Chapitre 3
Si sur ce dernier point Bachollet se félicitait à tort – car la porte du vieux crocodile n’était pas du tout crochetée, comme on l’espérait, bien au contraire – sur le premier, l’état moral de Gaston, il avait raison d’être satisfait de sa sagacité.
Il était vrai, il n’était que trop vrai que dans son mariage Gaston n’avait pas trouvé le bonheur parfait, et, au lieu d’aller trop loin dans ce qu’il avait dit, Bachollet était resté au-dessous de la réalité.
En se mariant Gaston s’était imaginé qu’il allait avoir sa femme à lui, tout à lui.
Mais il ne lui avait pas fallu longtemps pour reconnaître qu’il ne pouvait pas en être ainsi.
Ceux qui sont nés indépendants et ont pu depuis leur enfance ne faire que ce qui leur plaît, sont disposés à croire que la vie est un beau fleuve aux rives fleuries sur lequel on n’a qu’à se laisser aller agréablement au courant : c’était le cas de Gaston ; ce n’était pas celui de Zyte : il fallait qu’elle travaillât ; et à chaque heure, le jour, la nuit, le travail lui rappelait qu’elle était son esclave : en plus des représentations, il y avait les répétitions ; et en plus des répétitions, l’étude personnelle, la réflexion, la recherche, l’application : toute une série d’opérations de l’esprit qui étaient inconnues à Gaston habitué à n’écouter que le caprice de l’heure présente. Maintenant l’heure, la sienne aussi bien que celle de Zyte, appartenait au théâtre, à la direction et au public. Quand, dans la vie ordinaire, la femme reste seule à la maison pendant que le mari travaille, elle a généralement des occupations qui prennent son temps, lui n’en avait d’aucune sorte, et il était bien seul, tout seul, sans que rien dans son oisiveté vînt abréger les heures qui s’ajoutaient à ses heures vides.
Tout d’abord il ne s’en était pas trop inquiété, se disant que, quand son père céderait à l’influence du fait accompli, Zyte ne travaillerait plus, et deviendrait la femme qu’il voulait qu’elle fût ; mais cette influence ne s’était point manifestée comme il l’espérait et quand Zyte de pensionnaire était devenue sociétaire, le travail avait augmenté pour elle, car les choses ne se passent pas au Théâtre-Français comme au boulevard où, quand une pièce nouvelle décroche un succès, les acteurs en ont pour cent ou deux cents soirées sans se donner d’autre peine que celle de la représentation ; à la Comédie-Française, à côté des pièces nouvelles qui tiennent l’affiche il y a place pour le répertoire qui ne disparaît jamais, c’est-à-dire dix, quinze, vingt rôles qu’il faut être toujours prêt à jouer au pied levé et ces rôles il avait fallu que Zyte les apprît et les étudiât.
Au commencement, et pour échapper à la solitude de ses soirées, Gaston avait voulu accompagner sa femme au théâtre et si, plus d’une fois, il avait été choqué dans sa dignité bourgeoise que Zyte fut trop mademoiselle Duchatellier avec ses camarades et pas assez madame Gaston Chamontain, en somme il avait trouvé un certain agrément à cette vie toute nouvelle ; partout il ne rencontrait que de la politesse et même de l’amabilité et puis le mouvement de la scène et du foyer l’amusait ; les soirs de grand répertoire il y avait un éclat, un brillant qui plaisait aux yeux ; les marquis se saluaient dans les corridors, sous l’œil souriant des bustes de leurs devanciers ; les traînes d’Éliante « et de Célimène aussi » emplissaient le grand foyer ; l’aigrette de Rodrigue, les panaches de M. Jourdain, les toges des Romains, le pallium des Grecs, les grandes perruques bouclées des gens de cour, les épaules nues des soubrettes formaient sous la lumière crue du gaz des tableaux sévères ou papillotants selon les jours ; on causait, on faisait des mots, et autour des femmes qu’ils connaissaient les abonnés en tenue de soirée, le chapeau à la main, caquetaient.
