‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 105 sur 142 · MAROCAIN · texte numérisé non relu

MAROCAIN

Je connais peu de sortes de vigne dont les raisins préviennent plus en leur faveur; ses belles grappes à gros grains oblongs, bien fleuris et peu serrés, sont supportées par un long pédoncule, et elles parent bien un dessert. Son feuillage est facile à distinguer à la petitesse des feuilles des surbourgeons , à leur profonde découpure et à leurs dents aiguës ; elles sont si abondantes quelles cachent les premières feuilles, qui sont généralement d'une grandeur moyenne. Son seul défaut pour nous est que la maturité du fruit est un peu tardive, guère plus cependant que celle de l'Ouilliade, avec les raisins de laquelle les siens ont beaucoup de ressemblance; toutefois ceux du Marocain sont d’une plus longue conservation, et ont la peau plus épaisse ; mais il est infiniment moins productif.

AGUDET NOIR (Tarn-et-Garonne).

Quoiqu'il ne soit pas venu à ma connaissance que la vendange de ce cépage entrât dans la composition d’un vin de quelque renom , cependant l'aspect de ses raisins, leur forme particulière et leur abondance, me portent à l’établir ici comme un cépage qui mérite l'attention d’un amateur. Un œnologue de Montauban en fait à la vérité peu de cas: mair un grand propriétaire de vignes ;, M. Ayral, qui a souvent publié de judicieuses observations sur ses cultures, à fait celle-ci: que le vin d'Agudet était spiritueux et d’un bon goût. Les grappes sont belles, bien garnies de grains plus qu’oblongs, ressemblant beaucoup à ceux du Donzelinho du Portugal; mais le goût est différent. Les feuilles présentent aussi quelque différence. La maturité du raisin n’est complète qu'une dizaine de; Jours après celle de notre Côt, Côte rouge, Pied-de-Perdrix , ete. Sa variété blanche est d'un goût très-fin, et elle est facile à reconnaître à ses grains serrés et plus allongés qu’on n’est accoutumé d'en voir.

Je ne ferai guère que nommer le

PECOUI-TOUAR (du Var), ou

CANSERON (du Gard), parce qu’il ne donne que de mauvais vin, mais à la vérité très-abondamment. Ses grains sont noirs, ronds, et se gâtent très- promptement par les temps humides. La présence de ce cépage dans les vignobles de l’ancienne Provence, est la cause principale de la mauvaise qualité de beaucoup de vins de ce pays, si bien situé pour en produire de bons.

154 FRAITÉ DES CÉPAGES.

TRIBU DES MAUZACS.

MAUZAC (en plusieurs départements traversés par le Tarn et la Garonne ).

FEUILLE RONDE (id., mais particulièrement en Tarnet-Garonne).

Quoique ce cépage soit connu dans le département de la Côte-d'Or, et même qu'il y en ait un de ce nom dans le département des Ardennes, nous le plaçons dans cette région , parce que son principal campement est Sur les coteaux du Tarn et ceux de la Garonne, où il est fort estimé, tant pour la qualité que pour l’abondance de son produit. Ge n’est pas à la couleur de son fruit que la variété, sujet de cet article, doit sa valeur ; ear elle éclaireit plutôt la nuance du vin rouge qu’elle ne la fonce , le raisin étant d’un rouge clair.

Il y a cependant un

MAUZAC NOIR, dans le département du Lot, et même dans celui des Ardennes; mais il est moins cultivé, et sans doute moindre en qualité que celui-ci et les deux autres blancs. Toutefois il est seul porté sur les catalogues que j'ai reçus des frères Baumann et des frères Audibert.

Le second nom du Mauzac rouge dont il est question, Feuille ronde, s’applique également au Mauzac rouge et au blanc, et ce caractère, qui leur est commun, est d’un facile usage pour les faire reconnaitre, en outre de la nuance de leur couleur. Les feuilles du Mauzac rouge auquel je reviens sont peu découpées et des plus petites

que je connaisse , leur face inférieure est un peu cotonneuse et d'un vert terne à leur page supérieure. Les grappes, dont le support ou pédoncule est court, sont ailées, coniques ; garnies de grains ronds de médiocre grosseur, trop serrés, de couleur rouge clair un peu cendrée, c'est-à-dire ternie par une fine poussière que nous appelons fleur. Le raisin est d’un goût sucré, très-relevé, se soutient bien contre l'humidité et se conserve longtemps. Ses rameaux étalés laissent voir de nombreuses grappes réunies en couronne près de la souche , ce qui rend ce cépage d’un aspect agréable au moment des vendanges , et indique en même temps qu'il faut le tailler court sur les deux ou trois sarments les plus rapprochés de la souche. Un léger défaut du fruit, c’est que les pepins sont un peu gros en raison du petit volume des grains ; et la chair de ceux-€i un peu consistante, peu abondante en suc.

