Chapitre 6
Le lendemain, comme Gaston rentrait pour déjeuner avec Bachollet, on lui remit une dépêche.
« Viens immédiatement au château.
CHAMONTAIN. »
Il la donna à lire à Bachollet.
— Que veut dire cela ?
— Que ma mère est malade.
— Partez tout de suite ; je vais envoyer une dépêche chez moi pour qu’une voiture vous attende à la gare de Paris, et vous porte vivement au château.
Pendant que Bachollet écrivait cette dépêche, Gaston en adressait une à Zyte pour lui demander de se trouver à la gare du Nord à son arrivée.
En débarquant il l’aperçut avec Hella.
En quelques mots il lui expliqua ce qui le ramenait, et lui demanda de l’accompagner jusqu’à Nogent, elle reviendrait par le chemin de fer.
En route ils purent s’entretenir plus librement et Hella plaça son mot :
— As-tu eu peur ? demanda-t-elle à son père.
— Peur de quoi ?
— De l’orage ; ça faisait boum boum dans le lit de grand-maman.
Gaston regarda sa femme :
— L’orage nous a empêchées de rentrer, dit Zyte.
— J’ai couché chez bonne maman, continua l’enfant, on est joliment bien.
Puis la conversation tourna ; Gaston ne pensait qu’à sa mère.
À Nogent la voiture s’arrêta devant la station, et Zyte descendit avec sa fille pour prendre le train qui les ramènerait à Paris.
Gaston continua sa route rapidement, traversa Nogent, Bry, Noisy et arriva à la grille du château. Avant qu’elle lui fût ouverte il descendit de voiture, et courut à la concierge.
— Comment va ma mère ?
— Mais bien, répondit la concierge surprise, comme tous les jours.
Sa mère n’était donc pas malade ; alors que signifiait cette dépêche ; pourquoi son père l’appelait-il ? voulait-il donc enfin ouvrir sa maison à Zyte et à Hella ?
Comme ces idées lui traversaient l’esprit pendant qu’il se dirigeait vers le château, il vit son père paraître sur le perron et venir au-devant de lui les deux mains tendues.
Cet accueil après trois années de séparation était fait pour émouvoir Gaston et lui mettre l’espérance au cœur : M. Chamontain lui ouvrit les bras ; ils s’embrassèrent.
— Mon pauvre enfant, murmura M. Chamontain, mon pauvre Gaston.
Et, sans en dire davantage, il l’entraîna dans son cabinet dont la porte ouvrait sur le vestibule.
— Tu me fais peur, dit Gaston n’osant interroger son père.
— Élève ton âme à la hauteur de ton malheur, dit M. Chamontain dont la mémoire était meublée de phrases oratoires toutes faites.
— Mon malheur ?
— Ta femme…
— Je viens de la voir.
— Il vaudrait mieux qu’elle fût morte et que tu ne la revisses jamais.
— Mon père.
— Vas-tu croire que c’est pour l’accuser sans preuve que je t’ai appelé. T’a-t-elle dit où elle avait passé la nuit d’hier ?
— Oui, chez son père, à Montmartre.
— Chez son amant à La Varenne.
Gaston eut un moment d’hésitation, puis brusquement il fit deux pas vers la porte, mais son père le saisissant d’une main, de l’autre lui présenta une lettre :
— Fermeras-tu les yeux à l’évidence : lis.
— Je n’ai rien à lire, rien à entendre.
— C’est une lettre d’elle que je te montre, une lettre qu’elle a écrite à son amant.
Sans le vouloir, inconsciemment, Gaston avait levé les yeux sur la lettre et reconnu l’écriture de sa femme.
— Depuis longtemps, continua M. Chamontain, je soupçonnais ta femme de te tromper ; j’ai voulu avoir des preuves en main, et je me suis arrangé pour obtenir une copie des lettres qu’elle écrivait ; voilà celle du billet par lequel elle donne un rendez-vous à son amant. Ne veux-tu pas savoir quel est l’homme qu’elle t’a préféré ?
La tentation était trop forte ; il prit la lettre, mais elle dansait si fort au bout de sa main que ce fut à peine s’il put la lire.
