‹ Voyage au DarfourChapitre 7 sur 27 · CHAPITRE II.

CHAPITRE II.

Mœurs et coutumes des souverains du Dârfour. — Leur autorité despotique. — Investiture du sultanat ; cérémonies. — Les Habbôbah. — Réceptions du sultan au divan. — Le sultan en voyage. — Fête du revêtement des cuivres ou grandes timbales. — Repas d’épreuve ; usage de la chair humaine. — Revues. — Épreuves par l’eau de Kyly. — Fête des semailles.

Sachez que le Dieu saint et très-haut, en formant les créatures par sa toute-puissance, les a différenciées par un effet de sa sagesse, et a établi les diversités de mœurs et de natures comme un objet d’étude pour l’intelligence de l’homme, comme un sujet de méditation pour sa raison et sa pensée. En examinant les différentes formes des empires, les variétés de goûts et d’habitudes des peuples, et les résultats de ces différences, on voit que le grand Créateur (sa majesté soit glorifiée !) a multiplié les aspects des nations du monde, et leur a donné à toutes des caractères spéciaux et distinctifs, pour nous montrer l’immensité de son pouvoir et la profondeur de sa sagesse. Si on jette ses regards sur les diversités des langues des hommes, de leurs couleurs, de leurs vêtements et des habitudes de la vie, on découvre encore une preuve irréfragable de la puissance divine ; car le Très-Haut a dit dans son saint Livre : « La preuve de ma puissance se montre même dans le sommeil qui vous vient ou la nuit ou le jour, et dans les différences des langues et des couleurs des hommes. »

De plus, Dieu a imprimé un caractère aussi à chaque climat. Il y a des climats chauds, des climats froids, des climats tempérés, selon qu’ils sont ou plus près ou plus loin de la ligne équinoxiale. Si Dieu eût voulu, il n’eût fait de tous les peuples qu’une seule nation identique, mais il leur a assigné des dissemblances comme traits caractérisques ; de là, un motif qui pousse les hommes à connaître ce qu’ils ignorent. Sans ces nuances physionomiques des peuples, l’homme ne se fût pas lancé dans les plages inconnues, il n’eût pas prodigué dans les voyages ses richesses et sa vie.

Ces vérités établies, venons à notre but.

Les princes fôriens ont des coutumes différentes de celles des autres princes. Le souverain, au Dârfour, a un pouvoir despotique et sans bornes. Qu’il mette à mort des milliers d’individus, nul ne demande : pourquoi ? Qu’il dégrade, destitue, nul ne demande : pourquoi ? Ses désirs, ses volontés sont la loi suprême et absolue. Jamais d’opposition à ses ordres, quelque odieux qu’ils puissent être ; on n’a que la permission de demander grâce, et non celle de résister, ne fût-ce que par une parole. Si le sultan commet un acte d’injustice ou d’abus de pouvoir, qui suscite la haine des sujets, cette haine reste ensevelie dans les cœurs, et jamais on ne cherche à rien tenter contre son autorité.

Il est de principe fondamental au Dârfour que le souverain doit être de la famille et du sang des sultans. Jamais un individu étranger à la lignée directe des princes, fût-il même chérif reconnu comme de pure descendance du Prophète, n’a le droit de prétendre au trône.

Lorsqu’un prince est nouvellement investi du pouvoir, il se repose durant une semaine dans sa demeure, sans donner ni ordres ni défenses ; pendant cette durée de temps, nulle affaire n’est portée à son tribunal. Le sultan Abd-el-Rahmân fut le premier qu’on vit déroger à cette coutume, comme nous l’avons remarqué en parlant de son avénement.

Auprès des sultans fôriens sont de vieilles femmes appelées les habbôbah, qui composent une sorte de corps aulique assez nombreux. Elles sont sous les ordres d’une d’entre elles, qui a le titre de reine des habbôbah. Lorsque le sultan est sorti de la retraite de sept jours qui suit son inauguration, les habbôbah se réunissent et viennent le trouver, portant chacune, à chaque main, deux tiges de fer appelées kourbâdj (de la longueur d’environ 2 pieds), et façonnées selon les fig. 2, 3 et 4[129] ; elles frappent ces kourbâdj les uns contre les autres, et produisent ainsi un cliquetis très-singulier.

