Chapitre 16 Un autre étudiant en médecine
J’ai été, me dit-il, pendant l’espace de trois ans, élève interne et apothicaire de l’hôpital de la marine et des émigrés de Québec.
Durant ces trois années, médecins et élèves, nous avons enduré trois épidémies de choléra.
J’ai fait trente-deux autopsies, dans une journée, un dimanche.
Nos domestiques nous avaient abandonnés par peur.
Le chapelain, le chirurgien en chef et moi, nous avons vidé et rempli les paillasses des morts et des mourants pendant huit jours.
L’enterreur cette année-là a fait fortune.
Le nom du fossoyeur, si je me le rappelle bien, était Fortier, mort depuis quelques années.
Ce qui m’ennuyait le plus dans tout ce brouhaha, c’était le clouage des cercueils, depuis cinq heures du matin jusqu’à sept heures.
Je fis cesser ce vacarme en ordonnant de mettre des vis au lieu de clous.
Une nuit, voici ce qui m’est arrivé. Jimmey, le portier, vient m’éveiller et m’annonce qu’un nouveau cholérique est amené à l’hôpital.
Il me dit : I think he is dead, sir.
Il était alors trois heures du matin.
Je lui réponds : Take him to the head house.
Qui fut dit fut fait.
À sept heures, on vint m’annoncer que ce prétendu mort confiné dans la salle des morts n’était pas mort.
J’ordonnai qu’on le remontât dans la salle des cholériques, et, trois heures après, je l’en faisais redescendre remort.
Un de nos gardiens, Patrick, effrayé à la vue de ces morts et de ces mourants, vint me dire un jour qu’il avait peur et qu’il nous abandonnait.
Je lui dis : Patrick you are wrong.
Il me répondit : Sir, I cannot stand it any longer.
Il alla s’asseoir pendant une heure à l’ombre d’un des arbres nouvellement planté sur le parterre de l’hôpital de la marine.
Il partit vers trois heures de l’après-midi.
À 4 heures, le lendemain matin, on vint m’éveiller pour un nouvel arrivant : c’était Patrick.
À sept heures, Patrick était mort.
J’ai assisté à son enterrement avec le chapelain de l’hôpital de la marine.
Pour la première et dernière fois, j’ai vu le long sillon destiné aux morts du choléra.
Un petit rossignol, perché sur l’arbre de la croix, chantait de mélodieux accents !
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