Chapitre 11
Des entretiens sur Zyte que Gaston avait eus avec Bachollet et la pharmacienne, il lui était resté deux mots dans l’esprit, qui par cela seul qu’ils se répétaient étaient significatifs : « Le jour où elle paraîtra sur un théâtre digne d’elle, on verra quel chemin elle fera. »
Cela paraissait certain, mais de cette certitude résultait-il que lui, Gaston, dût s’employer à faire faire cet engagement par un directeur parisien ? Ou, tout au contraire, le plus sage pour lui, n’était-il pas de la laisser à Noisy ? À Paris, il chercherait évidemment à se rapprocher d’elle, l’impression qu’elle avait produite sur lui était assez forte, il le sentait, pour n’avoir pas de doute à ce sujet. À Noisy, au contraire, il ne consentirait jamais à monter les marches de la roulotte au haut desquelles elle lui était apparue si charmante dans le nimbe d’or dont le soleil entourait son pur profil.
La chose valait la peine d’être examinée et pesée. Il verrait, il réfléchirait. Ce n’était point son habitude de se jeter tête basse dans une aventure. Quand il faisait une bêtise, ce n’était jamais à l’improviste. Les situations traînées lui plaisaient d’autant plus, que bien souvent le hasard se chargeait de les trancher pour lui.
Ce fut précisément ce qui arriva : il était rentré à Paris depuis quelques jours, et il avait tranquillement repris le train train monotone de sa vie ordinaire, lorsqu’un soir une occasion de parler de Zyte se présenta qu’il n’aurait pas assurément cherchée, mais qu’il ne laissa point passer alors qu’elle naissait spontanément – en quelque sorte providentiellement.
C’était à son cercle où il s’était rencontré avec Ernest Faré, l’auteur dramatique, dont on répétait en ce moment un grand drame historique en vers : Hella, écrite pour le Théâtre-Français où Faré avait obtenu avec une comédie moderne, un succès retentissant, la pièce, après des aventures auxquelles les journaux avaient fait une célébrité, était passée à l’Odéon. Bien qu’il n’y eut pas entre Faré et Gaston de relations intimes, ils se connaissaient assez cependant pour échanger quelques paroles quand l’occasion s’en présentait, et les répétitions avaient justement fourni cette occasion à Gaston : les répétitions marchaient-elles bien ? La distribution était-elle bonne ?
À cela Faré avait répondu qu’il n’était pas plus satisfait des répétitions que de la distribution : son drame qui se passait en Grèce, au temps de la guerre de l’indépendance était mené par une jeune fille, une sorte d’illuminée, moitié paysanne, moitié artiste, une Jeanne D’arc, et il n’avait pas du tout la femme de ce rôle, bizarre, fantaisiste, poétique. Celle qu’on lui avait donnée pour le remplir, conduisait la pièce à un échec – ce qui était désagréable – et au ridicule, ce qui était plus grave. Aussi cherchait-il à la remplacer, mais sans trouver, non que le rôle fût difficile, il porterait une élève, seulement il fallait une nature, et cette nature il ne la rencontrait ni dans les théâtres de Paris, ni dans ceux de la banlieue, ni même dans ceux de la province.
— Avez-vous été à Noisy ? demanda Gaston presqu’inconsciemment.
— Où prenez-vous çà, Noisy ?
— Et le théâtre Duchatellier, vous ne le connaissez pas davantage, je suppose ?
— Qu’est-ce que c’est que le théâtre Duchatellier ?
— C’est un théâtre de comédiens ambulants, qui donne des représentations dans les villages des environs de Paris.
À ce moment, Bachollet traversait le salon, Gaston l’appela :
— Voulez-vous dire à M. Faré ce que vous pensez de la comédienne que nous avons vue à Noisy.
— Dix-huit ans, de la beauté, de la grâce, des yeux admirables, une voix chaude, qui est une musique…
— Tant que ça !
— Et plus encore, car je n’ai rien dit de la séduction qui se dégage d’elle et qui tient à des qualités que j’aurais du mal à définir, parce que ce n’est pas mon métier d’analyser et d’expliquer, mais qui est réelle et qui vous prend… qui vous prend si bien que vous voyez comme j’en parle.
