‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 111 sur 142 · ILE DE MADÈRE · texte numérisé non relu

ILE DE MADÈRE

Cette île ayant une grande célébrité pour la quantité et la qualité de ses vins, c'est le lieu de parler des cépages qui peuplent ses vignobles. Quoique le commodore Basile Hall ait énoncé, dans le récit de ses voyages, que l’on cultivait dans cette île une cinquantaine d’espèces de vigne, ce que je suis loin de mettre en doute, cependant l'auteur de la Topographie de tous les vignobles connus, Julien,

aux informations duquel on doit avoir le plus grand égard, n'en désigne que neuf ; six à raisins blancs et trois à raisins noirs; sans doute, comme étant ceux les plus cultivés. Il ne mentionne qu'une Malvoisie, et c’est probablement -la

MALVAZIA GROSSA; mais on y cultive aussi la

MALVAZIA FINA;: car elle est arrivée, de Madère même, à la collection du Luxembourg, où j'en aï obtenu deux crossettes.

Le VIDUNO, dont l’auteur Julien a fait Vidogne. « Ce raisin à beaucoup de ressemblance, dit-il, avec notre Chasselas. » C'est le cépage le plus généralement cultivé, et avec raison; car € est à lui qu'est dû le meilleur vin sec dans les lieux où le Sercial n'est pas cultivé. Je ne crois pas qu’il soit dans aucune collection française.

Le BAGOUAL fournit plus que le Viduno; le vin en est plus doux, mais moins spiritueux.

SERCIAL ou ESGANACÇAO (Portugal et Madère).

Cette vigne produit le meilleur vin de Madère , et elle en donnerait probablement aussi de très-bon non-seulement dans nos départements du Midi, mais même en Touraine, à une bonne exposition ; car j'ai l'expérience qu'elle y mürit plus facilement que notre gros Pinot: aussi l’ai-je placée à la troisième époque, dans mon chapitre de la concordance de maturité. Les feuilles sont très -amples et cotonneuses en dessous et même à la face supérieure ; elles ressemblent beaucoup à celles du Cherès, sans être toutefois aussi profondément divisées qu'elles. Les grappes ont des grains bien moins gros, tout en étant également olivoides ; ils différent beaucoup dans leur époque de maturité. Le goût du Sercial est agréable; toutefois , quoique

la grappe soit belle, il n’est pas d’une bonté assez remarquable pour le ranger parmi les raisins de table, d'autant plus que ses grainsne sont que moyens. Ce cépage, auquel son feuillage donne l'apparence de la vigueur, est cependant buissonneux ; à la taille il s’accommode bien d’une verge outre son courson. Son bois est trèsfacile à reconnaître , en hiver, à sa grosseur et à sa couleur rouge-brun.

Le motif qui me l’a fait comparer au plant de Xerès ou Cherès s'expliquera facilement, quand on saura que j'ai reçu du Midi des crossettes de ce dernier plant sous le nom de Sercial. Or, ces deux plants sont fort différents : le Sercial n’a pas la longue queue herbacée du Xerès, ni ses longs pédicelles; et ses grains n'ont ni la même teinte, ni le même volume.

En voici un autre de la même île qui s'associe parfaitement àlui, et que je regarde même comme lui étant supérieur, du moins pour la constance de son rapport, c'est le

VERDELHO.

Ils mürissent en même temps, et le Verdelho est bien moins sujet aux intempéries ; son goût m'a paru aussi plus fin et plus vineux. Transporté et multiplié en Crimée par M. Hartwiss, il y à parfaitement réussi. Voiei du reste le passage textuel d'une de ses lettres: « Ce cépage, que je cultive dans ma vigne d’Artek, me donne depuis quelques années un vin exquis, d'un bouquet fin et d’une saveur rappelant celle d'un vin d'Espagne. »

D'après la connaissance que j'ai de cet excellent cépage, je suis persuadé qu'il en serait de même en Touraine. Cet un nouvel exemple de la persistance d'un cé-

page dans ses bonnes qualités, et de l'erreur de Pline qui croyait qu'elles étaient inhérentes au pays d’où le cep était originaire. Le Verdelho réussit très-bien en serre, et l'on y obtient deux récoltes, d’après l'expérience qu’en a faite M. Berkholtz à Riga, en Livonie. Les grappes sont allongées, un peu coniques ; les grains , de médiocre grosseur, sont olivoides et conservent une teinte verte jusqu'à leur parfaite maturité, à l'exception de quelques-uns des plus exposés au soleil. Ses feuilles, de grandeur moyenne, sont presque entières, ou du moins rarement découpées; elles sont nues, d'un vert foncé. Ses raisins résistent bien aux longues pluies; en un mot, je ne lui connais que de bonnes qualités, et je ne peux trop recommander cet excellent cépage : aussi ai-je eu le soin d'en pourvoir tous mes correspondants. Son bois, en hiver, est d’un rouge clair, marqué de grandes taches noires.

L'ALICANTE, que l’on n’emploie que pour la table. Est-ce le Largo, le Temprano, le Marbelli ou le Verdionas, très-cultivés aux environs d’Alicante avec cette destination ?

Le MUSCATEL est notre Muscat blanc.

Les cépages noirs sont les suivants:

Le BASTARDO, dont nous avons déjà parlé, et qui malgré sa couleur rouge-brun, ne sert qu'à faire du vin blanc.

TINTA ou NEGRAMOL. On en fait de très-bon vin rouge qui sert à colorer d’autres vins.

Le FERRAL, qui est probablement le Ferral de l’Andalousie, oùilest destiné, comme il l’est à Madère, à être consommé en nature. Les raisins sont très-beaux et les grains très-gros; mais ces raisins sont plus propres

a parer un dessert qu'a satisfaire un goût délicat: car D. Simon dit qu'ils sont aigres-doux et très-tardifs : deux manières d'être qui ne concourront pas à nous faire désirer ce cépage.

Les autres espèces que M. Hardy, jardinier en chef du Luxembourg, a reçues directement de Madère, outre le Sercial, la Malvazia fina et la Tinta, sont :

Le BUAL, que je crois être le même que le Bagoual.

Je ne ferai que mentionner ici, parce qu'elle a eu déjà son article dans l’article famille des Malvoisies , la

MALVAZIA FINA , à laquelle on doit cet excellent vin de liqueur connu sous le nom de Malvoisie de Madère. Son origine de la Grèce me paraît incontestable; car j'en ai reçu des sarments de la Sicile , et les cépages dont ils ont formé la souche se sont trouvés d’une identité complète avec les ceps provenus de crossettes venues directement de Madère. Ses grappes sont longues, pyramidales, suffisamment fournies de petits grains blancs, oblongs. Ce raisin mürit difficilement, et moins bien que l’un de ses associés le plus habituel, le Verdelho, dont nous avons parlé.

Page 1