SARDAIGNE ET CORSE, PIÉMONT, LOMBARDIE, ÉTAT VÉNITIEN, TOSCANE
Je commencerai ce chapitre par le Trebbiano, comme l'aurait fait sans doute le professeur D. Milano, dans sa Notice sur les vignobles de Biélla, s'il n'avait été dominé par son système de classification; car on ne voit aucune autre raison d'avoir fait précéder ce cépage par les Muscats, qui, ne donnant que des vins de liqueur, c'est-àdire une sorte de vin d'une faible consommation, n'avaient aucun droit à cette place d'honneur. J'ai donc pensé qu'elle revenait au Trebbiano, qui passe depuis des siè-
cles, comme on va le voir, pour un des cépages les plus méritants pour la production des vins fins. Je m'y suis décidé peut-être aussi par l'entrainement de la connaissance parfaite que j'ai de ce cépage ; ce qui m'a rendu ce début plus facile.
TREBBIANO BIANCO (Toscane ).
TREBBIANO VERO, ERBALUS {vignobles du Pié-
mont ).
TREBBIANO FIN (vignobles du Piémont, selon D. Milano).
UGNI BLANC (ancienne Provence), et aussi, mais à tort,
CLARETTE (aux environs de Draguignan).
TREBULANUS, de Pline, selon Baccio, et alors sa eulture remonterait au temps de Rome antique.
- Les jeunes bourgeons de ce cépage acquièrent promptement de fortes dimensions, et comme les amples feuilles qu'ils supportent ajoutent encore à leur poids, ils sont fort exposés à être éliobés. Ses feuilles sont généralement trilobées , quelquefois quinquelobées, et cependant j'en ai souvent vu d'entières, en sorte que je n’en fais pas un trait caractéristique , autant que de celui qu'elles présentent par leurs taches jaunes répandues sur leur surface supérieure et sur leur limbe ou pourtour, quand elles sont parvenues à leur entier développement ; le dessous des feuilles est cotonneux ; mais cet état est si commun qu'il est à peine notable. Un autre caractère qui l’est bien davantage est la forme allongée et cylindrique des lames (nom que nous donnons à la future grappe avant la fleur), dont l’extrême longueur est accrue ou du moins plus apparente par celle du pédoncule commun ou queue ; quel-
quefois l'extrémité est bifurquée , en sorte que de la réunion de ces traits 1l résulte que peu de cépages sont plus faciles à reconnaitre. Les raisins, dont la maturité est un peu tardive dans notre région, se maintiennent bien contre les pluies et ne manquent guère de s'offrir chaque année à la coupe du vendangeur. Voyons ce qu’en a dit un auteur du moyen âge, Petrus de Crescentiis, sénateur de Bologne, dans son livre Opus ruralium commodorum: nous nous servirons du langage de son traducteur: «Il est à grams ronds, blancs, quelquefois roses et clair-semés , bréhaigne en sa jeunesse, mais porte largement en sa vieillesse ; il fait moult noble vin qui bien se garde et est grandement renommé dans toute la Marche. »
Ajoutons que le vin auquel le Trebbiano avait donné son nom n'avait rien perdu de sa réputation au siècle suivant, sous le pontificat de Paul TIT ; car cet auguste amateur l’admettait de préférence sur sa table, trouvant ce vin stomachique , savoureux et moelleux, ainsi que nous l’apprend l'auteur d'un Mémoire sur les vins qui étaient alors consommés à Rome. C’est encore de même aujourd'hui : car l'abbé Milano nous dit que le vin que produit ce cépage est vif, brillant, spiritueux et d'une longue conservation. Ses bonnes qualités se sont soutenues en France ; car sous le nom d'Ugni blanc, sa réunion à la Clarette est recommandée par Sinety, l’auteur de l’Agriculteur du Midi, pour faire de bon vin blanc; et M. Laure, auteur d’un Dictionnaire d'agriculture tout nouveau , nous affirme aussi que la vendange de ces deux plants compose l'excellente Clarette de Trans. Le produit de ce même cépage fournit aussi, selon Julien, auteur de la Topographie de tous les vignobles , le vin de Cassis, près de Marseille,
lequel est, nous dit-il, liquoreux, corsé , spiritueux ; et d'un goût fort agréable. L'identité du Trebbiano et de l'Ugni blanc m’a été démontrée par la culture que Je fais depuis douze à quinze ans de plants venus de la Toscane et de la Provence , sous chacun de ces deux noms.
Il paraitrait, d’après un catalogue que j'ai sous les yeux, qu'il y aurait aussi un Erbalus rouge ; peut-être est-ce le même , car j'ai dit que quelques ceps donnaient des grappes dont les grains étaient roses.
Il y a aussi en Toscane un cépage qui n'a rien de commun avec le précédent, quoiqu'il porte le nom de
TREBBIANO PERUGINO. Son vrai nom est
PIZZUTELLO DI ROMA. A Marseille on l’appelle