Arrivé au bout, il resta anéanti : c’était bien son écriture ; et elle avait reconnu elle-même que cette nuit-là elle n’avait pas couché rue de Rivoli.
Il se laissa tomber sur une chaise.
— Vois-tu, comprends-tu, maintenant, dit M. Chamontain en lui reprenant la lettre qu’il serra dans son bureau.
— C’est impossible ! s’écria Gaston.
— C’est impossible ; oui, je le dis comme toi ; et cependant cela est.
— Il y a quelque erreur, quelque machination.
— Elle a dit, n’est-ce pas, qu’elle avait couché chez son père.
— Ce n’est pas elle qui l’a dit, c’est Hella.
— Cela n’est que plus significatif ; c’est l’enfant qui a parlé ; et qu’a-t-elle dit ?
— Que l’orage l’avait empêchée de rentrer.
— Tu vois ! Avec sa réticence féminine, elle a arrangé ce que l’enfant venait de dire. Eh bien ! la vérité est qu’elle a couché à La Varenne ; et nous avons d’autres preuves que cette lettre. Voici la liste de témoins qui l’ont vu arriver à la gare où ce Joseph l’attendait à cinq heures et demie du soir, et d’autres qui l’ont vue repartir le matin, Joseph la ramenant.
Gaston prit la liste que son père lui présentait et lut les noms qu’elle contenait.
— La preuve est-elle faite ? demanda M. Chamontain.
— Pour toi qui ne la connais pas, peut-être ; elle ne l’est pas pour moi.
— Veux-tu que nous allions à La Varenne interroger ces témoins ?
— Je ne croirais qu’elle.
— Eh bien ! allons à Paris, il faudra bien qu’elle avoue. Je fais atteler.
Mais, avant de sortir, il sonna, et aussitôt madame Chamontain ouvrit la porte ; Gaston se jeta dans les bras de sa mère et éclata en sanglots.
Elle l’embrassait passionnément et murmurait de douces paroles maternelles comme on fait pour plaindre et calmer la douleur des enfants, pleurant avec lui.
— Mon pauvre chéri, comme tu souffres !
— Je l’aimais tant ; je l’aimais tant.
— Nous te guérirons, tu ne nous quitteras plus.
— Et ma fille ?
— La loi te la donnera, je te l’élèverai, je l’aimerai comme je t’ai aimé.
— Ah ! maman, maman.
M. Chamontain rentra et annonça que la voiture attendait.
— Nous rentrerons ce soir, dit-il.
— J’irai t’endormir comme lorsque tu étais petit, dit madame Chamontain en l’embrassant.
Assis dans le coupé à côté de son père, Gaston ne parla point, et M. Chamontain ne fit rien pour forcer son silence : à quoi bon ; dans son cœur, l’amour trompé, la jalousie et l’indignation criaient plus fort que ne pourraient le faire les raisonnements.
Cependant, après un temps assez long, il voulut que son père lui dît comment il avait obtenu cette lettre ainsi que ces témoignages, et M. Chamontain répondit franchement :
— Je voulais des preuves à l’appui de mes soupçons, je n’ai reculé devant rien pour me les procurer.
Un peu avant d’entrer dans Paris, Gaston dit qu’il voulait tout d’abord interroger M. et madame Duchatellier, et son père ne s’y refusant point, le coupé prit le chemin de Montmartre.
— Je serai près de toi dans ton entrevue avec ta femme, dit Chamontain, mais il est inutile que j’entre chez ces gens ; peut-être parleront-ils plus volontiers devant toi seul.
Gaston s’était efforcé de prendre une contenance, mais il n’était guère maître de lui en mettant sa main dans celle que Duchatellier lui tendit.
— Vous allez bien, mon cher gendre ; vous avez fait bonne chasse ?
— Très bonne. Et Zyte ?
— Mais Zyte est chez elle ; vous croyiez donc la trouver ici ?
— Vous l’avez vue ?
— Elle nous a quittés hier matin.
Gaston baissa les yeux :
— Elle a… couché ici.