— Mais c’est de l’enthousiasme.
— Au moins est-ce de l’étonnement. Sur une scène ordinaire, nous n’aurions sans doute pas été frappés comme nous l’avons été sur ces tréteaux.
— Je disais à M. Faré, continua Gaston, qu’il trouverait peut-être dans Zyte la femme qu’il lui faut pour un des rôles de sa pièce nouvelle : il veut une nature bizarre, fantaisiste, poétique, il me semble que Zyte répond jusqu’à un certain point à ces exigences.
— Mais ces exigences ne sont pas les seules, dit Faré avec un sourire un peu railleur, il ne me faut pas seulement une femme, il me faut en même temps une comédienne.
— C’est que justement cette fille est une comédienne à laquelle il n’a manqué, jusqu’à présent, qu’un vrai théâtre ; le jour où un directeur intelligent la verra, il l’engagera.
— Et elle fera la fortune de ce directeur, conclut Bachollet du ton affirmatif qu’il prenait pour parler des choses où sa haute compétence était reconnue.
Faré réfléchit un moment.
— Savez-vous que vous me donnez presqu’envie de la voir ?
— Alors permettez-moi de vous en offrir l’occasion, dit Gaston avec plus de vivacité qu’il n’en mettait d’ordinaire dans ses paroles ; bien que Noisy ne soit qu’à quatre lieues de Paris, on n’y va pas aussi vite ni aussi facilement qu’à Rouen, et on n’y trouve pas d’hôtel ; heureusement, notre château n’est qu’à une courte distance et j’espère que vous voudrez bien me faire l’amitié d’y accepter l’hospitalité : nous y dînerons avant le spectacle, et après nous y rentrerons coucher.
Faré voulut refuser, mais Bachollet se joignit à Gaston en disant qu’il serait de la partie, « si ce soir-là il ne gelait pas », et il fallut bien qu’à la fin l’invitation fut acceptée : Gaston allait télégraphier pour savoir quand aurait lieu la prochaine représentation, et ils partiraient.
La réponse ne se fit pas attendre : le grand théâtre Duchatellier donnait en ce moment des représentations à Villiers, mais il reviendrait le jeudi pour jouer l’Histoire d’un sou, les Enfants d’Édouard, et Passé minuit.
Si Gaston et Bachollet avaient parlé de Zyte avec enthousiasme, ils n’avaient pas donné au théâtre Duchatellier plus d’importance qu’il n’en avait ; cependant quand Faré, après avoir suivi la grande rue de Noisy, arriva devant l’entrée de la salle de bal, et devant les deux roulottes échouées dans les bas-côtés de l’avenue, entourées de vieille paille, d’ustensiles de ménage, et de linges étendus sur des ficelles, il se dit qu’il pouvait bien avoir fait un voyage inutile : qu’attendre de bon de ceux qui vivaient là-dedans ?
Mais où il se le dit encore avec plus de certitude ce fut lorsqu’après le dîner au château, ils entrèrent au théâtre au moment où le rideau se levait sur le premier acte des Enfants d’Édouard. Gaston avait fait retenir trois places, et on les leur avait réservées au premier rang : des places louées ! Duchatellier en avait cassé une de ses bretelles en bombant sa poitrine ; c’était la première fois que cela se produisait, mais à coup sûr ce n’était pas la dernière. Quand Faré vit madame Duchatellier (la reine Élisabeth) couper chaque hémistiche par son geste de guignol, Marietta (le duc d’York) affublée d’un costume de page mi-partie rouge, mi-partie jaune, comme les roulottes, Stanislas, en vieille femme de chambre, malgré ses vingt ans et la moustache naissante qu’il n’avait pas voulu couper, – il se demanda si Gaston et Bachollet ne s’étaient pas moqués de lui.
— C’est la mère de notre jeune fille qui joue la Reine, n’est-ce pas ? demanda-t-il.
— Oui ; mais rassurez-vous la fille ne ressemble pas à la mère.
— Et au père ? demanda Faré avec inquiétude quand Duchatellier, qui tenait le rôle de Glocester, eut achevé sa scène avec la Reine.