Une de ces vieilles tient à la main une poignée ou petit balai de folioles de dattier blanchies ; elle a aussi une eau particulière, sur la composition de laquelle les habitants du pays ne sont pas d’accord. La vieille trempe dans cette eau son petit balai blanc, et en asperge par intervalles le sultan ; alors toutes les habbôbah prononcent à haute voix certaines paroles à elles seules connues. Ensuite elles reçoivent le nouveau prince au milieu de leur troupe, le conduisent en procession (fig. 9)[129] de sa demeure particulière (fig. 16)[130] au dépôt des Cuivres, c’est-à-dire aux huttes où sont les nacârieh, ou timbales du sultan. Une fois entrées, elles vont prendre le nacâryeh appelé mansourah, ou victorieux, se rangent en cercle, et mettent le mansourah au milieu d’elles. Le sultan est alors seul avec les habbôbah, qui, rangées comme nous venons de le dire, battent et entrechoquent leurs kourbâdj, toujours en répétant leurs paroles mystérieuses. Après cette cérémonie, elles ramènent le prince au lieu où est le trône impérial.

Quand les sept jours de repos sont expirés, le mouvement des affaires publiques recommence, et le nouveau souverain ouvre son divan.

Jamais le sultan n’adresse les paroles ordinaires de salut à personne, grands ou petits, riches ou pauvres, que par l’intermédiaire d’interprètes. Voici comment : ceux qui entrent chez le prince se mettent à genoux ; alors un interprète s’avance de son côté, et lui nomme l’une après l’autre toutes les personnes présentes, avec cette formule : « Inau taura felân do n a kennyaguy dâry ; » c’est-à-dire, dans l’ordre des mots : « Ici, dehors, un tel, salut (vous) donne, humblement. » Quand l’interprète a fait cette cérémonie pour tous, il ajoute : « Ky kyn dogola kéri n a ; avec eux sont leurs gens (ou leurs enfants) derrière eux. » Mot à mot : ky, avec, kyn, eux, dogola, enfants, gens, kéri, derrière, n a, eux.)

Alors les nègres placés debout derrière le sultan, et appelés kôrkoa (sorte de gardes du corps), se mettent à répéter plusieurs fois : « Do n arây do n a, do n arây do n a, » c’est-à-dire, « Salut salut, salut salut[131]. » S’il y a une grande assemblée, on bat alors une grosse caisse en bois, appelée dingâr, faite en manière de cône renversé, et couverte d’une peau (voy. pl. IV, fig. 5) : cette caisse a un son très-retentissant. Lorsqu’il n’y a pas grand divan, on ne bat jamais le dingâr.

Il existe au Dârfour différents usages singuliers pour exprimer sa haute vénération pour la majesté du souverain ; ainsi, toutes les fois que le sultan crache, son crachat est aussitôt essuyé à terre, avec les mains, par un des serviteurs qui sont devant lui, et dont l’œil attentif épie ses moindres gestes et ses moindres mouvements. Lorsqu’il tousse comme pour parler, tout le monde fait ts, ts, c’est-à-dire le son de t frappant sur s, et produit par le battement léger de la langue derrière la racine des dents supérieures (comme font souvent les nourrices à leurs nourrissons encore très-jeunes, pour les amuser). Lorsqu’il éternue, toute l’assemblée fait entendre un bruit comme le cri du jecko, ou comme celui par lequel un individu excite sa monture à marcher (c’est-à-dire en appliquant fortement la pointe de la langue au palais, et la détachant vivement, tout en desserrant les mâchoires par un mouvement rapide).

Quand on est en grand conseil, et que le conseil se prolonge quelque temps, on évente le sultan avec un large éventail en plumes d’autruche. Quand le prince va à la chasse, on lui fait de l’ombre avec un parasol et quatre larges éventails en plumes d’autruche, enveloppées par en bas et fixées dans un support revêtu de drap rouge. Ce genre d’éventail est appelé rych, ou plumes, et a la forme représentée dans la fig. 1 (pl. IV). On tient le parasol de manière qu’il soit au-dessus de la tête du sultan, et on porte deux éventails à sa droite et deux à sa gauche, mais assez rapprochés du parasol pour que le sultan soit de beaucoup débordé par l’ombre. Un roi est spécialement chargé de la conservation du parasol et des rych, et il a à ses ordres des subdélégués qui vont toujours à pied et se relayent à tour de rôle pour ombrager le prince.