Duchatellier fut pris d’un accès de toux.
— Mais sans doute, répondit madame Duchatellier, vous comprenez, par l’orage qu’il faisait, elle ne pouvait pas rentrer : on ne fait pas toujours ce qu’on veut.
Duchatellier examinait son gendre et quand Gaston les eût quittés, il déclara à sa femme qu’il se passait quelque chose de mauvais.
— Si quelqu’un se connaît en figures tragiques, c’est moi, n’est-ce pas, eh bien, Gaston en a une, dans le calme voulu, qui m’inquiète.
Quand Gaston eût rejoint son père, et que le coupé descendit vers Paris, il fallut qu’il racontât ce qui s’était dit dans cette visite.
— Tu vois, s’écria M. Chamontain, le père et la mère s’entendent avec leur fille ; cette connivence n’est-elle pas une nouvelle accusation.
La résistance que Gaston avait opposée aux preuves que son père lui donnait, faiblissait, cependant il voulut résister encore. Elle avait couché à Montmartre. Ceux qui croyaient l’avoir reconnue s’étaient trompés ; celle qu’on avait vue à La Varenne était une femme qui lui ressemblait. Elle n’aimait pas Joseph. C’était lui qu’elle aimait. Et il retrouvait dans son cœur des regards, des mots qui ne permettaient pas le doute. Elle allait tout expliquer. Bien que le coupé filât grand train, il n’allait pas assez vite au gré de son angoisse.
Enfin, ils arrivèrent rue de Rivoli, et Gaston monta son escalier d’un tel pas que son père, qui se hâtait derrière lui, le pria de ralentir un peu.
Il ne sonna point, mais, ouvrant la porte avec sa clé, il entra rapidement dans le vestibule, et de là tout de suite dans le salon.
Assise devant la fenêtre qui donne sur la colonnade du Louvre, un livre sur ses genoux, Zyte travaillait.
Le bruit de la rue l’avait empêchée d’entendre les pas dans le vestibule, en voyant entrer Gaston le mot qui lui vint aux lèvres fut :
— Ta mère ?
Mais elle ne le prononça pas tout entier, derrière son mari, elle avait aperçu M. Chamontain et elle était restée interdite.
— Notre vie, dit Gaston d’une voix rauque, dépend de la réponse que tu vas me faire.
Épouvanté de la question qu’il avait à poser, il s’arrêta un court instant :
— Où as-tu passé la nuit d’hier ?
Du second plan où il se tenait, M. Chamontain vint au premier en se plaçant à côté de son fils.
Elle avait alors compris ce que signifiait la présence du père ; c’était la guerre ; le père parlait par la bouche du fils.
— Tu ne réponds pas ! s’écria Gaston.
— Je t’ai dit que j’avais été empêchée par l’orage de rentrer ici.
M. Chamontain jeta à son fils un regard qui disait clairement :
— Tu vois la fourberie.
— Tu ne m’as pas dit où tu avais passé la nuit, – ce que je demande.
Évidemment il fallait répondre, toute hésitation ne ferait que rendre la situation plus grave, et il était impossible de ne pas dire la vérité, qui sûrement était connue.
— À La Varenne, dit-elle.
— Chez Joseph ?
— Chez Joseph.
— Misérable !
Il s’avança sur elle, les bras levés ; son père le retint.
— Je vais t’expliquer, s’écria-t-elle.
Mais M. Chamontain lui coupa la parole :
— C’était votre aveu qu’il nous fallait ; nous n’avons que faire de vos explications.
Tout en parlant, il poussait son fils vers la porte.
— Gaston ! s’écria-t-elle.
Mais cet appel exaspéra Gaston au lieu de le toucher.
— Sortons, dit-il.
Il entraîna son père.
— Écoute-moi ; tu ne peux pas ne pas m’entendre.
Ils étaient dans le vestibule et, elle les suivait, mais elle ne trouvait que M. Chamontain devant elle.
Gaston avait ouvert la porte du palier ; ils sortirent ; et comme il n’avait pas lâché le battant, il le referma violemment sur Zyte qui fut rejetée en arrière.