À voir la pauvre madame Duchatellier, il était facile de deviner qu’elle n’avait jamais pu exercer la moindre influence sur sa fille si ce n’est pour empêcher celle-ci de l’imiter ; mais en était-il de même pour Duchatellier : la mère jouait aussi peu que possible, le père, au contraire, jouait beaucoup trop, et avec cette exagération romantique et mélodramatique, ces grands bras, ces flexions de jambe, ces frémissements du mollet, ces roulements d’yeux, ces éclats de voix qui allaient du chant du coq aux sourds gémissements du trombone mis un moment à la mode par les rivaux de Bocage et de Laferrière ; s’il avait formé sa fille à cette manière, qu’attendre d’elle ?
Comme le roi Édouard que devait représenter Zyte ne paraît qu’au milieu du deuxième acte, Faré eut à avaler tout le premier, qui est très long, en se demandant comment il avait eu la simplicité d’écouter ces deux mondains qui ne connaissaient rien au théâtre, et de se laisser amener par eux dans ce village : il fallait vraiment qu’il fut affolé par l’exaspération de voir massacrer et travestir ce rôle, qu’il avait si amoureusement caressé en l’écrivant.
Cependant il ne dit rien, et, restant impassible sur sa chaise, il écouta avec le stoïcisme d’un juge au tribunal.
— Vous les trouvez bien mauvais, n’est-ce pas ? demanda Gaston.
— Mais oui, assez.
— Vous verrez Zyte.
Enfin elle parut :
… Mon oncle, dans mes bras !…
Gaston et Bachollet, au lieu de la regarder, s’étaient tournés vers Faré pour voir l’impression qu’elle produirait sur lui.
— Le visage est intelligent, dit-il en répondant à leur muette interrogation, le geste expressif, la voix est timbrée, l’attitude pleine de grâce naturelle.
Ce n’était plus le même homme ; à l’ennui et à la lassitude, avait instantanément succédé l’intérêt et l’émotion.
— Mais elle articule, murmura-t-il ; elle sait prononcer, elle dit les vers.
Et quand la scène avec Glocester se déroula :
— Elle a composé son personnage, dit-il.
Quand cette scène s’acheva dans le sommeil d’Édouard, il applaudit et Gaston, ainsi que Bachollet, applaudirent avec lui.
Ce fut Lachapelle cependant, qui expliqua à Faré une question que son expérience des choses du théâtre lui faisait se poser, depuis que Zyte était entrée en scène : comment cette jeune fille avait-elle pu se former au milieu de ces comédiens vraiment dignes de leurs tréteaux ? Il n’y avait pas que des dons naturels en elle, si grands qu’ils fussent, il y avait du métier ; où l’avait-elle appris ? Ce n’était pas sa mère, la pauvre femme, qui lui avait enseigné ce qu’elle ne savait pas elle-même. Et ce n’était pas son père, par bonheur, qui lui avait enseigné ce qu’il ne savait que trop. La grâce, la beauté, le charme, le regard, la voix, l’instinct de l’élégance, c’est la nature qui les donne ; mais l’art de dire le vers avec son ampleur et son harmonie, la composition d’un personnage, la gradation des effets sans rien exagérer, la retenue pas plus que l’éclat, la sensibilité contenue, l’élan voulu, la science des attitudes, c’est par le travail qu’on les acquiert. Comment et avec qui avait-elle travaillé ? Avec ce bonhomme évidemment qui jouait Tyrrel le bourreau, en mouton, effacé comme s’il n’avait plus de vie, sans geste, sans voix, timide comme un enfant, hésitant comme un vieillard paralysé, mais qui laissait comprendre cependant qu’il savait ce qu’il disait et ce qu’il faisait. Ce n’était pas la première fois qu’un comédien détestable aurait été un bon professeur.
Bien que les quelques paroles de Faré fussent significatives, Gaston aurait voulu plus encore : que décidait-il ? trouvait-il Zyte capable de jouer le rôle de sa pièce nouvelle ? Il n’osa pas le demander cependant malgré l’envie qu’il en avait, et il dut se contenter des signes d’approbation par lesquels de temps en temps Faré manifestait son sentiment. Un visage intelligent, un geste expressif, une voix timbrée, savoir prononcer était-ce suffisant pour la faire venir à Paris ?
