‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 115 sur 142 · CROCHU · texte numérisé non relu

CROCHU

Ces deux derniers noms valent mieux, parce qu'ils expriment bien son trait caractéristique d'avoir des grains courbes, menus, allongés, et même pointus. Ces raisins sont meilleurs à manger qu’à faire du vin, dont il doit donner fort peu, si j'en juge par les souches de cette espèce que je cultive depuis assez longtemps pour avoir sur ce cépage une opinion bien établie, qui ne lui est pas favorable pour notre climat. — Il gèle tous les ans, et quand il échappe à la gelée, il est peu productif; mais .ses raisins sont jolis et fort agréables à manger. On fait aussi assez grand cas, dans les vignobles de Biella , du

TREBBIANO FALSO (Toscane ).

BIANCA NATURAL (Saluces ).

ERBALUS DI 2° QUALITA (Piémont ).

On me permettra de prendre ce que je peux en dire dans le Mémoire de D. Milano: car je ne possède pas ce cépage.

Lé résumé de son article est que cette variété est plus abondante, moins sujette aux intempéries, mais aussi moins propre à faire du vin de haute qualité que le Trebbiano vero. J'ai quelque raison de croire qu’il est le même que le

TRIBBIAN VERDE (des vignobles d’Albano).

NEBBIOLO BIANCO, — MELASCA BIANCA (| Piémont, et particulièrement les vignobles de Biella).

C’est un cépage aussi précieux que le Trebbiano vero, quand il peut amener ses raisins à maturité, ce qui ne lui arrive pas toujours, dit le professeur D. Milano; et c'est d'autant plus regrettable qu'il est moins sujet à manquer que le Trebbiano. Ses bourgeons sont courts et les entrenœuds aussi, les feuilles d’un vert jaunâtre, cotonneuses en dessous, presque toujours quinquelobées. Sa grappe est composée de grappillons , elle est éparse et cependant de forme régulière; les grains sont ronds, de grosseur moyenne et d'un vert qui se lave de jaune à la maturité. — La pulpe est pleine d’un suc doux , un peu austère s'il n'est pas bien mür, mais d'une douceur suave quand le raisin parvient à une maturité complète. Alors il donne un vin sec, délicat, généreux. Un autre caractère constant et suffisant pour reconnaitre tous les individus de cette famille, est le peu d’adhérence de la partie de la pulpe qui entoure les pepins au reste du grain, quand on coupe ce grain transversalement.

Cette très-intéressante famille, dit l'abbé Milano au moment de parler des Nebbiolo de couleur, mérite une mention particulière ; car elle comprend les meilleurs raisins, peut-être, qui soient cultivés à la surface du globe, pour la qualité supérieure des vins qu’elle produit. Bien que dans chaque pays ils prennent un nom différent, ils

sont toujours reconnaissables par un aspect particulier ; c'est une espèce de pruine ou neige d'où l'on a üré le nom de Nebbiolo (nebbia, neige), qui couvre toujours les grains, lors de leur parfaite maturité. Un autre caractère constant dans cette famille est celui dont nous avons parlé à l’article du Nebbiolo blanc; le peu d’adhérence de la pulpe qui entoure les pepins au reste du grain. Quant à la subdivision de cette famille en trois, les Nebbiolo proprement dits, les Fresia et les Mostera , la prétendue analogie dans leurs produits ne me paraît pas un motif suffisant pour l'adopter.

NEBBIOLO proprement dit(dans les vignobles de Biella).

NEBBIEUL MASCHIO (Piémont |.

MELASCA, — SPANNA, — PICOUTENER (en diverses parties de l'Italie }.

Les raisins de ce cépage sont la base des meilleurs vins de luxe, et l'estime que l’on en fait en Italie remonte déjà bien haut, car Petrus de Crescentiis, auteur agronomique du xrm° siècle, qui a écrit en latin, en parle sous le nom de Nubiolon, comme d'un cépage précieux , mais dont les raisins ne sont pas bons à manger. Et iei Je regrette que l'abbé Milano n'ait pas eu connaissance de l'ouvrage si estimé de son compatriote, ou du moins qu'il ne le manifeste pas; nous saurions positivement si le Nebbiolo actuel est bien le même que le Nubiolon. On pourrait en douter; car, après avoir dit que les grains sont ronds et de grosseur moyenne, pleins de sue, d'undoux piquant propre à cette espèce, il ajoute qu'ils sont d'un goût suave et délicat, ce qui les rendrait très-bons à manger, contrairement à l'opinion que nous venons de citer, de l’auteur ancien.

Le peu de connaissance qu'il à de nos cépages se démontre par cette opinion qui est évidemment erronée ; car dans une lettre que J'ai reçue de lui, il le fait identique avec le Moustardier du Gard et avec nos Pinots de Bourgogne dont il diffère essentiellement.

