Chapitre 15 Un étudiant en médecine
Tu sais ce que c’est qu’une expédition ?
Oui, j’en ai fait vingt-huit.
— Hier, à la neige tombante, nous sommes partis quatre en berline.
Pas de grelots, mais crobarts.
Nous nous sommes rendus tu sais où ?
Parvenus à ce qu’on appelle un charnier, nous nous sommes glissé à plats ventre, nous avons allumé notre lanterne-sourde.
Ce qu’il y a d’embêtant là-dedans est de franchir la clôture, trop haute à notre gré, et d’entendre l’aboiement des chiens qui peuvent donner l’éveil au moment décisif.
Nous avions ouvert douze cercueils et transporté neuf sujets. Les trois autres étaient des picotés.
Nous les avions transportés dans nos bras l’espace de trois arpents dans un sol tourmenté comme celui des cimetières.
Le plus difficile était de leur faire franchir la clôture.
Mais un étudiant en médecine trouve toujours des expédients.
Ils étaient là, huit, lorsqu’au neuvième, pendant une nuit bien noire, nous constatons que notre cheval a disparu.
Nous jetons de la neige sur nos morts, résolus de venir les chercher le lendemain.
Nous allons à la recherche de notre cheval que nous trouvons enfoui avec la berline dans un banc de neige.
Nous revenons sur nos pas.
La plus belle expédition qui ait jamais été faite.
Ce soir-là, sur les dix heures, je me débarrassai de la peinture du cercueil, je fis ma toilette et à onze heures, armé de gants blancs, je dansais un quadrille et les lanciers avec une foule de jeunes filles et avec celle qui est aujourd’hui ma femme.
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