Chapitre 4
Des gens de théâtre qui avaient, ou qui avaient eu des relations avec Zyte, un seul trouvait grâce devant la mauvaise humeur de Gaston, c’était Joseph.
Le jour du mariage Joseph était venu à l’église, mais il n’était point entré à la sacristie, et Gaston n’avait pas eu l’ennui de serrer la main d’un homme qui avait été amoureux, l’amoureux passionné de sa femme, au su et vu de tout le monde.
Depuis, quand par hasard, Joseph avait rencontré Zyte et Gaston, il avait feint de ne pas les voir.
Il est vrai que Joseph n’avait pas la même réserve, lorsque Zyte était seule, et qu’alors s’il la rencontrait, non seulement il la voyait, mais encore il l’abordait et l’entretenait ; ce n’étaient que quelques mots ; cependant si Gaston les avait entendus, leur accent, bien plus que ce qu’ils disaient, lui eût donné d’autres idées sur Joseph.
Il est vrai aussi que Joseph venait au Théâtre-Français toutes les fois qu’il avait une soirée de libre et que pendant les trois mois d’été, alors que son théâtre était fermé, il manquait rarement les représentations de Zyte.
Mais Gaston ignorait cette assiduité de Joseph dans un théâtre où un comédien des Folies et des Nouveautés n’avait que faire, pas plus qu’il n’entendait l’accent avec lequel cet ancien amoureux parlait à sa femme.
Tout ce qu’il savait de lui, c’était ce qu’il en lisait dans les journaux de théâtre, et cela était à ses yeux sans intérêt. Que lui importait que Joseph se fût fait une réputation au boulevard, Joseph ne comptait pas pour lui, et s’il remarquait son nom, c’était parce qu’il avait le souvenir de ce que la pharmacienne de Noisy lui avait raconté autrefois, rien de plus ; jamais il n’avait parlé de Joseph avec sa femme, et jamais sa femme ne lui avait parlé de Joseph ; il semblait qu’il n’existât pas plus pour l’un que pour l’autre. Au moins celui-là ne se réunissait-il pas aux autres comédiens pour exaspérer Gaston ; son souvenir même lui était indifférent.
Mais pour ne point parler de son ancien camarade, Zyte ne l’avait pas oublié ; la séparation n’avait affaibli en rien son amitié pour lui. Comment n’être point touchée de sa discrétion ? Qui prouvait mieux combien il l’avait aimée, que la délicatesse de sa conduite avec elle ? Sans doute, elle eût voulu qu’il fût moins ému quand il l’abordait, et elle eût voulu aussi qu’il fût moins assidu à la venir voir jouer, mais pouvait-elle lui en vouloir de cette fidélité au souvenir, alors surtout qu’elle s’exprimait avec cette réserve : le pauvre garçon, le brave garçon.
Sans jamais questionner personne à son sujet, ni son frère, ni Lachapelle, ni même Marietta, elle l’avait suivi depuis leur séparation, et par les journaux elle l’avait vu grandir ; entré comme doublure aux Folies-Dramatiques, il n’avait pas tardé à devenir chef d’emploi, et maintenant il faisait recette ; on le copiait ; il y a avait en province des acteurs qui jouaient les Joseph, un type nouveau dans l’opérette qu’il avait créé, celui des amoureux comiques ; la critique s’occupait de lui, le discutait ; et le plus souvent le couvrait de fleurs. Ses appointements étaient supérieurs à la part que Zyte touchait comme sociétaire.
Si réservé qu’il fût avec elle il y avait un point cependant sur lequel il lui avait adressé une demande bien embarrassante pour elle. Comme beaucoup de comédiens à qui l’éclat et la puanteur du gaz donnent le besoin de voir de la verdure et de respirer un air moins étouffant que celui des théâtres, Joseph habitait la campagne, et malgré l’éloignement de Paris c’était La Varenne qu’il avait adopté : aux environs du pont de Chennevières il avait acheté une petite île, et au milieu des grands arbres, il s’était fait construire sur des piliers en maçonnerie assez élevés et assez solides pour n’avoir rien à craindre des inondations, une petite maison en bois qui prêtait à rire aux bourgeois, mais qui faisait la fierté de son propriétaire : que de journées de travail, que de temps, que de peines, que de plaisirs n’avait-il pas donnés à sa maison qui, pour la menuiserie intérieure, était en grande partie l’ouvrage de ses mains.
