‹ Œuvres complètes de lord Byron, Tome 05, comprenant ses mémoires publiés par Thomas MooreChapitre 40 sur 42 · III.

III.

A LADY CAROLINE LAMB.

Et tu dis que je n'ai pas de sentiment, que je ne ressens rien pendant que tu es éloignée de moi? Tu ne sais donc pas avec quelles délices je me suis abandonné à un rêve non interrompu de toi? Mais l'amour ne doit jamais nous ressembler, et j'apprendrai à t'estimer moins. Comme tu as fui, ainsi permets-moi de fuir, et change le cœur que tu ne peux rendre heureux.

On te dira, Clara! que j'ai paru, tout récemment, courtiser les charmes d'une autre; que je n'ai pas soupiré, que je n'ai pas eu d'humeur, comme si tu avais déjà été bannie de mon cœur. Clara! cette lutte--pour défaire ce que tu as fait si bien pour moi,--ce masque porté devant la foule niaise,--cette trahison--était une fidélité pour toi!

Je n'ai pas dormi depuis que tu es partie; mais j'ai cherché dans plusieurs tout ce qu'une seule (ah! ai-je besoin de la nommer?) pouvait m'accorder. C'est un devoir que je dois au tien--à toi--à l'homme--à Dieu, de modérer, d'éteindre ce feu coupable, avant que le chemin du crime soit parcouru.

Mais puisque mon sein n'est pas si pur, puisque le vautour déchire encore mon cœur, que j'endure cette agonie, et non toi--oh! la plus chérie des femmes! Par pitié, Clara! séparons-nous; et je chercherai à éviter, je ne sais comment, le dard menaçant:--le vice ne doit pas prendre pour but un objet tel que toi.

Mais tu dois m'aider dans cette tâche, et exercer ainsi noblement ton pouvoir. Alors dédaigne-moi,--c'est tout ce que je demande--avant que le tems ne mûrisse une heure plus coupable; avant que la coupe de la colère ne verse des remords redoublés sur ma tête; avant que des feux inextinguibles ne dévorent mon cœur, dont les espérances sont mortes depuis long-tems.

Ne t'abuse pas plus long-tems, ainsi que moi; n'abuse pas des cœurs meilleurs que le mien; ah! ne peux-tu pas, ne veux-tu pas fuir des malheurs comme le nôtre,--une honte comme la tienne? S'il y a une colère divine, une torture au-delà de ce souffle de vie passagère, renonce--même maintenant, à toute espérance future; de telles pensées sont un crime,--un tel crime est la mort.

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