XII.
A MON FILS[loc35].
[Note loc35: Un an ou deux avant la date donnée à ce poème, il écrivit de Harrow à sa mère, pour lui dire qu'il avait éprouvé dernièrement beaucoup d'ennui à l'occasion d'une jeune femme, maîtresse de son ami Curzon, qui venait de mourir. Cette femme, se trouvant alors sur le point de devenir mère, avait déclaré que Lord Byron était le père de son enfant. Byron assurait positivement sa mère qu'il n'en était rien; mais persuadé comme il l'était que l'enfant appartenait à Curzon, il souhaitait qu'on en prit tout le soin possible, et priait sa mère d'avoir la bonté de se charger de lui. Une telle demande pouvait fort bien exciter l'humeur d'une femme plus douce que Mrs. Byron; cependant elle répondit à son fils qu'elle accueillerait volontiers l'enfant dès qu'il serait né, et qu'elle ferait pour lui tout ce qu'il désirait. Mais l'enfant mourut en venant au monde.]
Ces tresses blondes, ces yeux bleus rappellent les couleurs de ta mère; ces lèvres de rose, ces joues à fossettes, et ce sourire destiné à captiver le cÅur, retracent une scène de bonheur, et touchent le cÅur de ton père, ô mon enfant!
Et tu ne peux murmurer le nom de ton père.--Ah! William, si ce nom était le tien, sa conscience ne lui ferait point de reproche;--mais--écartons ces idées,--les soins que je prendrai de toi pourront me procurer quelque paix. L'ombre de ta mère sourira dans sa joie, et pardonnera tout le passé, ô mon enfant!
Le gazon a recouvert ton humble tombe, et tu n'as connu que le sein d'une étrangère. Le préjugé peut rire dédaigneusement de ta naissance, et t'accorder à peine un nom sur la terre; mais il ne saurait détruire une seule de tes espérances:--le cÅur d'un père est à toi, ô mon enfant!
Laisse un monde insensible exprimer son dédain; dois-je, pour lui plaire, désavouer la voix de la nature? Ah! non;--quoique les moralistes me réprouvent, je te bénis, le plus cher enfant de l'amour, beau chérubin, gage de jeunesse et de joie:--un père veille sur ton berceau, ô mon enfant!
Oh! quel charme, avant que l'âge ait ridé mon front, avant que d'avoir épuisé à moitié la coupe de la vie, de contempler à la fois en toi un frère et un fils, et d'employer le reste de mes jours à réparer mon injustice envers toi, ô mon enfant!
Quoique ton père étourdi soit bien jeune encore, sa jeunesse n'éteindra pas en lui le feu de l'amour paternel; et quand même tu me serais moins cher, tant que l'image d'Hélène revivra en toi, ce cÅur, plein de son souvenir, de son bonheur passé, n'en abandonnera jamais le gage, ô mon enfant!
1807.