Lorsque le sultan est à cheval, son tapis est porté par un homme. La garde et le soin de ce tapis sont confiés à un roi spécial, qui a aussi des serviteurs particuliers pour le porter alternativement.

Quand le sultan fait une course à cheval, si par hasard le cheval fait un faux pas et le renverse, ou si le sultan, emporté par le cheval, tombe, tous ceux qui l’accompagnent se jettent à terre de dessus leurs chevaux. Nul ne peut se dispenser de cette chute honorifique lorsque le prince est démonté. Si alors on voit quelqu’un rester en selle, et ne pas faire la chute d’obligation, on le couche à terre, et il reçoit une volée de coups, fût-il un des personnages les plus élevés, car il a forfait à son devoir et manqué de respect pour le souverain.

Quand le sultan est en divan pour rendre la justice, même en divan particulier, il ne parle jamais directement aux assistants, il le fait toujours par l’intermédiaire d’un interprète. Si l’audience est nombreuse et publique, il y a alors sept interprètes rangés au milieu du divan ; le premier est près du sultan, et le dernier près des parties plaignantes. Des soldats sont placés en ligne autour de la salle, des ulémas et des chérifs assistent aux débats et aux délibérations. La disposition de l’assemblée est représentée dans la pl. IV (fig. 8). Les étrangers et les parties plaignantes, ashâb-el-dâoua, sont à genoux, la paume des mains appliquée à terre. Les mauguéh, ou bouffons du sultan, sont toujours debout[132]. Le sultan salue ceux qui viennent réclamer sa justice, alors ils essuient tous le sol avec leurs mains. Celui qui prend la parole commence toujours par : « Salut à notre seigneur et maître, sallem ala syd-na, » s’il est Arabe ; s’il est Fôrien, il dit à l’interprète : « Abakoury do n a djény, à notre seigneur et maître, salut donne » (mot à mot). Si le sultan prend ensuite la parole, et répond en arabe, il dit : « Sallem aléy, salue- le, » et un interprète traduit ces mots par : « Do n ây dây n syd-y (te) salue notre maître. » (Dây n, de nous, ou notre.) Mais si le sultan parle à des individus non arabes, il leur dit en fôrien : « Do n a djény, salut donne (leur). »

Ces formules ne sont pas seulement usitées au divan du sultan, elles le sont encore dans toute assemblée où il y a quelque affaire à informer et à examiner, c’est-à-dire devant les câdis et les cheykhs des villages. On ne peut traiter aucune question judiciaire sans la formule do n a djény, qu’on répète après chaque membre de phrase, ce qui allonge singulièrement les délibérations, même les plus simples. Celui qui ouvrirait une discussion sans le do n a djény, serait regardé avec dédain et considéré comme un individu incivil et très-mal élevé ; s’il est en présence d’un supérieur, d’un chef, on le rappelle vertement à l’ordre, à moins toutefois qu’il ne soit étranger ; dans ce cas, on l’excuse.

Une sorte de coutume assez bizarre des princes fôriens est le revêtement des cuivres ou timbales : cette coutume est exclusive au Dârfour. Le revêtement consiste à renouveler les peaux des grandes timbales appelées en Égypte nacâryeh. C’est une cérémonie de la plus haute solennité, et elle constitue une fête publique annuelle qui dure sept jours. Voici comment elle se passe.

Le sultan ordonne d’enlever les peaux de tous les nacâryeh dans un seul jour ; ce dépouillement terminé, on amène des taureaux de poil gris noirâtre, et on les égorge ; leurs peaux sont destinées à recouvrir les timbales.

Les Fôriens font à ce sujet un récit qui sera difficilement admis de ceux qui ont quelque intelligence ; mais au Dârfour c’est une croyance parfaitement acceptée. Les Fôriens prétendent que les taureaux dont nous venons de parler sont une espèce particulière qu’ils savent très-bien reconnaître, et qui, lorsqu’on va les égorger, se couchent d’eux-mêmes et sans que personne les tienne ou leur fasse violence. On les tue sans dire le préambule obligé : « bism illah, au nom de Dieu[133]. » On est persuadé, au Dârfour, que lorsqu’on tue ces taureaux, ce sont les génies qui les saisissent et les font coucher à terre.