Comme dans ses rencontres avec Zyte, il y avait toujours un moment d’embarras où les mots ne venaient pas facilement, il avait pris l’habitude de parler alors de sa maison, de son jardin, de ses bêtes ; et quand la construction avait été habitable il lui avait demandé si elle ne viendrait pas le voir, en riant, et sans attacher d’importance à ses paroles elle avait répondu que ce serait avec plaisir, et elle n’y avait plus pensé.
Mais Joseph n’oubliait pas ce qu’on lui disait, surtout ce que Zyte lui disait, et il était revenu à la charge.
— Tu ne veux donc pas venir à La Varenne ? Je serais si heureux de te montrer ma maison. Tu en serais la marraine ; comme elle ressemble un peu à un bateau, c’est tout naturelle qu’on la baptise. La Varenne n’est qu’à une demi-heure de Paris. Ce n’est pas un voyage. Ce serait une promenade pour ta fille, qui est assez petite pour ne rien dire.
Zyte avait alors compris que la promesse était imprudente, mais comment revenir dessus sans le peiner : elle en avait remis l’exécution sans se dégager : « Je n’ai pas le temps en ce moment ; quand une occasion se présentera. »
— Elle se présentera quand tu le voudras bien.
Elle eût d’abord répondu que cette visite était impossible, qu’il lui eût été facile de persister dans son refus, mais comment reprendre son consentement ; il tenait tant à ce baptême.
— Je ne te demande pas de venir tous les ans, une fois seulement pour toute la vie.
Elle avait ajouté les retards aux retards, les prétextes aux prétextes, mais toujours plus difficilement, plus péniblement, en voyant comme il s’en chagrinait.
On était ainsi arrivé à l’automne ; un jour, en venant à sa répétition, Zyte trouva Joseph qui paraissait collé à la vitrine de Chevet, mais qui évidemment la guettait.
Après les premières paroles, comme toujours, l’entretien tourna à La Varenne.
— J’ai vu dans la Vie en plein air du Figaro, que ton mari était à la chasse chez M. Bachollet, ne viendras-tu pas à La Varenne ; tu es libre, et je le suis aussi.
— Je joue tous les soirs.
Du doigt il lui montra l’affiche au bas de laquelle était annoncé le spectacle du lendemain ;
— Tu ne joues pas demain.
— Je répète.
— Fais-toi remplacer par une pensionnaire, à qui tu laisseras jouer ton rôle une fois, et tu feras deux heureux : elle et moi.
Elle hésita un moment, mais elle n’eût pas le courage de résister au regard voilé qu’il attachait sur elle.
— Eh bien, à demain, dit-elle.
— Si tu prends le train de cinq heures, tu arriveras à cinq heures et demie, je serai au-devant de toi, à la gare.
Zyte était mécontente de ce consentement arraché à sa faiblesse, mais comment le refuser : en somme, rien n’était plus innocent que cette visite. En sortant de sa répétition, on lui annonça que, par suite d’une indisposition, le spectacle du lendemain serait changé, elle jouerait ce jour-là et non le surlendemain.
Devait-elle profiter de cet incident pour ne pas aller à La Varenne ; elle en eût la pensée, mais après réflexion, elle trouva que cela ne serait pas délicat ; rentrée chez elle, elle écrivit à Joseph pour le prévenir ?
« Ne compte pas sur moi demain, mon cher Joseph, un changement de spectacle qu’on vient de m’annoncer me retiendra à Paris ; mais après-demain je m’échapperai, et je serai tout à toi de cinq heures et demie à neuf heures ; est-ce assez !