Mais l’agrément des premiers temps s’était bien vite émoussé par l’habitude, et certaines choses qui tout d’abord lui avaient été indifférentes l’avaient blessé.
Évidemment, il n’était plus le monsieur pour qui l’on se met en frais d’amabilité, en lui faisant cérémonieusement les honneurs de chez soi, il était simplement le mari de mademoiselle Duchatellier, c’est-à-dire une sorte de camarade, moins la camaraderie et, par cela même, un personnage assez mal défini, avec qui il n’y avait pas à se gêner – et l’on ne s’était pas gêné.
À la Comédie-Française, les acteurs qui ne sont pas en scène, au lieu d’errer dans les coulisses, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, se tiennent dans un petit compartiment construit sur la scène même, adossé au gros mur, ouvert d’un seul côté et surmonté d’un plafond bas ; on y trouve deux banquettes pour s’asseoir, une glace pour s’arranger, et l’on y est, jusqu’à un certain point, à l’abri des courants d’air ; sa forme lui a fait donner le nom de Guignol. La première fois que Gaston avait accompagné sa femme, on lui avait fait les honneurs du Guignol, il s’était installé sur une des banquettes, et pendant que Zyte jouait son rôle, il avait causé agréablement avec ceux qui n’étaient pas en scène, – c’était un salon comme un autre.
Mais le côté du salon s’était peu à peu effacé à mesure que « le mari de Duchatellier remplaçait Monsieur Gaston Chamontain ; » insensiblement chacun avait repris sa liberté d’allure et de langage ; ceux qui, par leur situation ou leur caractère, tenaient à la correction des manières l’avaient gardée ; tandis que d’autre part ceux qui, pour une raison de jeunesse, de tempérament ou d’éducation, préféraient le laisser-aller, avaient renoncé à se contraindre : n’était-on pas entre camarades ; on pouvait s’observer lorsque quelques abonnés étaient en visite, et afficher alors une politesse exagérée, mais avec le mari de Duchatellier ce n’était vraiment pas la peine ; il était de la maison. À ce moment une jeune pensionnaire ne faisait point un pas sans être tenue en lisière par sa mère, au loyer, au Guignol, dans les corridors, dans les escaliers, partout la mère marchait dans l’ombre de sa fille, et comme il courait sur celle-ci des cancans en désaccord avec son ingénuité, cette surveillance maternelle paraissait aussi ridicule qu’agaçante. On en riait, et l’on se faisait un jeu de s’en moquer au nez de la mère qui au premier mot prenait des mines de poule effarouchée. Cependant jamais on ne la mettait en déroute et là où se trouvait sa fille, elle restait solide à son poste, au Guignol plus que partout ailleurs. « Mesdemoiselles, fermez vos oreilles, on va raconter une histoire que ne doivent point écouter les jeunes personnes qui mangent leur pain en tartine. » La première fois qu’on avait raconté une histoire de ce genre devant Gaston, Zyte était en scène, et il en avait ri, la trouvant aussi drôle qu’étaient amusants les airs effarés de la mère. Mais la seconde fois Zyte était présente, et bien que l’histoire ne fût pas plus vive que celle qui l’avait fait rire, il ne l’avait plus trouvée drôle du tout : devant sa femme ! Cependant il n’avait rien dit, et même il n’avait pas laissé paraître son mécontentement, mais ces histoires s’étant répétées, il avait eu une explication à ce sujet, avec Zyte, sans qu’elle pût rien répondre si ce n’est que le théâtre était le théâtre. Comment lui dire, comment lui laisser entendre que pour le mari d’une comédienne sa place est ailleurs que sur les talons de sa femme. C’eût été aborder une question cruelle pour Gaston et qu’elle voulait au contraire lui éviter : ce n’était pas sa faute à ce pauvre garçon si ses espérances du côté paternel ne se réalisaient point.
Mais lui-même avait eu le sentiment de ce qu’elle taisait.
— Il y a des moments, dit-il, où il semble qu’on veut me reprocher de jouer les mères d’actrice.
