FAMILLE OU TRIBU DES BARBAÂROUX
(BARBAROSSA des Italiens }.
UVA BARBAROSSA (Piémont ).
ROSSEA (comté de Nice, selon le docteur Fodéré).
BRIZZOLA (vignobles de la Ligurie).
Ce cépage est, sinon le plus remarquable, du moins l’un des plus estimés et des plus cultivés dans le midi de la France, ainsi qu’en Italie. Ses raisins sont également recherchés pour la table, à cause de leur bon goût, leur jolie couleur, et leur longue conservation, et pour le pressoir, à cause de la bonne qualité du vin qu’on en tire. Dans un article fort détaillé, extrait du bel ouvrage du comte Gallesio, Pomona Italiana , le mérite de ce cépage est exprimé en ces termes : « On obtient de sa vendange une boisson légère, agréable , rafraichissante, et en même temps spirituéuse dans l’année même où elle est faite; mais pour être pourvue de toutes ses bonnes qualités , il faut que cette boisson, selon l'expression du traducteur, provienne d’une vendange bien mûre.» Or, cette maturité, indispensable à la qualité de toute sorte de vin, est sans doute facile à obtenir dans le midi de la France, et surtout en Italie, mais un peu difficilement sous notre climat.
L'auteur ajoute, et je me sers des termes de son traducteur : « C’est le roi des raisins de table ; il réunit tout ce qui fait rechercher les raisins les plus recherchés pour cet usage , et aucun ne peut se comparer à la Barbarossa , ni l'Uva regina et le Santo Colombano desToscans, ni la Paradisa des Bolonais , ni le Pizzutello et la Galletta des
Romains, nile Vennentino et la Verdepola des Génois , nt la Catanalesca des Napolitains , ni le Chasselas des Français. » Je ne partage pas l'avis du comte Gallesio sur ce point, et je crois même me rappeler un passage de son article où il dit que la Barbarossa ne le cède qu'au Vennentino des Génois , ou Vermentino de l’île de Corse , passage que le traducteur n’a pas rendu. Quant à notre Chasselas, il est bien supérieur, en Touraine, à la Barbarossa, qui n’acquiert pas sous notre climat ce sucré fin qui distingue nos bons Chasselas , et qui nest pas croquante comme eux. Du reste, quoique l’article soit fort long , il m’a semblé incomplet en ce qu'il ne fait pas ressortir les différences avec d'autres cépages du même nom, et dont nous allons parler à la suite, et j’aurai soin d'y suppléer. Ainsi, je dirai que les feuilles de la vraie Barbarossa sont plus amples que celles du Grec rouge , auquel on donne souvent le nom de Barbaroux dans nos départements du Midi, qu’elles sont cotonneuses en dessous, tandis que celles du Grec ont simplement des poils sur les nervures, ce qui ne suffit pas pour leur donner l'apparence cotonneuse. dJ’ajouterai que les grappes de la Barbarossa sont de moyenne grosseur, suspendues par un mince et long pédoncule, et garnies de grains légèrement oblongs , et qui deviennent presque ronds à leur maturité ; l’autre a des grappes énormes chargées de grains doubles de grosseur, bien serrés et bien ronds.
Quoique Micheli Trinci, ampélologue italien fort estimé, ait dit: Acinis roseo colore fulgentibus, cette couleur rouge n’est pas du tout brillante ; car la peau du grain est couverte d’une pruine ou fleur qui en amortit beaucoup l'éclat.
Cels, dans ses notes au Théâtre d'Agriculture, donne bien à tort pour synonyme à la Barbarossa le Marocain, dont les grains sont noirs, allongés, et dont aucune partie n'a de rapport avec les parties de l'autre.
BARBAROSSA VERDONA.
Le comte Gallesio parle aussi de celle-ci, que je suis tenté de croire plutôt de la famille des Grecs , dont nous allons parler, que de celle de la précédente. Ses grains sont très-gros, ronds, d'un blanc un peu verdâtre. Elle peut avoir du mérite en Italie, puisque nous voyons qu'elle est très-cultivée dans les vignobles de Final, en concurrence avec la précédente ; mais elle est sans intérêt pour nous, parce qu'elle ne parvient pas à sa maturité.