Si M. Chamontain n’avait pas eu de jambes pour monter l’escalier, il en eut pour le descendre ; d’étage en étage cependant, il regarda si elle ne les suivait point.
Mais elle était restée étourdie, ne pensant même pas à rouvrir cette porte.
Assurément, c’était M. Chamontain qui menait tout : il l’avait fait espionner ; il savait qu’elle avait couché à La Varenne ; Gaston, averti, la croyait coupable.
Les apparences l’accusaient, cela n’était que trop vrai, mais comment avait-il pu croire les apparences ? Comment ne l’avait-il pas écoutée ?
Il ne l’aimait donc pas !
Elle eût une défaillance, le cœur étouffé paralysa l’esprit, ses idées ne s’enchaînèrent plus.
Elle faisait des efforts pour raisonner, quand on sonna à la porte.
— Lui ! Il revenait !
Elle se jeta sur la porte et l’ouvrit.
Ce n’était point Gaston ; c’était le duc de Paradan.
— Où est Gaston ? s’écria le duc, l’avez-vous vu ?
— Il vient de partir.
Il avait jeté sa question sans se donner le temps de la regarder ; il remarqua son bouleversement.
— Alors j’arrive trop tard, dit-il.
Elle ne savait que penser : était-ce en ami, était-ce en ennemi qu’il se présentait.
Avec sa finesse ordinaire, il démêla ce qui se passait en elle :
— Vous savez bien que j’ai toujours été votre ami, dit-il, j’espérais arriver à temps pour vous sauver, et Dieu sait si je me suis hâté.
Son cœur se fondit en entendant ces paroles :
— Ah ! sauvez-moi, s’écria-t-elle.
— Je suis venu pour ça. Avant tout, qu’avez-vous dit.
— La vérité.
Le duc l’examina en homme qui se demandait quelle était cette vérité.
— Un aveu alors.
— Oui.
— Complet ?
— Je n’ai pu dire qu’un mot, sans l’expliquer.
— Quel mot ?
— Que j’avais dû passer la nuit à La Varenne.
— Alors, c’est vrai.
La froide physionomie du duc s’exaspéra, un éclair passa dans ses yeux voilés.
— Mais vous êtes donc folle, s’écria-t-il, folle à lier !
Elle croyait à la sympathie, à un appui. Elle fut stupéfaite de cette explosion de colère.
— Comment, vous savez que vous avez dans M. Chamontain un ennemi implacable, qui ne vous a pas pardonné votre mariage, qui vous hait, qui vous méprise et qui depuis que le divorce est rétabli, ne pense qu’à s’en servir pour rendre la liberté à son fils, et vous allez stupidement lui donner des armes !
— J’ai été retenue par l’orage.
— D’abord, pourquoi avez-vous été à La Varenne ?
— Parce que je n’ai pas pu refuser un ancien camarade à qui j’aurais causé un vif chagrin.
— Vous vous inquiétez du chagrin que vous pouvez causer aux autres, vous ! Enfin cette imprudence commise, comment avez-vous eu la folie de passer la nuit chez ce camarade, qui prétend-on a été votre amant autrefois.
— C’est une infamie.
— Il ne s’agit pas de savoir si cette infamie est ou n’est pas fondée : on la répète et cela suffit. Et vous, tranquillement, parce qu’il tonne, parce qu’il pleut, vous restez chez lui ; mais vous deviez passer à travers l’inondation pour vous sauver du danger dans lequel vous aviez fait la bêtise de vous jeter.
— Je l’ai voulu ; c’était impossible.
— Impossible ; est-ce qu’il est impossible de passer à travers les flammes quand la maison brûle. Vous comprenez que, moi, je crois à la parfaite innocence de cette nuit ; vous avez dormi de votre côté ; et ce garçon a dormi du sien ; c’est tout naturel ; si je ne croyais pas ça, je ne serais pas ici. Mais moi, je ne suis rien. C’est votre mari qu’il faudrait convaincre de votre innocence, c’est votre beau-père, c’est votre belle-mère, c’est votre belle-sœur, car vous avez tout le monde contre vous, moi excepté. En ce moment, je suis sûr que Gaston et M. Chamontain sont chez l’avoué en train de préparer les premiers actes de la procédure du divorce.