À cela non plus Zyte ne pouvait pas répondre, si ce n’est pour lui demander de ne pas l’accompagner toujours, ce qu’elle n’avait pas osé.
Il avait continué de jouer les mères d’actrice, autant pour la satisfaction de la voir et d’être près d’elle, que parce qu’il ne savait que faire de son temps ; mais les dispositions où il se trouvait étaient trop mauvaises pour qu’il ne se blessât point de ce qui tout d’abord l’avait laissé indifférent
Pourquoi, au théâtre, n’était-elle pas la même qu’à la maison ? Au théâtre elle avait des gaietés, des drôleries, elle trouvait des mots qui faisaient d’elle une autre femme.
Longtemps il n’en avait rien dit, mais à la fin il s’en était plaint :
— Pourquoi ?
Elle n’avait trouvé rien à répondre, si ce n’est que c’était simplement pour être comme les autres : dans un milieu où l’on était toujours en représentation, elle se mettait à l’unisson tout bonnement, pour ne pas détonner.
Et cela lui avait déplu qu’elle voulût être comme les autres, sa femme ne devait pas être comme les autres ; s’il l’avait épousée, ce n’était pas parce qu’elle était comédienne, c’était quoique comédienne ; il se fâchait qu’elle le fût plus qu’il ne le fallait strictement.
Peu à peu il en était arrivé ainsi à prendre en grippe tout ce qui touchait le théâtre, – les choses et les gens ; ne voyant plus en celles-là comme en ceux-ci que les mauvais côtés, les défauts, et les ridicules : quelle sale chose qu’un théâtre ; quelles vilaines gens que les comédiens !
L’humiliation lui était venue d’être le mari d’une comédienne et de vivre d’un travail qu’il méprisait.
Alors il avait cessé de descendre avec elle sur la scène, et quand il l’avait accompagnée, ce qui était arrivé de moins en moins souvent, il était entré dans la salle pendant qu’elle jouait, ou bien il était resté tout seul au foyer des artistes.
Mais ce foyer si brillant, si bruyant pendant les entractes, quand comédiens et comédiennes en costumes s’y rassemblent, et causent avec les personnes qui viennent leur faire visite, était d’une tristesse mortelle pendant que le rideau était levé : plus personne ; tout le monde sur le théâtre ; et au brouhaha des conversations, aux rires, aux éclats de voix avait succédé un silence morne dans lequel se faisait seulement entendre le tic-tac monotone de régulateur ; à regarder les portraits des comédiens célèbres qui cachent les murs, à suivre les dessins du velours frappé qui recouvre les fauteuils et les canapés, Gaston trouvait que les minutes duraient des heures : l’acte ne finirait donc jamais.
Alors une lassitude le prenait, et il s’en allait mélancoliquement dans les corridors ; mais en se rapprochant de la scène une curiosité le poussait : où était-elle ?
Cependant il ne descendait pas sur le théâtre, mais il s’approchait de la porte à deux battants qui ouvre sur les coulisses et par un des œils-de-bœuf encastré dans cette porte il regardait : en face de lui de l’autre côté de la scène, était le guignol qui avec son gaz flamboyant reflété par la glace du fond se trouvait en pleine lumière ; souvent il ne l’apercevait pas, mais parfois aussi il la voyait causant avec ses camarades, riant, s’amusant pendant que lui restait derrière cette porte à se dévorer.
Que ne pouvait-il lui faire quitter le théâtre ; elle eût été si charmante, si parfaite sans ce boulet à traîner, et qu’elle lui faisait traîner non seulement par elle-même, mais encore par les siens, son frère, sa sœur.
N’ayant pas fait d’études et étant absolument incapable d’un travail soutenu, Stanislas était cependant arrivé à se créer une certaine situation dans les petits théâtres : il était drôle, il avait de l’originalité et encore plus d’excentricité. Cette excentricité du comédien, il avait trouvé avantageux à ses intérêts de la porter dans sa vie en l’exagérant, de sorte qu’il était devenu un fantoche dont on s’amusait dans les cafés où il passait ses journées : l’hiver, à Paris, au café de Suède ; l’été, sur le quai d’Asnières, qu’il arpentait du matin au soir en cherchant le mot drôle dont il saluerait l’ami qu’il rencontrerait. Ces mots, les journaux de théâtre les recueillaient, et comme Gaston lisait ces journaux pour voir ce qu’on y disait de sa femme, il était assassiné par l’esprit de son beau-frère.