La pellicule des grains est d'un violet très-intense, approchant du noir, mais affaiblie par cette fine fleur ou pruine dont nous avons parlé; toutefois, malgré l'intensité de cette couleur, le suc n’est pas du tout coloré. Les sarments longs et durs sont striés longitudinalement et bien garnis de vrilles. Les feuilles sont d’un vert peu foncé et profondément divisées en trois ou cinq lobes, quelquefois subdivisés eux-mêmes. Aux approches de la vendange, leur limbe se coloreen rouge, et quelques-unes de taches de la même couleur, en même temps qu’elles prennent une teinte jaunâtre. Les bonnes qualités de ce cépage sont compensées par un grand défaut, celui de produire très-peu, d'autant plus qu'il est très-sensible aux intempéries; mais partout où il est cultivé, bien que le vin qu'il produit ne soit pas toujours également bon, il maintient toujours sa légitimité, dit l'auteur italien.

Le NEBBIOLO ou NEBBIEUL GROSSO du Piémont;

MELASCONE de Biella ;

SPANNA GROSSA du Novarèse, est plus robuste, et toutes ses parties l'annoncent : ses grappes sont plus volumineuses, leurs grains plus gros et d’une couleur plus foncée. Moins sensible aux intempéries, son rapport est plus certain et plus abondant: mais aussi son vin est d'une moindre qualité, quoique encore assez bon, et il est même d’une longue garde. Ses grappes, belles et nombreuses, mürissent bien et résistent bien aux in-

tempéries; j'en ai eu la preuve aux mauvaises vendanges de 1845.

Enfin le plus délicat de la famille est le

NEBBIOLO GENTILE , — NEBBIEUL PCIT ou FU- MELA (du Piémont ).

MELASCHETTO ou SPANNA PICOLA ( du Biellèse ).

Cette variété est moins sarmenteuse que son type, les entre-nœuds sont de médiocre longueur , les pétioles courts et colorés, les feuilles presque toujours entières, ou du moins les lobes sont peu marqués; elles sont d'un jaune rougeâtre à la vendange. Toute la charpente de la grappe est ligneuse, et la partie des pédicelles la plus rapprochée du grain prend une couleur rouge-brun à la maturité du raisin, lequel est petit, de forme régulière, quoique les grains soient clair-semés quand la jeunesse du cep est passée. Maintenant, il me faudrait signaler les caractères ou traits caractéristiques du Melaschetto, que J'ai reçu de Turin sous ce nom, et que je dois à l’obligeance de M. le docteur Bonafous, directeur du jardin royal de cette même ville. Ce n'est pas une chose très-facile, car aucun de ses traits n'est remarquable. Les feuilles sont bien comme elles ont été décrites, en ajoutant cependant qu'elles sont d'un vert foncé en dessus et légèrement cotonneuses en dessous; non d’un coton uni, mais par points. Sur les quatre ceps que je possède, et qui sont provenus d’un provin à quatre brins, les grappes sont trèsbelles et bien fournies de grains serrés, simon gros, du moins plus que moyens, pas exactement ronds, mais trèsfaiblement oblongs , dont la maturité devient complète en même temps que celle de notre Côt. Peut-être le vert foncé des feuilles, et le riche aspect de ces ceps, est-il

dû à leur grande vigueur, produite par les soins de culture la plus soignée: peut-être aussi est-ce le

MELASCONE : et c'est cette dernière opinion qui l’emporte dans mon esprit.

BALSAMEA (Piémont et duché de Gênes).

Quoique l'abbé Milano ne lui accorde que le mérite d’être le premier des cépages pour la production des vins rouges communs ou plutôt d'ordinaire, et aussi des vins clarets d'une qualité supérieure , un autre ampélologue de son pays, le comte de Beneditti, la place au premier rang, du moins pour les vignobles de la Ligurie. Le savant professeur ne me parait pas très-conséquent lorsque, après avoir dit que les vins produits par la vendange de ce cépage sont de peu de garde, il nous raconte un peu plus loin qu'il en à bu de trente-deux ans en vin claret, qu'il proclame supérieur à tous les vins de même nature que la vanité piémontaise , dit-il, fait venir à grands frais de l'étranger. Il m’est impossible aussi d’être de son avis sur la prétendue identité de la Balsamea avec la Margemina des Toscans et la Bonarda des Piémontais. Je possède ces trois variétés, venues d'Italie; la différence de chacune avec l’autre saute aux yeux. Une qualité, qui leur est commune, est de donner des raisins d’un goût agréable et abondants en matière colorante. Les sarments de la Balsamea que je possède, et que je dois à l'obligeant docteur Bonafous, sont minces et durs ; ils ne se soutiennent pas bien, sont contournés, mais ils ne cassent pas facilement, sont très-résistants aux grands vents et sont très- chargés de vrilles minces et ligneuses: ces deux caractères m'ont toujours suffi pour la reconnaître au milieu d'une foule d'autres espèces. Les feuilles, de mé-

diocre grandeur, sont d'un vert clair en dessus et cotonnenses en dessous. La grappe, garnie de grains ronds assez gros et écartés, estirrégulière, c'est-à-dire de forme variée: la pellicule est d'un noir intense, et le suc un peu coloré de rouge, qui est sans doute plus foncé en Italie : car ici la maturité est un peu tardive.