« ZYTE. »
Sa lettre écrite, elle l’envoya à la poste par sa bonne, mais celle-ci au lieu de descendre aussitôt la copia comme elle le faisait toujours, et ce fut deux lettres qu’elle mit dans la boîte : l’une pour Joseph ; l’autre copie pour l’agence de la rue du Helder.
Hella était trop grande maintenant pour qu’on pût l’emmener sans qu’elle racontât où elle avait été et ce qu’elle avait vu, aussi l’intention de Zyte n’était-elle pas de la prendre avec elle pour aller à La Varenne ; elle la laisserait à la garde de sa mère, à Montmartre, où elle viendrait la chercher le soir, et comme l’enfant se plaisait chez sa grand-maman, où elle avait un jardinet pour jouer, il n’y avait pas à craindre qu’elle s’ennuyât.
Zyte n’avait pas de raison pour ne pas dire à sa mère qu’elle allait chez Joseph et elle le fit franchement, mais sans cacher que son consentement lui avait été en quelque sorte arraché ; puis elle demanda à son père de l’accompagner ; malheureusement Duchatellier avait un travail pressé pour son romancier qui, à son grand regret, l’empêcha d’accepter.
— J’aurais aimé à faire cette partie avec toi, tu n’as jamais été plus jolie.
Il fallait vraiment que Duchatellier eut des raisons bien fortes de rester à la maison, pour se priver de la gloire de se montrer dans Montmartre avec cette jolie femme à son bras – sa fille, comme il le disait, n’avait jamais été plus jolie, tout en beauté dans sa robe de foulard écru qui lui donnait une légèreté de jeune fille ; évidemment elle forcerait les regards à la suivre.
Quand elle descendit de wagon à La Varenne, elle trouva Joseph qui l’attendait à la sortie – un Joseph qu’elle n’avait jamais vu, chaussé de grandes bottes en cuir de Russie avec des boucles d’argent au cou de pied et au genou, coiffé d’un chapeau manille à larges bords et, avec cela une chemise plissée sans empois, nouée au cou par deux cordons ; par-dessus un jersey indigo serré à la taille par une ceinture de laine rouge.
— Comme tu as de belles bottes, dit-elle, en lui prenant le bras.
— C’est pour aller en bateau.
— Il y a de l’eau dans ton bateau ?
— Peux-tu croire ! Si au lieu d’admirer les bottes de Joseph et de plaisanter, elle avait regardé autour d’elle, elle aurait vu qu’un monsieur, à la tournure militaire, décoré, qui avait emboîté le pas derrière elle à la gare de la Bastille et qui était monté dans la caisse voisine de la sienne, la désignait du doigt en parlant à plusieurs personnes ; à tous la question était la même :
— C’est bien Joseph des Folies-Dramatiques, n’est-ce pas ? Et la femme, est-ce que ce n’est pas Duchatellier des Français ?
La question était faite si poliment qu’on ne pouvait pas s’en fâcher ; quelques personnes ainsi interrogées avaient répondu que c’était bien Joseph, mais qu’elles ne connaissaient pas Duchatellier ; deux cependant avaient donné une réponse complètement affirmative ; et aussitôt le monsieur décoré avait demandé à un employé de la gare le nom de ces personnes ; l’une était un médecin, l’autre un propriétaire.
Zyte et Joseph avaient continué leur chemin en causant amicalement jusqu’au pont ; là ils descendirent sur la rivière, et au ponton d’un loueur de bateaux ils s’embarquèrent dans un beau canot en acajou qui à l’arrière portait flottant un grand drapeau marqué d’un Z.
— J’ai pavoisé en ton honneur, dit Joseph en prenant les avirons.
Pendant qu’ils remontaient le courant, le M. décoré adressait sa question au loueur de bateaux :
— C’est bien Joseph et mademoiselle Duchatellier, n’est-ce pas ?
Mais le loueur le reçut mal :
— Me prenez-vous pour un mouchard ? Je ne mange pas de ce pain-là, vous savez ; si vous ne voulez pas prendre un bain tout habillé, il faut sortir d’ici.