Le cas de Marietta était plus grave. Dans la vie tranquille de Paris, à l’abri du froid et du hâle, le chat écorché, perdant sa maigreur et sa rougeur, était devenue une jolie fille, qui attirait le regard par sa figure gaie et sa physionomie à la fois mignonne et effrontée ; ne ressemblant en rien à son frère, elle avait étudié sérieusement, aussi bien sous la direction de Lachapelle qu’au Conservatoire ; elle aurait obtenu son premier prix de comédie à seize ans, si on ne le lui avait refusé exprès pour la faire travailler encore. Ce n’était pas le prix seulement que Marietta voulait et pour le prix lui-même, c’était aussi l’indépendance qu’il devait lui donner et l’entrée dans une vie brillante qu’elle avait rêvée. Ce retard l’avait si violemment exaspérée, qu’il avait été facile de deviner qu’on devait s’attendre à un coup de tête de son caractère obstiné et de sa nature emportée. Que ferait-elle ? Il était difficile de le prévoir, mais, à coup sûr, elle ferait quelque chose. Il fallait être sur ses gardes. C’était ce que tout le monde, le père, le frère, la sœur, le vieux Lachapelle avait recommandé à la mère ; et madame Duchatellier, qui connaissait sa fille et l’accompagnait partout, veillait.
Un jour, en sortant de classe, Marietta avait dit à sa mère de l’attendre à la porte de la rue du Faubourg-Poissonnière où elle la rejoindrait tout de suite, et madame Duchatellier avait vu les minutes s’écouler sans que sa fille revînt. Où était-elle ? Une élève avait répondu à cette question : Marietta venait de monter dans un coupé de maître, un beau coupé qui stationnait à la grille de la rue du Conservatoire, et qui était parti aussitôt d’un train d’enfer : le coup de tête était accompli. Évidemment ce n’était pas pour aller se jeter à la Seine que Marietta était montée dans ce beau coupé, mais madame Duchatellier ne pouvait pas se consoler avec cette conclusion. Où était-elle ? Comment la sauver ? Le soir même Lachapelle, qui à son emploi de professeur des sœurs Duchatellier, joignait celui de copiste chez un entrepreneur, avait reçu une lettre d’elle dans laquelle elle le priait de rassurer ses parents : ils ne devaient pas s’inquiéter ; la vie qu’on lui faisait mener ne pouvait pas durer plus longtemps, elle se donnait de l’air ; elle avait pris ses précautions pour être heureuse et elle le serait ; quand la colère serait passée et qu’il n’y aurait plus de gifles à craindre, elle viendrait embrasser ses parents. Où la chercher ? La trouvât-on, que le lendemain elle repartirait : « Elle n’est plus ma fille, avait déclaré Duchatellier, qu’on ne me parle jamais d’elle. » Mais elle était toujours la fille de madame Duchatellier et la sœur de Zyte. Sans doute elle reviendrait un jour à sa classe, et Zyte avait prié le professeur de cette classe qui était Sampic, son camarade au Théâtre-Français, de l’envoyer chercher quand Marietta reviendrait. Trois semaines s’étaient écoulées, et un jour Zyte avait été prévenue, que Marietta venait d’arriver ; aussitôt elle était partie pour le Conservatoire. Il avait été convenu avec le professeur que celui-ci garderait Marietta la classe finie, et aussitôt que les élèves furent sorties, Zyte qui attendait à la porte, entra. Marietta, en voyant sa sœur, ne se déconcerta pas, elle se mit à rire :
— Ah ! M. Sampic, dit-elle, vous m’avez tendu un traquenard.
Et allant à Zyte, elle l’embrassa tendrement.
— Écoutez votre sœur, dit Sampic, je vous laisse ensemble.