Ce fut seulement quand le rideau baissa après le troisième acte que Faré se prononça catégoriquement.
— Maintenant il faudrait s’entendre avec le père.
— Vous la prenez donc ? demanda Gaston avec un élan qui le surprit lui-même.
— Sans doute l’aventure est grosse, mais au théâtre tout est aventure et il faut savoir se risquer.
Comme Passé minuit était joué par Théodore et par Joseph, Duchatellier devait être libre en ce moment. Mais où le trouver ? Faré crut que le mieux était d’envoyer un gamin du pays porter sa carte à Duchatellier avec un mot pour lui demander un moment d’entretien.
Quand ce messager arriva sur le théâtre en enjambant tout simplement la rampe et en écartant le rideau, il trouva Duchatellier occupé avec les autres hommes de la troupe à changer le décor.
— Monsieur Duchatellier v’là un mot qu’un monsieur m’a remis pour vous.
— M. Chamontain ?
— Non ; son ami.
On allait donc savoir quel était cet ami qui avait si fort intrigué toute la troupe.
Avant que Duchatellier eût pris la carte que le gamin lui tendait, Marietta avait jeté les yeux dessus :
— Ernest Faré.
— L’auteur dramatique ?
— L’auteur de Chatelard, de Flavie ?
— Où le recevoir ? demanda Duchatellier.
— La table est restée servie dans la roulotte, répondit madame Duchatellier avec effroi.
Duchatellier eut une inspiration :
— Dis à ce monsieur qu’il entre chez Marinier et que je le rejoins tout de suite.
Conduits par le gamin, Faré avec Gaston et Bachollet s’installèrent dans une petite salle du marchand de vin, où après quelques instants d’attente, Duchatellier vint les rejoindre : il n’avait pas changé de costume, mais par-dessus la bosse de Glocester il avait jeté le carrick gris à petits collets de Chopart, et il s’était coiffé de son chapeau à haute forme qui pour lui était l’insigne du commandement, comme l’est la casquette blanche pour le chef de gare de service.
Il les salua d’un large salut circulaire à la Frédérik Lemaître, qui les enveloppa tous les trois, puis s’adressant à Faré :
— M. Ernest Faré, je suppose ?
— Précisément, répondit Faré en lui tendant la main.
Duchatellier la serra en camarade et s’assit à califourchon sur un tabouret en face de Faré :
— Vous m’avez fait l’honneur de me demander un moment d’entretien. Débarrassé des soucis de la scène, me voici tout à vous, monsieur, heureux de faire la connaissance d’un écrivain dont les glorieux succès ont brillé jusque sur notre modeste sphère.
Si les paroles étaient nobles, le geste et l’accent qui les soulignaient l’étaient plus encore. Duchatellier tenait à laisser comprendre que si la cabale, l’adversité et les coups d’un sort injuste l’avaient fait échouer à Noisy, il n’était pas ce que les apparences donnaient à supposer.
— Que pouvons-nous vous offrir ? demanda Gaston.
— Je prendrai un grog volontiers, ce rôle de Glocester est dur.
Pendant qu’on préparait le grog, Faré commença l’entretien :
— Mon ami M. Chamontain m’a parlé de votre théâtre dans des termes tels, qu’il m’a donné l’envie de venir vous voir.
— Bien modeste théâtre, répondit Duchatellier en remerciant Gaston de la main, mais enfin je fais de mon mieux… avec de petits moyens malheureusement… et un entourage bien faible qui compromet la perfection, je l’avoue.
— Je dois vous dire, continua Faré, qu’on répète en ce moment un drame de moi à l’Odéon, dont le rôle principal n’est pas tenu, et…
Duchatellier ne le laissa pas continuer, il avait compris :
— Lorsqu’un écrivain, dit-il, fait à un comédien l’honneur de le choisir entre tous et de lui demander son concours, c’est un devoir pour celui-ci de l’accorder… sans se faire prier.
Bien que Faré eût vu plus d’un comédien toujours prêt à mettre sa personnalité en avant, il resta un moment interloqué.
