‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 12 sur 142 · IMPORTANCE D'UNE COLLECTION DE CÉPAGES · texte numérisé non relu

IMPORTANCE D'UNE COLLECTION DE CÉPAGES

L’utilité d’une collection dirigée par un homme qui met de la suite à la former d’abord, puis à l’étudier , me paraît incontestable, et sur ce point je partage complétement le sentiment de l'abbé Rozier, combattu cependant par un professeur d'agriculture à Versailles, M. Duchesne. Elle a été aussi bien reconnue par un savant bordelais, qui à indiqué avec sagacité toutes les difficultés que présentait le travail d’une synonymie de la vigne, et qui à conclu avec beaucoup de justesse qu'il n'y avait pas de préliminaire plus indispensable que la formation d'une collection de cépages de tous les pays. Sile savant horticulteur Gels, qui nous a donné, dans les notes du Théâtre d'agriculture, une nomenclature synonymique des cépages mentionnés par Olivier de Serres , avait eu sous les yeux une collection de vignes, il n'aurait pas commis les nombreuses

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erreurs que j y ai reconnues, et qui mont prouvé qu'il n'avait pas fait une étude spéciale de la vigne; par exemple, il fait un Muscat du Piquardan, qui n’a rien de comun avec aucun des individus de cette fanulle ; il a donné pour synonyme à la Picpouille le Pixzutello qui en est fort différent par ses grains beaucoup plus minces et plus allongés , par son faible rapport et plusieurs autres différences notables. Il établit comme synonyme le Mourelot, le Languedoc, le Coq ou Cahors, le Balzac ; or chacun de ces noms désigne un cépage particulier et qu’il est impossible de confondre quand on les a sous les yeux.

Bose, avec une collection plus sûre et mieux ordonnée, plus étudiée surtout, n’eût pas laissé dans le doute, si les renseignements qu’il avait reçus sur plusieurs cépages de la Provence, entre autres sur le Manosquen, l'Ugni-Noir et l’Olivette-Noire, étaient suffisamment clairs et sans équivoque, si leur prétendue précocité regardait leur pousse et non la maturité du fruit ; car un botaniste de Marseille, M. Gouffé, dit positivement, en parlant de la dernière , uva serotina , tandis que je sais fort bien que le Manosquen, dont la maturité du raisin a lieu en terme moyen, et l'Ugni-Noir, dont la maturité est très - tardive, sont tous les deux très-pressés d'entrer en végétation. Or l’on peut en déduire facilement l'inconvénient de ce défaut de précision dans les renseignements. D'autres ampélophiles seront moins tentés, après m'avoir lu, d'introduire ces cépages dans leur vignoble, surtout l'Ugni- Noir et l'Olivette, car j'ai été satisfait du Manosquen.

Cels, Chaptal, Dussieux et Bose n’ont point initié leurs lecteurs aux procédés qu'ils avaient suivis pour constater l'identité des cépages auxquels ils ont appliqué leur syno-

nymie ; et, comme il m'est arrivé souvent de la trouver erronée, je n'ai pas eu pour ma part grand sujet de le regretter. Je révèlerai les miens sans la moindre difficulté, d'autant plus que leur connaissance sera la meilleure preuve de l'utilité d’une collection. Je ne prendrai qu'un exemple ; ce sera au sujet d’un cépage très-répandu dans les vignobles du midi de la France et même dans ceux de la Charente : j'en avais reçu des Pyrénées- Orientales sous le nom de Mataro ; du Var, sous celui de Mourvedé ; vers le même temps, de la Charente, sous le nom de Balzac; enfin, un peu plus tard, des départements du Gard et de l'Hérault , avec l'étiquette de Spart. Or, comme les ceps provenant de ces divers envois se sont tous trouvés identiques , J ai dû conclure qu'ils désignaient tous le même cépage. Mon vigneron me dit un jour : « Gelui que vous appelez Balzac, là-bas à Malaguette , c’est du Mourvedé. — Je le sais bien, lui dis-je; mais je lui conserve ce nom pour me rappeler qu'il est venu de la Charente. »

Si l'on a observé, avec quelque apparence de raison, que la position choisie par l'abbé Rozier (les environs de Béziers) était trop méridionale pour que les conclusions qu'il aurait pu tirer de ce champ d'expérience eussent été justes et applicables aux autres vignobles de la France, la même observation aurait pu se faire pour la limite septentrionale telle que Paris, et même pour la mienne, située dans la région centrale. Celle de l'abbé Rozier était d’un bon exemple , et je ne vois rien de plus curieux et de plus instructif pour les amateurs de la culture de la vigne, que la création de plusieurs établissements de cette nature, parmi lesquels je citerai la belle collection du Luxembourg pour le nord, celle de Dijon et de la Dorée près de Tours,

pour la région centrale de la France; enfin celle de Carbonieux près de Bordeaux, pour l’ouest. Ces positions peuvent faciliter singulièrement le travail non-seulement de la synonymie, mais celui aussi qui aurait pour but de coordonner les observations qu'on pourrait faire dans chacune. Si je n'ai pas parlé de la riche collection des frères Audibert et de celle également importante des frères Baumann , c'est que les sujets qui les composent sont destinés à la vente et non à être étudiés.

L'inconvénient de la position de la plupart de ces collections , non-seulement en France, mais aussi à Vienne et près de Bude, c'est d’être dans une terre de potager ; cette position est avantageuse sans doute à la multiplication des plants; mais elle est un obstacle à l'appréciation de la valeur d’un cépage. Il en résulte que les qualités sont souvent dénaturées ou du moins offusquées par l’exubérance de la production. La collection de la Dorée n'est point exposée à ce reproche, et les espèces les plus estimées n’y sont pas par paire, mais par dizaine , par cinquantaine et même au delà; ce aui donne la possibilité de faire des expériences spéciales avec d'autant plus de succès qu'elles. sont toutes plantées au milieu ou à côté des autres vignes du pays. Je crois que ces conditions sont nécessaires pour que les expériences puissent mériter quelque confiance.

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