VIII.
LA PRIÃRE DE LA NATURE.
Père de la lumière! grand Dieu du ciel! entends-tu les accens du désespoir? Le crime de l'homme lui sera-t-il jamais pardonné? Le vice peut-il intercéder en sa faveur par la prière? Père de la lumière, je t'invoque! Tu vois mon ame triste et sombre; toi qui peux observer la chute du moineau, détourne de moi la mort du péché; je ne cherche pas d'autels déserts, de sectes inconnues; oh! indique-moi le chemin de la vérité! je reconnais ta terrible toute-puissance; épargne, en l'amendant, les fautes de la jeunesse. Que les bigots élèvent des temples sombres, que la superstition bénisse leurs portiques, que les prêtres, pour prolonger leur règne de ténèbres, trompent les hommes par des contes de cérémonies mystiques. L'homme bornera-t-il la puissance de son créateur à de gothiques monumens de pierres périssables? Ton temple est le domaine du jour; la terre, l'océan, le ciel, sont ton trône sans limites.
L'homme condamnera-t-il sa race aux flammes de l'enfer, si elle ne fléchit le genou dans tes temples somptueux? Nous dira-t-il que tous, pour un qui pèche, doivent périr dans la tempête universelle? Chacun d'eux prétendra-t-il gagner le ciel, et condamner son frère dont l'ame conserve une espérance contraire, ou que des doctrines moins sévères inspirent? Ces hommes, par des croyances qu'ils ne peuvent expliquer, peuvent-ils préparer un bonheur ou un malheur imaginaire? Ces reptiles qui rampent sur la terre connaissent-ils les desseins de leur sublime créateur? Ces hommes qui ne vivent que pour eux seuls, dont les années s'écoulent dans un crime perpétuel,--ces hommes effaceront-ils tous leurs vices par leur foi, et vivront-ils au-delà des limites du tems?
Père! je ne recherche point les lois d'aucun prophète,--tes lois apparaissent dans les Åuvres de la nature:--je me reconnais une créature faible et corrompue; cependant je t'adresserai mes prières, car tu veux les entendre! Toi qui guides les astres errans à travers les royaumes déserts de l'espace éthéré; qui apaises la guerre des élémens, et dont je reconnais la main puissante d'un pôle à l'autre:--toi qui, dans ta sagesse, m'as placé ici-bas; qui, quand tu le voudras, peux m'en retirer; ah! tandis que je parcours ma carrière sur ce globe terrestre, étends jusqu'à moi ta main protectrice. C'est toi, ô mon Dieu! c'est toi que j'invoque! Quel que soit le bien ou le mal qui m'arrive, je me relève ou je succombe par ton ordre, je me confie dans ta protection. Si, lorsque cette poussière sera retournée à la poussière, mon ame s'envole sur des ailes aériennes, comme ton nom glorieux et adoré inspirera sa faible voix! Mais si cet esprit fugitif partage avec l'argile l'éternel sommeil de la tombe, tant que la vie circulera dans mes veines j'élèverai vers toi ma prière, quoique condamné à ne plus me relever de la couche de la mort. A toi j'adresse mes humbles chants, reconnaissant de toutes tes faveurs passées, et j'espère, ô mon Dieu, qu'à la fin cette vie errante retournera dans toi.
22 décembre 1806.
NOTE.
L'auteur de cette traduction a publié dans une brochure récente[loc32] deux extraits des Védas, en sanskrit, en français et en persan, qui offrent des idées tout-à -fait analogues à quelques-unes de la prière de Lord Byron, qui leur est de quatre ou cinq mille ans postérieure. Voici la fin:
«O soleil! nourricier du monde! solitaire anachorète! dominateur et régulateur suprême! fils de Pradjâpati! écarte tes rayons éblouissans! retiens ton éclatante lumière, afin que je puisse contempler ta forme ravissante, et devenir partie de l'être divin qui se meut dans toi!
«Puisse mon souffle de vie être absorbé dans l'ame moléculaire et universelle de l'espace! Que ce corps matériel et périssable soit réduit en cendres!
«O Dieu! souviens-toi de mes sacrifices, souviens-toi de mes Åuvres! souviens-toi de mes sacrifices, souviens-toi de mes Åuvres!
«O Dieu du feu! conduis-nous par le droit chemin. O Dieu! tu connais toutes nos actions, efface nos péchés: nous t'offrons le plus haut tribut de nos louanges! notre dernière salutation.»
[Note loc32: Mémoire sur l'origine et la propagation de la doctrine du Tao, fondée en Chine par Lao-tseu, traduit du chinois, et accompagné d'un commentaire tiré des livres sanskrits et chinois, etc.; suivi de deux Oupanichads des Védas, avec le texte sanskrit et persan. Par M.G. Pauthier, de la Société Asiatique de Paris. A la librairie orientale de Dondey-Dupré.]