J'ai parlé de la vraie Barbarossa, je vais m'occuper d'autres cépages, que l’on nomme généralement Grecs , et auxquels on applique souvent ce même nom, particulièrement celui-ci :
BARBAROUX ({ D BUAMET
GREC ROUGE, que j'ai reçu du département de Tarnet-Garonne , sous celui de
ALICANTE , et du Gard, avec celui de
RAISIN DU PAUVRE, et enfin des Hautes-Alpes , SOUS le nom de
MALAGA. Je l'ai rapporté de la collection de feu Schams, près de Bude en Hongrie, avec l'étiquette de
RAISIN DE SERVIE, enfin, à Paris et dans quelques jardins d’amateur , il porte le.nom de
GROS GROMIER DU CANTAL. Je sais qu’un jardinier l’a vendu quinze franes le petit chevelu d'un an; c’est quinze fois trop cher, car si ses grappes sont belles et
nombreuses, la qualité du raisin est médiocre soit pour la table , soit pour le pressoir.
Les feuilles de ce cépage sont très-découpées, et comme glacées à fa face supérieure. J'ai déjà parlé de ses volumineuses grappes d’un beau rouge, et je suis bien sûr que celui qui l'aura vu une fois le reconnaitra toujours facilement:
LE GREC ROSE, que j'ai reçu de Corse, sous le nom de
BARBIRONO , est extrêmement tardif à rapporter ; Car voilà dix ans que je le cultive, et cette année-ci seulement il m'a étalé ses magnifiques grappes, qui ne mûriront jamais ici en pleine vigne. Jusqu'à cette année 1848 , il ne m'avait montré que quelques grappillons. II a, comme le rouge, les feuilles petites et profondément découpées , un peu cotonneuses en dessous; cest une différence assez notable.
Avant de passer aux iles de Corse et de Sardaigne , nous allons parler du cépage le plus remarquable de la Toscane , pour le vin de liqueur qu’il produit.
L'ALEATICO NERO (Toscane et Corse), et aussi
UVA LIATICA, et encore
AGLIANICO , au xiv° siècle , et
MOSCATELLE LIVATICHE de Crescentiis (Opus ruralium commodorum ).
Il y en a un blanc plus rare et moins estimé. Le noir, le seul dont nous nous occuperons , donne le meilleur vin de liqueur de la Toscane. « À une brillante couleur purpurine , dit l'auteur Julien , il joint un délicieux par-
fum et une douceur tempérée par un peu de fermeté, et qui n’empâte pas la bouche , » comme il arrive souvent aux vins Muscats et à tous les vins cuits, du moins dans leur jeunesse. C'était sûrement là sa pensée. Cette comparaison me semble venir à propos, car l’Aleatico m'a bien l'air d'être de la nombreuse famille des Muscats. La réputation du vin de ce nom est une des plus anciennes de l'Italie, car l'historien, ou plutôt l’auteur de la notice sur les vins qui entraient à Rome vers la moitié du xrv° siècle , nous apprend que le pape Paul III en buvait avec plaisir comme d'un vin propre aux vieillards, quand il était peu coloré. Ce cépage a le défaut, pour nous, d'entrer un des premiers en végétation, et de parvenir difficilement à une maturité suffisante. Ses jeunes feuilles, à l’état de folioles, c’est-h-dire au commencement de leur développement, sont teintes en dessus de rouge longitudinalement ; puis, quand elles ont atteint toute ampleur qui leur est dévolue, leur nudité sur les deux faces , le luisant de celle supérieure, leurs lobes allongés, bordés de dents aiguës, forment des caractères très -saisissables. Ses grappes, coniques , sont tantôt longues et serrées , et alors elles pourrissent facilement ; tantôt clairsemées et courtes; les grains sont imégaux, bien fleuris, ronds , légèrement aplatis par le bout, et non ovales et pointus , comme l'a dit l'auteur de la Topographie de tous les vignobles, et même comme les représentera un ouvrage encore inédit qui doit paraître sous le titré d Ampélographie de l’Italie subalpine. J'en ai reçu des sarments ou crossettes du Piémont , de la Toscane et de la Corse, qui tous m ont donné des raisins dont les grains avaient la forme que je leur assigne ici, ce qui est conforme, du