— Le rôle dont je parle, dit-il, n’est pas un rôle d’homme, c’est un rôle de femme ; de rôle d’homme, je n’en ai pas, par malheur, qui soit digne de votre talent.
— De femme… de femme, répéta Duchatellier, que la surprise et le désappointement empêchaient de comprendre.
— Ou plus justement de jeune fille, un rôle pour mademoiselle Zyte.
— Ma fille ! mais j’en ai besoin de ma fille, elle m’est indispensable.
On n’est pas auteur dramatique sans connaître le cœur humain, comme on n’est pas homme de théâtre sans savoir combien est sensible et facile à exciter la vanité d’un comédien ; bien qu’il n’eût échangé que quelques mots avec Duchatellier, Faré avait deviné à qui il avait affaire :
— Indispensable ! dit-il avec un sourire, il me semble que le personnage indispensable dans votre troupe, celui autour de qui tout pivote, qui inspire tout, qui mène tout, c’est celui qui vient de jouer Glocester d’une façon si… remarquable, pour ne pas employer un autre mot.
— Évidemment, s’écria Duchatellier dans un élan de satisfaction orgueilleuse.
— Dès lors, continua Faré, ce n’est pas parce que vous consentiriez à vous séparer de votre charmante fille que votre troupe serait désorganisée ; vous savez mieux que moi qu’il n’y a le plus souvent dans un théâtre qu’un premier sujet qui tire tout à lui, par le prestige qu’il exerce ; qui est ce premier sujet ? Est-ce vous ? Est-ce votre fille ?
Duchatellier se drapa dans son carrick :
— La proposition que vous voulez bien m’adresser, dit-il, est trop honorable pour que je ne vous en remercie pas… cordialement, en mon nom et au nom de ma fille. Mais vous comprenez que je demande à réfléchir avant de répondre. D’un côté je vois tous les avantages qu’il y a pour ma fille à débuter sur une scène comme celle de l’Odéon, dans un grand rôle. Mais de l’autre je ne peux pas ne pas être sensible à une séparation qui ne serait pas moins douloureuse pour nos sentiments que désastreuse pour mes intérêts. Supposons que Zyte, au lieu d’être ma fille, soit un sujet de ma troupe, vous ne me la prendriez point, n’est-ce pas, sans m’offrir une compensation, sans me payer un dédit.
— De mon côté, interrompit Faré, je vous demande aussi à ne pas répondre sur ce point. Je ne suis pas le directeur de l’Odéon. J’ai vu mademoiselle Zyte, j’ai trouvé qu’elle avait les qualités qui convenaient à un rôle que j’ai écrit, et j’ai pensé à lui confier le rôle. Je vous ai fait part de mon désir. Maintenant, avant d’aller plus loin, je dois en faire part à celui qui paie. Je suis l’auteur. Il est le directeur. Il vous écrira.
— Quand vous voudrez ; rien ne presse, ma fille n’a que dix-huit ans.
Il se leva sur ce mot qui n’était pas maladroit, car si rien ne pressait pour Zyte, il n’en était pas de même pour Faré, puisque celui-ci avait eu l’imprudence de dire qu’on répétait sa pièce en ce moment.
On se sépara et Duchatellier réitéra ses remerciements à Faré, qui de son côté le chargea de transmettre ses compliments à Zyte.
Gaston avait suivi cette négociation avec surprise d’abord, en voyant Duchatellier ne pas accueillir d’enthousiasme les propositions de Faré, et ensuite avec inquiétude en écoutant ses exigences. Aussitôt qu’ils furent montés en voiture pour revenir au château, il interrogea Faré :
— Est-il possible qu’il refuse ? demanda-t-il.
— Je ne crois pas ; seulement il défend ses intérêts, et il ne faut pas trop lui en vouloir.
— Ce dont je lui en veux, dit Bachollet, c’est d’être jaloux de sa fille ; il n’est pas loin de croire qu’elle balance son succès ; ces comédiens !
— Ne vous figurez pas que ce sentiment est spécial aux gens de théâtre ; vous trouverez dans l’histoire plus d’un roi qui a été jaloux du dauphin.
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