MARZEMINA ( vignobles napolitains );

MARGEMINA (Toscane );

UVA TEDESCA ( Piémont );

BER ou MERZEMINA (| Gallesio ) ;

MARZIMINO (| Soderini, Trattato delle Vit |.

J'ai dit que ce cépage , tiré de Naples, et que j'ai dû à l'obligeance du célèbre horticulteur Vilmorin, avait des différences frappantes avec le précédent. En eflet, ses bourgeons, au lieu d’être minces et contournés, sont forts et très-droits, et de couleur violette. La grappe est belle, régulière, et a la forme d’un cône très -allongé, au lieu d’être raccourcie, variée et difficile à définir. Les grains de la Marzemina sont plus serrés, plus petits et plus bleus ; ils résistent également bien aux pluies prolongées, à quoi contribue sans doute la poussière ou pruine abondante dont les grains sont couverts. Enfin les feuilles sont grandes, d’une forte étoffe, planes, et non petites et recoquillées comme celles de l’autre, leur pétiole est d'un violet foncé, et il est vert aux feuilles de la Balsamea. Le comte Gallesio nous apprend que cette vigne est la vigne classique de cette belle partie de la péninsule formée par la pente des Alpes dans la Lombardie. Le moût qu’elle produit est épais, mielleux et de couleur rouge, dit-il aussi; mais il n’en est pas de même à la Dorée, où le raisin n'atteint que difficilement sa maturité.

La grappe est fort bien représentée dans le bel ouvrage du comte Gallesio et dans l'Iconographie de Kerner. Le nom de Uva Tedesca (raisin germanique ) annoncerait que son premier nom lui viendrait des vignobles de Marzemin, l’un des meilleurs vignobles de la Carniole. La

BARBERA VERA et aussi

BARBERA D’ASTI a tous les éléments nécessaires à la composition d’un vin de bonne qualité, selon l'abbé Milano; surtout pour ceux qui considèrent la couleur comme une qualité. Le vin qu’elle fournit a de la plénitude, un bon goût et il est assez spiritueux. Ce cépage a aussi le mérite d'être productif. Il en fait d'autant plus de cas, que l’année qu'il en a essayé ou pesé le moût, il a donné au gleucomètre de Chevalier treize degrés, sorte d'appréciation de la valeur d'un raisin qui ne m'inspire pas autant de confiance qu'à lui; car l'indication naturelle qu'on devrait en tirer, serait que tous les vins d'Italie et d'Espagne sont meilleurs que nos vins de Champagne et de Bourgogne ; ce qui serait une proposition insoutenable. Il fait, en conséquence , de cet instrument le régulateur de son opinion: ce qui est excusable chez un professeur de physique, mais ce que ne peut admettre aucun consommateur des vins que jai mentionnés. Toutefois la valeur de ce cépage est consacrée par l'opinion du comte Gallesio, qui nous apprend que le vin de la Barbera est vermeil, généreux et spiritueux, mais un peu épais et difficile à s éclaircir ; en sorte que le mélange de sa vendange avec celle du Grignoli , dont le vin est see, clair et léger, est avantageux et fort en usage aux vignobles d'Asti. On y fait aussi, avec les raisins de la Barbera seulement , du vin de liqueur estimé de plusieurs ama-

teurs. Ce fruit est parfaitement représenté dans la Pomone italienne du comte Gallesio. Ce cépage est vigoureux, son bois est un peu tendre; ses nœuds sont fort distants les uns des autres, ce que nous appelons noué long ; les feuilles sont d’un vert intense au-dessus , cotonneuses sur leur envers. La grappe est composée de grains peu serrés, oblongs, d'une bonne grosseur dans ma terre aride, quoique M. Milano ait dit que cette grosseur était médiocre. La pulpe est pleine d'un suc un peu âpre et piquant, la peau ferme et d'un bleu intense bien fleur quand le raisin est bien mür; autrement elle est d'un violet cendré. Dans mon vignoble , sa maturité est satisfaisante ; aussi ai-je eu soin de marquer les deux souches que je possède de cette espèce pour la multiplier, d'autant plus qu'elles sont ornées en ce moment de très-belles grappes. Nul cépage n'est plus facile à reconnaitre dès la floraison. Outre l'aspect de ses pousses vigoureuses , qui dominent toutes les autres, et de ses longs filets ainsi que du long pédonceule de ses grappes, il se distingue encore de ses voisins par quelques feuilles qui deviennent tout à coup d'un rouge foncé, c’est toujours parmi les feuilles les plus basses des sarments.

J'en ai obtenu une bonne variété de M. le docteur Bonafous, directeur du jardin royal de Turin, et auteur agronomique bien connu; elle m'est arrivée avec l'étiquette de

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