Aussitôt que les taureaux sont expirés, on sépare la chair de la peau et des os, et on la dépose dans de grands vases de terre où on la laisse, avec du sel, pendant six jours ; le septième jour, on amène d’autres taureaux ordinaires, des moutons, des chevreaux, etc. ; on égorge le tout, et on en fait cuire la chair. Pendant ce temps, on retire la viande qu’on a mise avec du sel dans les vases de terre, on la coupe en petits morceaux, et on en mêle dans chaque marmite avec la nouvelle viande.

Des tables sont préparées en nombre suffisant pour tous les rois, pour les enfants des sultans et pour les vizirs ; elles sont disposées par groupes et placées, relativement les unes aux autres, selon le rang des dignitaires. A chacune de ces tables est un inspecteur qui, au nom du sultan, observe quels sont ceux qui mangent et quels sont ceux qui ne mangent pas. Si quelqu’un s’abstient de manger, le sultan en est informé, et le fait saisir sur-le-champ ; car on croit que celui qui a projet ou velléité de trahison contre le souverain ne peut manger de ces viandes.

Lorsque, sous prétexte de maladie ou pour tout autre motif, quelqu’un de la cour n’assiste pas à ce festin, on lui envoie chez lui quelques plats de viande, et un inspecteur sûr et dévoué l’observe. S’il refuse de manger, on le saisit, à moins toutefois qu’il ne soit très-gravement malade.

Beaucoup de Fôriens prétendent que, pour cette sorte de festin, on égorge secrètement un jeune garçon et une jeune fille qui ne soient pas encore pubères, qu’on les coupe en morceaux, et qu’on mêle leur chair, dans les marmites, à celle des taureaux et des moutons qu’on a tués. On prétend même que le jeune garçon doit s’appeler Mohammed, et la jeune fille Fatmé. Si le fait est vrai, ces hommes sont des infidèles, des barbares outrageant Dieu et son Prophète. Pour moi, je n’ai rien vu de cette cérémonie, je n’ai pas pu y assister ; jamais un étranger n’y est admis : mais j’en ai appris les détails de nombre d’individus qui m’ont affirmé et juré par serment la vérité de ce récit, de manière à ne présenter aucun doute.

Avant qu’on ne serve les viandes, on assemble tous les soldats sur la place du Fâcher, pour la grande revue ; le sultan paraît ensuite dans sa plus brillante parure et au milieu d’un nombreux cortége. Tous les rois, l’un après l’autre, lui font passer en revue leurs troupes et toute leur suite. Voici comment s’accomplit cette cérémonie. (Voyez fig. 16, pl. III, le palais du sultan.)

Un des rois, avec toute sa suite, s’élance au grand galop jusque vers le sultan ; si ce roi est un des plus hauts personnages de l’État, le sultan sort du milieu de son cortége, et s’avance, à deux ou trois pas, à la rencontre du roi. Lorsque le roi est d’un rang moyen, le sultan reste en place. Dans tous les cas, le roi s’en retourne avec sa suite à l’endroit où il était d’abord ; il exécute cette manœuvre trois fois, mais à la troisième fois il fait défiler ses troupes devant le sultan, et tous vont ensuite reprendre leur poste. Un autre roi sort des rangs à son tour, répète la même cérémonie, et ainsi de suite jusqu’au dernier.

Quand cette revue est terminée, le sultan part au galop, et se dirige vers le roi du rang le plus élevé ; de celui-là, il passe à ceux qui le suivent en dignité, et il finit par ceux de rang inférieur ; mais à chacun d’eux il adresse quelques paroles d’encouragement et de félicitation. A chaque fois qu’il arrive d’une troupe à l’autre, tous poussent un hourra accompagné de qualifications flatteuses, telles que : « O manteau (protecteur) des nations !... O souverain, arbitre des souverains !... O collier de force des rois !... O toi qui punis ceux qui te résistent ! » etc.