Le monsieur ne se le fit pas dire deux fois ; il remonta sur le quai et de loin, en promeneur qui va à l’aventure il suivit le bateau qui portait Zyte et Joseph.
Assis à l’arrière Zyte regardait autour d’elle : le temps avait été lourd toute la journée, plus chaud qu’il ne l’est ordinairement en cette saison, et après avoir étouffé dans le wagon, après avoir marché depuis la gare jusqu’au pont dans la poussière de la rue brûlante il était bon pour les poumons de respirer la fraîcheur des eaux et pour les yeux de se reposer dans la verdure de leurs rives ; déjà le calme du soir se faisait sur la rivière abandonnée par les pêcheurs ainsi que par les canotiers, et au-delà de Paris dans un ciel orangé chargé de gros nuages immobiles le soleil couchant s’abaissait.
— Où donc est ta maison ? demanda Zyte.
— Dans l’île, à l’avant de notre bateau ; au milieu des arbres, ne la vois-tu pas, répondit Joseph qui en ramant tournait le dos au point vers lequel ils se dirigeaient.
Jusque-là Zyte n’avait vu qu’une petite île plantée de grands arbres qui attirés par le vide de la rivière, avaient incliné leurs hautes tiges sur son cours, comme une énorme gerbe de verdure retombante ; l’indication de Joseph lui fit apercevoir au centre de cette gerbe un toit rouge.
Comme il allait aborder à un escalier creusé dans la berge, elle lui demanda de continuer :
— Ne peut-on pas faire le tour de ta robinsonnerie ? dit-elle.
— C’est facile ; quand tu aborderas tu verras que tu dis juste en appelant mon île une robinsonnerie, car j’y vis tout seul avec un chien, des chats et des poules.
Un mot lui vint aux lèvres : « Tu peux être heureux là ? » mais la réflexion lui permit de la retenir à temps.
Lentement ils tournèrent autour de l’île, sous la voûte verte de ses arbres ; sur la berge, derrière une haie épaisse et une solide palissade, un chien les accompagnait avec des abois joyeux.
— C’est Bélisaire ! dit Joseph.
— Ah ! tu l’as appelé Bélisaire !
— Comme le vieux cheval, mais il n’est pas plus aveugle que vieux, et il ferait un mauvais parti à ceux qui voudraient entrer dans mon île.
Ils étaient revenus à l’escalier ; ils débarquèrent et Joseph demanda à Zyte de caresser le chien pour faire amitié : du débarcadère une allée bien sablée de gravier de rivière conduisait entre des touffes d’arbustes et d’asters fleuries à la maison posée sur des piliers : elle n’avait qu’un étage couvert en tuiles ; ses murs étaient en sapin de couleur naturelle avec des volets verts ; et on y accédait par un escalier droit.
— Voilà qui est original, s’écria Zyte, on dirait une grande roulotte qui ne roule pas.
— Ah ! cela te rappelle la roulotte, j’en suis bien content ; tu vois que j’avais raison de te demander de venir, ton premier mot l’a baptisée : la roulotte.
— Et l’intérieur ?
— C’est aussi une roulotte.
— Montons.
Au haut de l’escalier Joseph ouvrit une porte massive, et ils se trouvèrent dans une pièce qui était à la fois vestibule et salle à manger ; les murs et le plafond étaient comme le dehors revêtus de bois naturel mais plus finement travaillé ; au milieu se dressait une table avec son couvert mis sur une nappe en linge damassé ; l’argenterie brillait de l’éclat du neuf ; deux bouquets de roses thé s’épanouissaient à chaque bout.
— Tu as invité quelqu’un ? demanda Zyte en remarquant trois couverts.
— Le troisième couvert était pour ta fille. Elle ne dit point pourquoi elle n’avait pas amené Hella, et elle ne parla pas non plus de l’idée qu’elle avait eue de se faire accompagner par son père.
— Veux-tu voir ma maison, dit-il.
Elle le suivit dans les trois pièces dont elle se composait en plus de la salle en manger, deux chambres et une cuisine.
— Et tu vis là toujours, dit-elle sans trop réfléchir à ce qu’elle disait.