— Enfin, te voilà, dit Zyte, lorsqu’elles furent seules.
— Je n’étais pas perdue, répondit Marietta gaiement ; comment va Hella ?
— C’est de toi qu’il s’agit.
— Tu vas me faire de la morale. Ce n’est pas la peine. Je sais tout ce que tu peux me dire. Tandis que toi tu ne sais pas ce que j’ai à te répondre.
— Dis-le, alors : si tu peux avoir une excuse, donne-la.
— Pas une excuse, des raisons. Et la première c’est que tu m’as pervertie.
— Moi !
— Crois-tu que ton exemple soit fait pour inspirer la vertu. Tu as voulu un mari, et tu en as trouvé un. Eh bien, après ? À quoi le mariage t’a-t-il servi ? Tu mènes une vie de galérien. Quand tu ne travailles pas au théâtre, tu travailles chez toi comme une domestique. Quels plaisirs as-tu ? Tu demeures au cinquième, tu fais la cuisine ; tu raccommodes tes bas ; tu ne sors jamais ; tu ne vas nulle part ; tu n’as pas de toilette, pas de bijoux, tu vas à pied. Et avec cela, comme si ce n’était pas assez, la famille de ton mari, qui vit dans le luxe, te méprise, ton mari s’ennuie ; car il s’ennuie, tu sais, ton mari ; et il a une manière de regarder votre mobilier qui en apprend long ; il t’aime, cela est sûr, mais il t’aimerait mieux et il serait plus heureux dans un autre milieu, le sien, celui où il a été élevé, qui lui manque et qu’il regrette. Voilà la vie que tu t’es faite par ton mariage, et que tu as imposée à ton mari. Tu l’aimais ! Je le sais bien. Fallait-il pour cela l’épouser malgré ses parents ? Vois ce qu’elle serait, ta vie, sans le mariage : tu habiterais un bel hôtel, avec voitures, toilettes, bijoux ; tu te paierais sans compter toutes les jouissances du luxe ; tu serais la plus heureuse des femmes, admirée, enviée, et ton amant serait le plus heureux des hommes, au mieux avec sa famille et avec son père, qui lui donnerait tout l’argent dont vous auriez besoin ; il ne s’ennuierait pas, le pauvre Gaston, il ne regretterait rien. Crois-tu, quand on a un pareil exemple sous les yeux, et qu’on réfléchit, qu’on ait envie de t’imiter. Tu me diras que tu es une honnête femme et que tu as l’estime des honnêtes gens. Honnête femme, c’est vrai. Mais, l’estime des autres, crois-tu que tu l’aies tant que ça ? En réalité, ma pauvre Zyte, on se fiche de toi. Sais-tu ce que j’ai entendu dire : « Quelle gueuse, on ne lui connaît pas d’amants ! » Alors, que pense-t-on de toi ?
Zyte écoutait stupéfaite ; plusieurs fois elle avait voulu interrompre sa sœur, mais Marietta avait continué d’un trait, sans se laisser arrêter, pas plus qu’elle ne se laissait troubler.
Enfin elle put commencer et à son tour dire ce qu’elle avait à dire ; mais ce fut en vain, l’appel à la raison, l’appel à la tendresse n’ébranlèrent pas Marietta :
— Je sais ce que je fais, je ne regrette rien, je suis heureuse.
Elle voulut raconter comment elle était heureuse, mais Zyte lui ferma la bouche comme elle la lui ferma aussi quand Marietta lui proposa de la reconduire rue de Rivoli dans son coupé.
— J’aurais tant voulu que nous ne nous séparions pas fâchées, dit Marietta tristement, mais tu ne m’en voudras pas toujours : un moment viendra où tu reconnaîtras que la plus folle des deux n’est pas celle qu’on pense.
Malgré Zyte, elle la prit dans ses bras, et avec attendrissement elle l’embrassa.
Gaston ne connut pas cette entrevue entre les deux sœurs, mais on ne put pas lui cacher l’aventure de Marietta, et son exaspération contre les gens de théâtre devint du dégoût.
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