Ensuite le sultan rentre dans son palais, escorté de tous les dignitaires de l’État, des vizirs, des rois et des fils des sultans ; et de là il va au dépôt des cuivres. Quand il y est arrivé, il prend une baguette et en frappe trois coups sur le nacâryeh-mansourah. Les vieilles, ou habbôbah, sont alors rangées autour du prince, et ont en main leurs kourbâdj qu’elles battent les uns contre les autres. Enfin, elles se disposent sur deux lignes, et sortent avec le sultan, qui marche entre les deux dernières. (Voy. pl. IV, fig. 9.) J’ai assisté à cette dernière cérémonie.

La procession se rend au lieu des assemblées du prince (voy. chap. IV), et alors on distribue les viandes dont nous avons parlé tout à l’heure.

Si quelque gouverneur ou vizir est absent du Fâcher, lors de la fête du renouvellement des peaux des cuivres, et qu’à son retour on le soupçonne de malveillance ou de trahison, au lieu de l’épreuve des viandes, on lui fait boire de l’eau de kyly. C’est de l’eau dans laquelle on a infusé le fruit d’un arbre appelé kyly par les Fôriens. Ce fruit est semblable à une noix. On dit au Dârfour qu’un accusé à qui on fait boire de l’eau de kyly, la vomit sur-le-champ, s’il est innocent ; s’il est coupable, il peut en boire, sans vomir, une quantité considérable, et même jusqu’à une jarre. J’ai vu faire l’expérience sur un individu accusé de vol.

Il est possible que ces effets dépendent de propriétés particulières au kyly, car au Dârfour, les plantes ont, pour la plupart, des vertus singulières : nous en parlerons bientôt, s’il plaît à Dieu.

Voici une coutume remarquable des princes du Dârfour.

Le sultan possède, en propriété spéciale, des terres labourables qu’on sème pour lui chaque année. A l’époque des semailles, c’est-à-dire, après les pluies, il sort en grande pompe, escorté de plus de cent jeunes femmes, choisies parmi les plus belles, et ornées de tout ce qu’elles peuvent avoir de parures et de bijoux. Ces femmes font partie de son sérail, et sont celles qu’il aime le mieux. Elles portent sur leurs têtes des vases, appelés omrah, remplis des mets les plus recherchés ; elles marchent derrière le cheval du sultan avec les jeunes esclaves appelés kôrkoa, armés de lances, et avec une troupe de joueurs de flûte, qui font murmurer leurs voix en soufflant dans leurs flûtes. De leur côté, les kôrkoa les accompagnent de leurs chants. Quand les jeunes filles sont sorties de la demeure du sultan, elles se mettent également à chanter avec eux ; tout cela compose une sorte de concert des plus singuliers, et un spectacle pittoresque. Le prince, une fois arrivé en pleine campagne, descend de cheval, prend différentes graines, et, à mesure qu’un esclave pioche la terre, il les jette et les sème. C’est la première semence qui tombe sur le sol, dans la contrée où est alors le sultan. Ensuite les rois, les vizirs, les officiers de la cour, suivent l’exemple du souverain, et en un moment toute la plaine est semée. Cela fini, on prépare les mets apportés par les jeunes filles, on les étale devant le sultan, qui, alors se met à manger avec ses vizirs. Enfin, il remonte à cheval et retourne en grand appareil au Fâcher. Cette fête des semailles est une des plus solennelles du Dârfour[134].

[Décoration]

[Note 129 : Voir la planche IV.]

[Note 130 : Voir la planche III.]

[Note 131 : C’est là le seul salut que fasse le sultan, et cela par la voix des esclaves. Il signifie : le sultan vous salue et salue, salue et salue. — Le mot rây dans cette formule est explétif.]

[Note 132 : Nous parlerons bientôt des mauguéh.]

[Note 133 : Les musulmans, avant de tuer un animal, même à la chasse, doivent toujours dire bism illah ; sans cela, la victime n’est pas bénie et ils n’en mangent pas. Du reste, le bism illah doit se dire avant tout acte, quel qu’il soit, sans exception aucune.]

[Note 134 : Les empereurs de la Chine, comme on le sait, ont une cérémonie analogue à cette fête.]

Page 1