je puis sourire de songer quelle sera bientôt la faiblesse de tes efforts, quand toute la vengeance que tu peux déployer tombera sur une pierre sans nom.

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