VI
Le Puy de Dôme était pour l’Auvergne à la fois roi légitime et tyran capricieux. Il avait la cime dominatrice de tout le pays. Assurément, avec ses 1465 mètres, elle est moins haute que le Puy Mary ou le Puy de Sancy: mais les anciens ignoraient sans doute cette infériorité, et le Puy de Dôme devait leur paraître plus grand que tous. Les autres se font jour dans des fouillis de montagnes: il se dresse en face de la plaine même, il y prend presque pied, ainsi que le colosse de Rhodes prenait pied dans la mer. Il est, pour tous les hommes de la campagne, importun, obsédant, inquiétant. On ne peut, dans la Limagne, détacher les yeux de la terre sans le voir, lui ou son ombre. Il apparaît à l’extrémité de presque toutes les rues de Clermont. Quand il ne ferme pas l’horizon, il le domine de son buste net, majestueux, sombre, et jamais impassible.
C’est de lui que les paysans de la plaine et les vignerons du coteau attendent, avec angoisse, le salut ou la ruine. Si le soleil sourit sur la cime, la journée sera belle, et on mettra la moisson à l’abri. Mais c’est aussi autour de ses flancs que s’amoncellent les nuages que l’on redoute, et parfois, à les voir naître sur ses pentes, on peut croire qu’il les a formés.
Lui, il ne souffre pas de la tempête qu’il déchaîne. Trouvez-vous sur le Puy de Dôme, à l’une de ces heures d’orage qui terrifiaient les anciens. Le spectacle est émouvant. Au-dessus de la tête, le ciel bleu et un tiède soleil qui caressent les rochers; aux pieds, les nuages noirs qui se déroulent et la foudre qui crépite.--Si Gergovie était un admirable refuge pour les hommes, le Puy de Dôme était un incomparable séjour pour une divinité: et, lorsque les Gaulois s’y réunissaient près d’elle, ils pouvaient n’avoir plus rien à craindre, si ce n’est l’improbable chute du ciel.