‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04, comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 97 sur 112 · IX.

IX.

MON AME EST SOMBRE.

1. Mon ame est sombre.--Oh! hâte-toi de saisir cette harpe que je puis encore entendre sans déplaisir; fais-en jaillir sous tes doigts rapides ces sons délicieux auxquels je prête une oreille attendrie. S'il y a encore dans mon coeur quelque douce espérance, ces accords la ranimeront: si dans mes yeux roule encore une larme, elle s'échappera et cessera de brûler mon cerveau[171].

[Note 171: Les poètes anglais parlent souvent du cerveau (brain) comme organe des facultés intellectuelles et morales: ce qui est conforme à la vérité. Nous autres Français, nous préférons mon coeur souffre, gémit, etc., mon sein, etc; expressions dues aux fausses théories des anciens, et même de quelques modernes, qui placèrent le siége de l'intelligence et des passions dans le coeur ou autres viscères. Cependant, à y bien réfléchir, il est aussi faux et ridicule de dire: «Mon coeur vous aime,» que de dire avec Homère: «Mon diaphragme vous aime ([Grec: phronê] ou [Grec: phrones]).» Nous avons donc toujoursà traduit brain par cerveau, et non point par tête, coeur, front ou sein, comme fait M.A.P. Nous désirons, autant qu'il est en notre minime pouvoir, naturaliser en France une locution juste.

(N. du Tr.)]

2. Mais choisis une mélodie sévère et grave, et ne débute point sur le ton de la joie. Je te le dis, ménestrel, il faut que je pleure: sinon, mon coeur succombera au fardeau qui l'accable, car il s'est nourri de chagrins, et a long-tems souffert dans un silence sans sommeil: aujourd'hui il est condamné à connaître un pire destin,--à se briser--ou à céder au charme de l'harmonie.

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