La vendange du Mauzac rouge fait très-bien avec celle des raisins noirs, particulièrement avec celle de l’Auxerrois du Lot et du Tarn : aussi quelques propriétaires s’en tiennent-ils à ces deux cépages ; cependant le raisin du Mauzac mürit plus tard que celui de l’autre , qui est notre bon Côt; je compte néanmoins le multiplier; car entre autres bonnes qualités il a celle d’être très-productif. Ces raisins du Mauzac entrent aussi avec avantage dans la vendange des raisins blancs, et communiquent au vin qui en est composé, un goût sucré fort agréable, et qui se soutient longtemps ; aussi est-ce au mélange da Mauzac et de la Blanquette qu’on attribue la haute qualité du vin blanc d’Aussac.

M. Isarn, de Montauban, duquel je tiens la plupart de ces renseignements, m’en à envoyé une variété de ce

456 TRAITÉ DES CÉPAGÉS.

Mauzac, à grains plus écartés et plus petits, et à queue plus longue; mais un membre de cette famille, encore plus répandu que le Mauzac rouge, est le

MAUZAC BLANC, qui porte aussi le nom de

BLANQUETTE dans les départements de l’Ariége et de l'Aude. Dans ce dernier, elle concourt avec la Clarette , dont nous allons parler, à la composition de agréable Blanquette de Limoux. C’est un cépage robuste qui prospère dans presque tous les sols. Son seul défaut , qui en est un grand pour nous, est la maturité tardive de ses nombreux raisins, dont il est à propos de modérer labondance par une taille courte.

CLAIRETTE , et aussi

BLANQUETTE (département du Gard, de l'Aube, de l'Hérault, des Pyrénées-Orientales ).

CLARETTA (comté de Nice ).

COTTICOUR (Tarn-et-Garonne).

MALWVOISIE (improprement dans les départements de la Gironde , Lot-et-Garonne).

Son bois est, en hiver, d’un gris rougeâtre à sa partie inférieure . le rouge est plus intense sur les gros sarments, le gris sur les petits; ces couleurs tournent au fauve en s'éloignant du point de départ des bourgeons, qui sont rayés de lignes brunes. Ses feuilles, un peu tourmentées , sont très-cotonneuses en dessous, et le vert foncé de la page supérieure fait ressortir la blancheur du coton abondant et épais de son envers. La grappe est ailée, allongée, assez régulière dans sa forme conique, bien garnie de grains oblongs, peu pressés , demi-transparents, fermes, plutôt pulpeux que juteux, d’une douceur agréable et relevée. Ces raisins sont en outre d’une bonne conserva-

tion ; ce qui les rend précieux pour les habitants du Midi, d'autant plus qu'ils font la base d'un vin assez recherché dans les lieux où on le produit, mais peu connu ailleurs. Pour nous ce cépage a beaucoup moins de valeur, à cause de la tardive maturité de ses raisins, et en cela elle est très- différente de la vraie Blanquette du Gard et de la Dordogne, dont les raisins mürissent au moins six semaines avant ceux de la Clarettte, mais ne se conservent pas. On m'a fait l'honneur de m'envoyer quelques bouteilles de ce vin; mais je ne le jugerai pas sur cet échantillon ; j'aime mieux m’en rapporter au Jugement des auteurs que jai consultés ou aux renseignements que J'ai obtenus moi-même; et je dirai, qu'a Rivesaltes et dans les vignobles de Limoux, après avoir cueilli les raisins, on les laisse exposés au soleil pendant une huitaine ; on en üre un vin qui devient bientôt sec, spiritueux et mousseux même; mais, Je le répète, d’une qualité différemment appréciée par les amateurs et qui me paraît être comparable à celle du vin de Champagne dans la proportion de leur prix respectif sur les lieux : un franc et trois francs. C’est du moins lopinion d’un auteur justement estimé, M. Julien, qui, par goût comme par état, était en position de bien connaître et de bien juger le mérite de tous les vins renommés, puisqu'il en faisait le commerce. Il reconnait les Blanquettes de Limoux, de Calvisson , etc., comme des vins légers et agréables ; mais il ne les place cependant qu’au quatrième rang des vins de cette espèce. Sinety, auteur d’un ouvrage recommandable, lAgriculteur du Midi, et M. Laure, auteur d’un ouvrage pareil, mais plus complet, recommandent également la réunion de la vendange de la Clarette

avec celle de l’'Ugni blanc, pour la composition de la meilleure Blanquette que le sol puisse produire. J’ai appris que la Clairette avait été substituée au Picardan pour faire le vin qui était et qui est encore connu sous ce même nom de Picardan. Ge cépage s’accommode très-bien, selon M. le docteur Touechy, d’être conduit en treille, dans le département de l'Hérault du moins. Il a une jolie variété, la