— Il faut que je voie Gaston, il m’entendra.
— Où le voir ? Croyez-vous que son père et sa mère, après avoir mis la main sur lui, vont le lâcher. Croyez-vous que dans l’état d’exaspération où il est, il vous écouterait.
— Que faire ! s’écria-t-elle désespérément en voyant pour la première fois la profondeur du gouffre où elle était entraînée.
— Pour le moment, rien.
— Mon Dieu !
— Il ne sert de rien de se plaindre, dit le duc durement.
Mais tout de suite, il prit un ton moins sec :
— Vous croyez que je suis votre ami, n’est-ce pas ? ma présence ici le prouve ; vous sentez que vous pouvez avoir confiance en moi.
Elle lui tendit la main.
— Je ferai tout ce que je pourrai pour vous sauver, mais si vous voulez que je vous serve utilement, il faut que personne ne soupçonne notre alliance, sans quoi je perdrais tout crédit auprès de Gaston et me fâcherais avec mon beau-père. J’ai pour vous une vive sympathie, ce n’est pas d’aujourd’hui que je vous la montre, Gaston vous aime ; je ne veux pas que, pour une imprudence, vous soyez séparés, et qu’on vous prenne votre fille.
Elle poussa un cri.
— Croyez-vous que si le divorce est prononcé on laissera sa fille à une mère dont l’adultère aura été prouvé.
— Mais il n’y a pas de preuves contre moi, je suis innocente, je le jure.
— Il y aura des témoins contre vous qui de leur côté jureront – dans une affaire qui ne leur est pas personnelle, – que vous avez passé la nuit chez un homme qui a eu pour vous… autrefois les sentiments les plus vifs.
Si le duc avait été moins absorbé dans son propre tourment, il aurait vu la physionomie expressive de Zyte traduire une angoisse désespérée : les yeux fixes, les pupilles dilatées, les sourcils relevés et froncés, la bouche ouverte, les bras projetés en avant, le corps tremblant.
— On me prendrait ma fille, murmurait-elle.
— On vous la prendrait, et madame Chamontain en ferait la sienne si tendrement que jamais plus l’enfant ne penserait à sa mère… flétrie qu’elle ne verrait jamais. Il ne faut pas que ce crime s’accomplisse.
— Comment ?
— En ce moment je ne vois rien à faire, tout est contre vous, mais, Dieu merci, cette détestable loi du divorce est faite de telle sorte que les époux doivent se trouver en présence quand il y a défense, et vous vous défendrez, n’est-ce pas ?
— Pour ma fille, pour moi, de toutes mes forces.
— Il arrivera donc que Gaston ne pourra pas vous fuir, comme il l’a fait tout à l’heure ; il faudra qu’il vous accuse devant le président et, par contre, il faudra qu’il écoute votre défense : il sera sous le feu de vos yeux ; plaidez votre cause de façon à l’émouvoir. Je crois qu’en ce moment, dans l’état d’exaspération où il est, vous réussiriez difficilement. Mais ce procès ne se jugera pas en un jour. L’exaspération aura le temps de tomber d’elle-même ; l’amour parlera ; les regrets naîtront ; j’aurai soin d’ailleurs de les susciter. Ce sera le moment d’agir : plaidez bien votre cause, vous la gagnerez ; ramenez votre mari à vous, vous le garderez. Que faut-il pour cela ? Entre deux êtres qui s’aiment, un mot, un regard, une pression de mains suffisent. La réconciliation éteint l’action en divorce. Votre mari, votre fille seront tout à vous pour jamais, car vous ne serez plus assez imprudente, je pense, pour fournir à votre beau-père des motifs qui permettent d’intenter une nouvelle demande. Votre sort est entre vos mains. Le divorce est un drame, jouez votre rôle dans la vie avec le talent et la séduction que vous déploieriez au théâtre ; ne saurez-vous pas garder le mari que vous avez su prendre.
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