CHAPITRE PREMIER
Historique.
Depuis Spallanzani, qui avait fait remarquer, au XVIIIe siècle, que de faibles doses de sel marin accéléraient la putréfaction, expérience qui, à priori, semble en contradiction avec l’idée qu'on pouvait se faire de l’action des substances antiseptiques, on ne s'était pas occupé de cette remarque.
IL faut aller jusqu’en 1875 pour retrouver une observation analogue de Popoff dans un travail qu’il avait entrepris sur la fermentation productrice du gaz des marais (1). Il remarqua que de petites quantités de strychnine accéléraient la fermentation en augmentant la production de ce gaz.
Vers la même époque Fleck (2) signale l'accélération de la fermentation alcoolique sous l'influence de faibles quantités d'acide salicylique ou d'acide phénique.
En 1882 M. Ch. Richet (3) dans un travail sur l’action physiologique des métaux alcalins où il étudie l’action de ces métaux sur l’activité du ferment lactique fait l’observation suivante :
(4) Poporr. Sur la fermentation produisant le gaz des marais (Pfluger s. Archiv.), 1875.
(2) FLecx. Essai de comparaison des acides benzoïques phéniques et cinnaïniques. (Munster, 1875).
(3) Cu. Ricuer. Arch. de Physiologie, tome X, série 2, 1882.
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« Il est à remarquer que des doses de 10 grammes et de 15 grammes de sel par litre au lieu de ralentir la formation d’acide lactique, l’accélère dans une proportion assez notable.
Que le chlorure de lithium lui-même, qui est cependant doué de propriétés toxiques si puissantes vis-à-vis du ferment lactique est capable à de très petites doses de stimuler la fermentation ».
Vers la même époque, Djanin (1) constate que de petites doses de trichlorophénol accélèrent la fermentation alcoolique ainsi que la transformation de l’urée.
M. Thumas (2) en 1883 signale dans une étude sur le bromhydrate de quinine que de faibles quantités de quinine accélèrent la fermentation alcoolique.
M. Hoffmann (3) fait la même observation au sujet de l'acide formique.
M. Gottbrecht signale ce fait au sujet du tartrate de Thalline.
M. Schultz (4), en expérimentant avec de petites doses d'iode, de brôme, de sublimé, de salicylate de soude et d'acide formique arrive aux mêmes conclusions.
En 1891, M. Biernacki (5) étudie dans un travail d’ensemble la propriété qu'ont les antiseptiques d'augmenter
(1) DraniN. Sur le trichlorophénol. Diss. St. Pétersbourg, S. 10, 18, 1882, (en Russe), d’après Brernacri, loc. cit.
(2) THuwas. Essai sur la pharmacologie du bromhydrate de quinine, 1883, St. Pétersbourg, (en Russe) d’après BIERNACRI, loc. cit.
(3) Cité d'après Scauzrz. Lecons sur l'acide formique, Virchow’s Archiv. Bd. 108 (1887).
(4) Scuurrz. Sur la levure, Pfluger’s Archiv. Bd. 42 (1888).
(5) Brernacri. Pfluger’s Archiv. Bd. 49, 1891, S. 112.
PORTE Me la fermentation alcoolique et le rapport de cette propriété avec la constitution chimique et la quantité des ferments.
Il détermine la dose pour laquelle on observe le maximum d'accélération de la fermentation pour les corps suivants :
Sublimé, permanganate de potasse, sulfate de cuivre, brôme, thymol, acide benzoïque, acide salicylique, quinine, phénol, acide sulfurique, résorcine, pyrogallol, acide borique, hydrate de chloral.
Il conclut de la façon suivante :
1° Tout milieu antiseptique en quantité convenable mais à faible dose a la propriété de favoriser et d'accélérer la fermentation alcoolique.
2° Plus la substance a une forte puissance antiseptique plus elle est capable d’accélerer la fermentation.
3° L'accélération de la fermentation (fermentation alcoolique et putréfaction) peut exister dans un milieu concentré malgré une forte dose d’antiseptique, lorsqu'il y à une grande quantité de ferment et que par conséquent il ne se trouve plus pour chaque individu qu’une faible quantité de poison.
4° Les corps organiques semblent être capables d’accécélérer davantage la fermentation que les corps inorganiques.
La limite qui empêche la fermentation est plus grande pour ces derniers quoi qu'ils soient aussi antiseptiques que les premiers.
5° Plus un corps organique contient de carbone plus il est antiseptique.