‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04, comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 81 sur 112 · LVI.

LVI.

TRADUCTION DE LA CHANSON ROMAIQUE.

[Grec: Mreno to perizoli, Ôraiotatê, k. t. l.]

La chanson que je traduis est en grande faveur parmi les jeunes Athéniennes de toutes les classes. Elles la chantent en rond, chacune entonnant tour à tour un vers, qui est répété en choeur par la troupe entière. J'ai souvent entendu cela dans nos [Grec: choroi] durant l'hiver de 1810-11. L'air est plaintif et assez joli.

1. J'entre dans ton jardin de roses, Haïdée[163], belle adorée! Tous les matins Flore y repose: c'est bien elle que je vois en toi. Oh! vierge aimable! je t'implore à genoux: reçois mon hommage sincère, reçois-le d'une bouche qui ne chante que pour t'adorer, et qui tremble pourtant de ce qu'elle a chanté. Comme la branche, au gré de la nature, donne à l'arbre, le parfum des fleurs et la richesse des fruits, ainsi brille dans ses yeux, dans tous ses traits, l'ame de la jeune Haïdée.

[Note 163: La vraie prononciation de ce mot [Grec: Chaêdê] c'est Ha-i-di.

(N. du Tr.)]

2. Mais le plus aimable jardin devient odieux, quand l'amour en abandonne les bosquets; donnez-moi de la ciguë,--puisque ma flamme ne peut plaire, cette herbe a plus de parfum que les fleurs. La liqueur exprimée de ce calice empoisonné[164] rendra la coupe bien amère: mais quand je boirai le breuvage mortel pour échapper à ta barbarie, mon ame y trouvera saveur douce. O cruelle, en vain je t'implore pour sauver à mon coeur ces horribles angoisses. Rien ne te rendra donc à mon sein? Hé bien! ouvre-moi les portes du tombeau.

[Note 164: Cela n'est pas exact, scientifiquement parlant: c'est moins de la fleur de la ciguë que de la plante tout entière que l'on retire un suc vénéneux.

(N. du Tr.)]

3. Comme le guerrier qui s'avance au combat avec le sûr espoir du triomphe, ainsi toi, sans autres dards que tes yeux, as-tu percé mon coeur d'une blessure profonde. Ah! dis-le moi, chère ame, dois-je succomber aux souffrances qu'un sourire dissiperait? L'espérance que jadis tu m'ordonnas de nourrir serait-elle une trop forte récompense de mes tourmens? Sombre aujourd'hui est le jardin de roses, belle, mais perfide Haïdée[165]! Flore y languit flétrie, et pleure avec moi sur ton absence.

[Note 165: Beloved but false Haïdee! M.A.P. traduit: «Tendre, mais trompeuse Haïdée.» Contre-sens,--et même contre bon sens: car un amant ne dit pas que sa maîtresse est tendre, au moment même où elle est inexorable.

(N. du Tr.)]

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