BARBERA FINA
Ses feuilles, petites, épaisses et comme glacées , sont nues à leur face supérieure, d'un aspect particulier qui ne permet pas de confondre ce cépage avec d'autres , quand on l'a vu une fois. Un de ses traits les plus caractéris-
tiques ést, outre l'abondance et la longueur de ses filets, la forme du sinus pétiolaire : les deux côtés du V sont si ouverts, qu'ils approchent le plus souvent de la ligne droite ; mais ordinairement l'angle qu'ils font est de cent cinquante à cent soixante. degrés. Ce caractère est fort remarquable. La grappe est allongée, très-peu serrée, garnie de grains égaux légèrement oblongs, d'un bleu foncé approchant du noir; son pédoncule est mince, trèslong et de couleur vineuse. Je ne sais pourquoi cette bonne variété n’a pas été décrite par M. l'abbé Milano, qui ne l'a même pas mentionnée ; car elle concourt à la bonne qualité des vins d'Asti, les meilleurs de l'Italie septentrionale.
Mais une vigne d’une culture plus satisfaisante encore pour la constante abondance de son produit, est la
BONARDA.
Ses belles grappes, allongées et suspendues par un fort pédoneule, sont bien garnies de grains ronds, d’un noir bleuâtre, pas trop serrés et d’une maturité facile sous notre climat, presque au temps de celle de notre Côt, et contemporaine de la maturité des deux Barberas. Ses feuilles sont entières, légèrement cotonneuses en dessous, et leur support ou pétiole est rouge. Cette espèce est très-commune dans les vignobles de Casal, où l’on s’en sert quelquefois pour faire du vin de liqueur ; elle mériterait bien d’être introduite dans nos cultures.
VESPOLINO (dans le Biellèse et le Novarèse).
Les ceps de ce nom que J'ai reçus il y a cinq ou six ans, n’ayant encore donné de fruit d'une maturité suffisante qu'en 1846, je préfère reproduire ce qu'en ont dit Miller et l'abbé Milano.
Selon Miller, cette vigne a des grappes irrégulières et peu serrées, à grains petits, oblongs, noirs, cendrés , d’un suc doux et relevé, très-coloré (je ne sais si les mots admodum colorato se rapportent à acino ou à succo ); feuille lobée, cotonneuse en dessous. Tout cela est conforme à ma propre observation.
Étranger à cette province, dit l'abbé Milano, professeur de physique à Turin, le Vespolino y réussit admirablement. Son nom semble indiquer ses ennemis, les guêpes et autres insectes semblables. Quoiqu'il soit précoce dans certaines localités, il est rare dans les vignobles où la température trop froide l'empêcherait de bien mürir (je le crois bien, car cela me force d'y renoncer). L'auteur dit qu'il est peu sarmenteux , è poco sarmentoso, ce qui veut dire, je le crois du moins, que ses bourgeons sont peu vigoureux : et alors ces mots à suoi tralci sono che mediocri seraient une répétition ou du moins une confirmation de la même idée. Ce qu'il y a de plus intéressant, c’est qu'il est assez productif ; aussi en conseille-t-il la culture aux habitants des Apennins. Ses feuilles sont lobées, avec une dentelure lancéolée, c'est-à-dire qu’elles ont des dents aiguës ; le dessus, dans la haute saison, est marqué de taches rouges, le dessous est cotonneux. La grappe est composée de grains irrégulièrement épars, avec des grappillons bien détachés. La pulpe est pleine de sue d'une saveur douce; la pellicule d'un bleu très-imtense, un peu cendré, c'est-à-dire fleuri, comme nous disons en France.
En général, le Vespolino résiste bien aux intempéries de la saison; son vin est très-coloré et ne tarde pas à atteindre son plus haut point de perfection, mais aussi 1l
n'est pas de longue garde. Il fait néanmoins un bon vin : d'ordinaire. Je dois ajouter que la maturité de ses raisins est trop tardive pour cultiver cette vigne sous notre climat de Touraine, et qu'elle est trop peu productive pour en conseiller l'introduction dans le Midi de la France.
PIGNOLO ou PRUGNOMO (des Toscans ).
UVA PIGNOLA (des Milanais).
PIGNEUL ou PIGNOLA (des Piémontais ).
Quoique cette vigne me soit venue de Toscane au nombre des plants du vignoble de Monte-Puleiano , et que j'aie pu l’observer, je préfère me servir de la description que j'ai trouvée dans un Mémoire que m a envoyé l'abbé Milano, à celle que je pourrais en donner moi-même, d'autant plus qu’elles ne s’accorderaient pas ensemble. Il me paraît certain que le cépage que j'ai reçu de Monte- Pulciano sousle nom de Prugnolo, n’est pas le même que celui que je vais décrire avec l’aide de Miller et de l'abbé Milano. Leur Pignolo a une végétation médiocre, les bourgeons courts et ligneux, les entre-nœuds de moyenne longueur, quelquefois les feuilles sont cotonneuses en dessous, irrégulièrement lobées. La grappe, dans son état normal, est de la forme d’une pomme de pin un peu allongée, et c’est de cette forme qu'il tire son nom. Les grains sont tellement serrés, qu'ils en prennent à leur maturité une forme polièdre dans la partie tournée vers le point d'attache; ils sont d'une moyenne grosseur, d'une pulpe ferme légèrement âpre, d'un doux piquant. La peau est un peu dure, d'un noir rougeûtre affaibli par cette légère poussière que nous appelons fleur et que les Italiens nomment pruine. Il n’a aucune ressemblance avec le Pinot de Bourgogne, malgré la presque similitude de
nom ; pas davantage avec mon Prugnolo, qui à des grappes lâches, des grains gros et oblongs d'un très-bon goût... Celui dont je viens de présenter la description me parait identique avec le petit Mourvéde de la Provence.
Je pourrais me dispenser de parler du
PIGNOLO MELASCA (du Biellèse) ou
NEBBIOLO PIGNOLATO (d'autres lieux), parce que, de même que le précédent, il n’est pas très-culiivé, quoique le vin de l'un et de l’autre se conserve bien , et prenne, dit-il, du brillant et du spiritueux ; mais j'ai voulu en finir avec cette famille. La grappe est de la forme de la précédente, un peu moins serrée ; ses grains Sont noirs et ronds, d’un doux piquant, la peau est dure, d'un violet très-intense, et couverte aussi de fleur ou pruine.
NOSELLA NERA.
C'est un des cépages des plus cultivés et des plus estimés dans le Montferrat; il est très-vigoureux , et pour cette raison il est à propos de ne pas le mettre à côté de cépages d’une nature plus faible. Cette vigueur de végétation est déjà d'un caractère assez remarquable ; le coton du dessous de ses feuilles en est un d’une moindre valeur, car il est très-commun; mais sa grande grappe conique, bien garnie de grains ronds, noirs, de moyenne grosseur, et supportée par un gros et très-long pédoncule, n'est pas un trait à négliger. Malheureusement cette grappe est d’une difficile maturité en ce pays, d'autant plus qu’elle est placée à une grande distance de la naissance du bourgeon.