CLARETTE VIOLETTE , qui n’en diffère guère que par la couleur : elle est également productive , et ses raisins d’une maturité difficile ; mais la blanche est plus généralement cultivée.

IL est un autre cépage que je ne crois pas de la même famille , quoiqu'il porte le nom de

GROSSE CLAIRETTE dans les départements de la Gironde et peut-être quelques départements voisins. J’en parlerai en détail sous le nom qui me paraît lui convenir davantage de Malvaxa grossa.

COULOUMBAOU (ancienne Provence).

AUBIER (au vignoble de Riez, près de Marseille).

COLOMBA (et aussi CHALOSSE (en quelques départements du Midi).

MELLENC (Tarn-et-Garonne).

Plusieurs ampélologues provençaux s'accordent à trouver ce cépage doué d’une grande vigueur et d’une longévité qui en est la conséquence; de plus, très-productif. Ses raisins, assez beaux, ont des grains gros, d'un goût assez agréable, d’une maturité trop tardive pour notre climat, excellents à faire du vin, mais passant trèspromptement à la pourriture. Il est d'autant plus regrettable qu'ils aient ce défaut , que le vin qui provient d'eux

est doux et pétillant. M. Pellicot a ajouté, à ce qu’en avait dit M. Laure, que le vin du Colomba était sec, clair, limpide et pourvu d’un bouquet agréable. M. Laure avait dit, dans son Cours complet d'Agriculture, que la vendange du Colomba était nécessaire à la composition de tout vin blanc auquel on désirait donner de la qualité, et qu’elle s’associait très-bien avec celle du suivant :

PASCAOU ou PLANT PASCAL (Var et Bouches - du- Rhône).

Voici la phrase latine qui forme la description qu’en a faite un botaniste: Vifis fertilissima , uva perampla et precia, acinis rotundis, albo-viridibus, densis et dulcissimis, cuto tenui, foliis maximis subtus glabris, infra tumentosis. Je crois inutile de traduire ce latin, tant il est facile à comprendre.

On lit que le mélange de ses raisins, ainsi que ceux du Colomba avec ceux de la Clairette , est indispensable à la composition d’un vin de bonne qualité. Cependant le Pascaou müûrit un mois plus tôt que la Clairette : ses raisins devraient être entièrement passés, quand celle-ci, qui est très-tardive, est à peine mûre. Les nœuds sont très-rapprochés ; les grappes grosses et nombreuses ; les grains sont peüts, ronds et serrés, prenant une teinte roussâtre du côté du soleil. Le seul défaut de cette espèce , qui lui est commun avec la précédente , est de se gâter plus facilement qu'aucune autre.

Il y a encore beaucoup de plants assez répandus dans les vignobles de cette région : je ne nommerai que ceux que j'y crois les plus communs, et, avant tous,

L'UGNI BLANC, qui est très-estimé dans tous les vignobles de la Provence; et dont je parlerai plus loin.

LE PLANT D’ARLES ; le

PETIT BRUN ; le

MANSEING ; l’énorme et méprisable

PAMPÉGA ; le

BOURBOULENG ; les

OULIVEN ou

OLIVETTES ; les

TERRETS ; les

GRECS ou

BARBAROUX ; l'énorme

RAISIN DE NOTRE-DAME ; aussi méprisable pour la table à cause de son mauvais goût que pour le pressoir; les

UGNES, la FINE et la LOMBARDE ; le

PICARDAN et sa variété le

BICOLORE ; le

CALITOR, très-abondant , mais aussi mauvais à manger qu’à faire du vin ; le

PLANT DE SALÈS, que mes vignerons et moi avons reconnu pour être le même que le Gros Pinot des coteaux de la Loire ou Chenin de la Vienne; les

ONDENCS ; les

BOUILLENCS: les

AGUDETS ; le

TÉNÉRON de Vaucluse.

Je laisse aux propriétaires méridionaux le soin d’augmenter cette liste.

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