reste, à la description et à la figure qu’en a donnée le comte Gallesio dans son bel ouvrage de la Pamologia Italiana. Il est à propos de remarquer en quoi il diffère de notre Muscat noir , dont les grains sont plus serrés et sans mélange de petits grains, dont aussi les feuilles ont un aspect plus terne et les lobes moins aigus, dont le bois est grisbrun et un péu rougeâtre, au lieu d'être gris-fauve , comme l'Aleatico. De même que tous les membres de sa nombreuse famille, les raisins de celui-ci passent promptement à la pourriture , etleur maturité arrive moins promptement que celle de notre Muscat noir; mais il m a paru habituellement très-fertile, et je ne doute pas que ce ne fût une bonne acquisition pour nos départements méridionaux , d'autant plus que le comte Gallesio le dit le plus délicat (gentile) de tous les Muscats.
SCIACCARELLO (île de Corse ).
Voici encore un des cépages les plus distingués pour servir à la vinification, dans les pays du moins où 1l donne quelque récolte ; car ici j'aurais eu bien de la peine à confirmer , par ma propre expérience, sa valeur dans mon sol, ou plutôt sous notre climat, quoique je le possède depuis une dizaine d'années, au nombre d'une vingtaine de souches ; elles ont toujours été presque entièrement improductives, et le petit nombre de grappes que j'en ai eues n'ont jamais complétement müri. — J'en suis d'autant plus fàché, que j'avais l'intention de le multiplier beaucoup, d'après ce qu'en a dit Cavoleau, auteur de l’OEnologie française, ouvrage couronné au concours d’une statistique viticole. « Le vin qu'on fait avec le Sciaccarello , lui a dit le préfet de la Corse , est d'une qualité supérieure , il serait comparable aux meil-
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leurs vins d'Alicante, si on prenait des soins judicieux dans sa fabrication ; car il y ressemble tellement, que beaucoup de connaisseurs s’y sont trompés. Plus il vieillit, plus il devient agréable , c'est un véritable nectar pour les convalescents. » Ses grappes n'ont pas été fortes sur les souches que je cultive , et les grains oblongs étaient d’un noir voilé par une abondante pruine ; la maturité est tardive. Le cep n'offre pas de trait bien caractéristique quand iln'a pas de fruit, ce qui est son état habituel chez moi.
Puisque je viens de parler d’un des meilleurs cépages de la Corse , il me paraît assez naturel de parler d’un autre de la même île, qui n’est pas moins recherché par ceux qui tiennent à faire de bon vin, c'est la
CARCAGIOLA. On m'a écrit qu’elle avait été tirée de la Sardaigne , où elle est toujours cultivée avec prédilection; quoiqueelle ne soit pas d'un grand rapport, chez moi du moins , où cependant un autre cépage de Corse , le Brustiano , donne abondamment. Si l'on me disait que ce dernier est un cépage à raisins blancs , je pourrais citer l'Uva paga debito ou Cortineze dont les raisins sont noirs et produisent d’une manière satisfaisante. La Carcagiola a sans doute commencé son introduction dans l'ile de Corse par les vignobles de Bonifacio; car elle ne m'était pas venue sous ce nom, mais sous celui de
BONIFACIENCO ; ce n’est que deux ou trois ans après que j'ai obtenu l’autre nom, grâce à la recommandation de M. le ministre de l'agriculture , auprès du préfet de la Corse. Ce cépage est très-facile à reconnaître : ses bourgeons sont courts et érigés, ses feuilles très-cotonneuses en dessous, les grappes ou plus exactement les raisins
sont peu volumineux , les grains oblongs et de médiocre grosseur, d'un noir très-fleuri et d’un goût propre à cette espèce. J'en ai plus de quatre-vingts souches ; mais leur faible produit ne m'a pas encore permis d'essayer une expérience sur la vendange qu'ils ont fournie , et la difficile maturité des raisins, qui ne devance guère celle du Granache , ne m'y à pas encouragé.