— Aussi heureux… que je puis être heureux.
Puis tout de suite, avec une volubilité voulue, pour ne pas rester sur ces derniers mots, il expliqua en détail comment il vivait : été comme hiver il rentrait dans son île après le théâtre ; quand les eaux étaient hautes il avait moins de marches à monter, voilà tout ; une femme du pays venait faire son ménage le matin et lui préparer ses repas, toujours il mangeait un dîner froid entre son chien, ses chats et son perroquet. C’était un de ces dîners qu’il avait à offrir à Zyte, car il n’avait voulu personne autour d’eux ; une tranche de saumon, un poulet rôti, une salade de légumes et des écrevisses.
Les deux chats, sentant que l’heure solennelle approchait, avaient monté l’escalier et ils se tenaient campés sur leur derrière devant la table que Bélisaire défendait contre un assaut possible ; sur son perchoir le perroquet qui guignait des fruits criait ! À table, à table, à table !
Joseph ayant fait asseoir Zyte s’assit lui-même en face d’elle et la servit ; une lumière orangée restée au ciel les éclairait et permettait de ne pas allumer encore les bougies ; par la porte grande ouverte leurs regards plongeaient sur la rivière dont les eaux reflétaient les lueurs qui tombaient sur leur miroir mouvant.
La nuit arriva vite, au loin on entendait les roulements du tonnerre ; il fallut allumer ; puis il fallut fermer la porte car le vent s’éleva, soufflant en bourrasque dans les arbres qui craquaient.
— Sois tranquille, dit Joseph, la maison est solide. Mais Zyte n’avait pas peur, elle en avait vu bien d’autres, dans sa vie, sur les grands chemins.
Cependant l’orage se rapprochait, les roulements du tonnerre se faisaient plus forts, plus prolongés, et à chaque instant les éclairs emplissaient la salle de leurs vagues bleues, noyant la lumière jaune des bougies.
— Tout ce que je souhaite, dit Zyte, c’est que l’orage passe vite.
— Ne t’inquiète pas, il y a des trains jusqu’à onze heures, si tu ne prends pas l’un tu prendras l’autre.
La pluie commença à tomber et l’orage parut s’éloigner, ils purent continuer leur dîner tranquillement en parlant du passé : que de souvenirs leur revenaient qu’ils avaient autant de plaisir l’un que l’autre à évoquer, c’étaient les années de jeunesse de Zyte, les années d’amour de Joseph qui défilaient jour après jour.
Le temps passa sans qu’ils eussent conscience de sa durée, le dîner s’acheva malgré Joseph qui eût voulu que Zyte mangeât tout ce qui était servi sur la table : le fromage à la crème, les pêches, les fraises, les poires ; n’en pouvant plus, elle se leva et alla à la fenêtre ; la pluie tombait toujours à torrents ; on l’entendait s’abattre en nappes sur le toit et fouetter les vitres.
— Tu prendras le train de dix heures, dit Joseph heureux de la garder plus longtemps.
Elle fit le tour de la salle, et s’arrêta devant un grand cadre qui sous son verre enfermait des découpures de journaux.
— Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda-t-elle.
— Un choix de quelques articles publiés sur moi qu’un ami m’a offert.
— Apporte une bougie.
Pendant qu’il l’éclairait elle se mit à lire.
— Tu vois, dit-il, j’ai souligné les bons passages pour les relire de temps en temps et m’habituer à y croire. Ça soutient.
— Tu n’as pas besoin de ça.
— Mais si ; il me semble que quand on n’a pas été toujours heureux il n’est pas facile de croire au succès, au sien. Et je n’ai pas été toujours heureux. Quand je pense au temps où j’ai tendu la main sur le pont de pierre à Rouen, je crois que ce qui m’arrive maintenant est un rêve.
— Tu as tendu la main ?
— À cette heure je peux bien le dire ; je n’en suis plus honteux ; je crois même que j’en suis fier ; si tu veux que je te conte ça, la pluie cessera pendant ce temps-là.
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