UVA PAGA DEBITO (vignobles de Corte);
CORTINESE (vignoble d’Ajaccio), qui n'est pas la
Corcesco de l'ile d'Elbe, car celui-ci est à longues grappes blanches.
J'ai hésité à le placer ici, parce que son produit abondant me porte à croire qn'il ne concourt pas à la qualité des vins où il entre en forte proportion. Il paraît qu’il est très-cultivé dans les vignobles de Corte , ainsi que l'annonce son second nom. Ses grappes sont lâches , les grains noirs, ronds, assez gros, d'une saveur un peu âpre ; mais si le vin qu’on en tire a de la qualité, chaque souche paye bien sa dette, ainsi que l'exprime son nom.
Dans tous les cépages envoyés de la Sardaïgne , je n'ai point reconnu la Carcagiola, qui y porte sans doute un autre nom. Les plus estimés pour la qualité du vin sont, pour les cépages donnant du vin rouge, les trois suivants qu’on mêle en grande proportion aux cépages communs et de peu de mérite :
GIRO. Ce que j'en peux dire , c'est que ses grappes, dont la présence sur la souche est ici fort rare , sont trèslongues, et garnies de grains ronds, noirs, assez écartés, et d’une maturité trop tardive pour que nous puissions nous l’approprier. Or, la bonne qualité du vin qu'il produit, et qui porte quelquefois son nom, me disposerait
à le regarder comme un compagnon bien assorti du Carbenet du Médoc.
CANNONO, également trop inétudié pour que je puisse offrir des traits caractéristiques de quelque importance , et enfin la
MONICA , à laquelle ce que je viens de dire du précédent est applicable.
Ces trois cépages donnent le meilleur vin rouge de la Sardaigne , particulièrement le Giro, qui, employé seul, fournit un vin de liqueur de beaucoup de parfum et d’une grande douceur.
Il s'en exporte encore un supérieur d’un raisin blanc nommé
NASCO , dont le vin qui en provient a pris ce même nom. Cest un des cépages les plus faciles à reconnaître par ses feuilles à peine moyennes, très- cotonneuses à l'envers, et si profondément divisées qu’on peut les dire laciniées avec des dents très-aiguéës ; dès lors, on conçoit que cet état ou plutôt cette forme très-rare soit pour l'espèce un trait caractéristique. Ses grappes sont moyennes et composées de grains blancs peu serrés , oblongs , assez gros , un peu durs à la maturité, mais aussi résistant bien à une humidité prolongée. Le vin qu’on tire de sa vendange est de couleur ambrée, généreux, d’un goùt suave, très-agréable et d’un parfum délicieux, quand 1l à quelques mois de bouteille. C’est du moins l'avis d’un dégustateur d’une grande autorité , l’auteur Julien. Quelquefois on mêle sa vendange à celle de quelques autres, de la Malvasia Bianca, dont nous avons déjà parlé, et de la
CARNACCIA , que je possède , mais que je n’ai pas bien
étudiée dans toutes ses parties, parce que son fruit ne venait pas à maturité. Ce dernier cépage a pénétré dans le département de l'Isère, où il est connu sous le nom de Garnache; malgré la similitude des désinences , il est très-différent du Granache de la Méditerranée.
Il fournit une qualité particulière de vin qui s'élève au rang des vins précieux qui s’exportent de la Sardaigne pour les pays du Nord ; ses raisins sont blancs et volumineux ; ils ont les grains ronds et non oblongs comme ceux du Nasco; ils sont d'une maturité difficile sous notre ehmat, en sorte que la culture de ces deux cépages n'a pas d'avenir pour nous; cependant le Nasco mériterait peutêtre d’ête cultivé comme raisin de table, et alors ce serait en espalier.