‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 120 sur 142 · ÉTAT ROMAIN ET ROYAUME DES DEUX-SICILES · texte numérisé non relu

ÉTAT ROMAIN ET ROYAUME DES DEUX-SICILES

Les renseignements dont j'aurais eu besoin sur les cépages de cette contrée me manquent, quelque soin que j'aie pris d'en demander. J'ai donc été obligé d'avoir recours à un auteur agronomique du x‘ siècle, Petrus de Crescentiis, qui a écrit en latin, et dont l'ouvrage , qui a pour titre Opus ruralium commodorum, a joui d’un grand succès, tellement qu'il a été traduit dans la plupart des langues de l'Europe. Dans le trop court chapitre qu'il consacre à la vigne, il place au premier rang des cépages cultivés dans la contrée de l'Italie qu'il habitait (‘),

(:) 11 était sénateur de Bolonia, qu'on peut dès lors regarder comme point central de cette contrée.

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| à E. 7 Sa RÉGION MÉRIDIONALE. 915

Le SCLAVO, actuellement UVA SCHIAVA (raisin esclave ), nom dont læsignification primitive est un peu altérée, comme on voit, l’ancien nom indiquant son origine de la Selavonie, et le nouveau ne présentant aucun sens. Ce plant a le mérite d'entrer tard en séve ; ses bourgeons sont durs et gros, ses feuilles moyennes et découpées; le raisin est blanc, à grains ronds, vineux et transparents ; 1] mürit de bonne heure, etc. « En est le vin très-subtil, clair, puissant, et gardable , » ainsi que le dit le traducteur de l’ouvrage, il se plaît en terre maigre et montueuse; mais il faut le tailler court , car il ne pourrait nourrir ses longs bourgeons et ses nombreuses grappes. Il est ou il était alors le plus estimé des cépages qui peuplaient les vignobles du Mantouan.

Il en est un autre du nom de

ALBANA, « qui bourgeonne merveilleusement tard. » Il a de même de gros et forts bourgeons; ses grappes ont des grains allongés qui prennent une couleur dorée au soleil, et sont d’une maturité très-hâtive ; leur saveur est très- douce, ce qui n'empêche pas que celle de la peau soit un peu austère. Son rapport est très-tardif et n'est pas abondant. Le vin qu'il donne est puissant (je me sers des termes du traducteur), très-fort, et d’une agréable saveur ; il est, en outre, de très-bonne garde: aussi est-il en grand honneur dans la Romaniole.

La GRANOLATA « n'a qu’un pepin dans chacun de ses grains, qui sont oblongs et peu serrés. Elle fait un vin très-clair, puissant, durable, de noble saveur et odeur. » Je peux ajouter que ses jolis grains sont plus

qu'oblongs , ils sont fort allongés, et très -agréables à | 39

manger, mais que leur maturité est fort difficile à obtenir en Touraine; car, en 1846 même , quelques grains seulement sur chaque grappe étaient mûrs ; aussi fera -t-on bien de le tailler à court bois, d'autant plus qu'il est d'une grande fécondité.

Ces cépages sont décrits dans l'ouvrage de Micheli sur les fruits, et dans le Dictionnaire botanique de Savi, qui sont publiés depuis une vingtaine d'années; mais je n’ai pu me les procurer ni l'un ni l'autre. Quant aux bonnes espèces noires, citées dans l'ouvrage de Crescentiis sous les noms de Grilla, Sisaga ou Mardegena, Duraclam et Maiolus (les petites grappes de ce dernier sont assez nombreuses et garnies de petits grains), elles ne sont pas dans les deux ouvrages dont je viens dé parler, et ne sont pas connues non plus de l’homme trèséclairé, consulté à Rome par M. de Cambis. Le Duraelam, que cet Italien, dont je ne sais pas le nom, croit être la Duracina actuelle , avait les grains allongés et trèsnoirs : elle avait besoin d’une terre fraiche pour réussir ; ce sont des caractères qui pourraient aider à la faire reconnaitre.

Le vignoble d'Albano, à quelques lieues de Rome, est peuplé de cépages qui méritent une mention particulière ; car ses vins rouges et ses vins blancs jouissent d'une réputation qui remonte à plus de six siècles, puisqu'elle était déjà établie du temps de P. de Crescentiis, et qu'elle s'est si bien soutenue, que ses vins sont encore les meilleurs de l'Italie, concurremment avec ceux du Vésuve et de Monte-Puleiano. Voici les noms des cépages

les plus estimés au temps actuel; je les dois à l'obligeance de M. H. de Cambis, secrétaire de la légation française à Rome, par l'intermédiaire de M. Revynier, directeur de la pépinière départementale de Vaucluse.

TRIBBIAN GIALLO, que je crois être identique avec le Trebbiano Vero ; puis le

TRIBBIAN VERDE, qui me semble le même que le Trebbiano Falso ; ce ne peut être qu’une conjecture , n'ayant aucun détail sur l’un ni sur l’autre. Dans le cas où j aurais rencontré juste, ni l’un ni l’autre ne seraient l'Albano décrit par P. de Crescentiis, puisqu'il avait les grains allongés, et que les deux Trebbiano, le Vero et le Falso, les ont ronds.

Les noms des cépages à raisins noirs sont :

CESARESE et CORNETTA ; ce dernier pourrait bien être le Cornet noir de la Drôme.

Quant aux cépages du Vésuve et du midi de lItalie , je n’en connais que deux sur les trente-huit mscrits sur le catalogue du Luxembourg, et même sans pouvoir donner une appréciation positive de leur influence sur la qualité du vin ; ce sont le

SALVATORE, dont la couleur est rouge-clair, et le

PUGLIESE ROSA, dont les grains sont plus gros et de la même couleur. Il ÿ en a un troisième que je conpais bien, mais qui a eu son article au chapitre deuxième de cette région ou contrée italique ; c’est la Marzemina.

Je désirerais bien donner quelques renseignements sur les cépages de la Sicile, surtout de ceux qui produisent les vins jaunes de Marsalla, et les vins rouges de Mascali, ou mieux de Riposto, petite ville à quelques lieues de Mascali, vins dont les Anglais font une plus grande

exportation encore que des vins muscats de Syracuse ; cest en vain que j'ai fait ce que j'ai pu, en écrivant à ce sujet au docteur Cuppari, membre correspondant , comme je le suis moi-même, de la Société centrale d’Agriculture de Paris, et professeur d'agriculture à Palerme ; je n’en ai pas reçu de réponse. Je peux au moins citer les noms de quatre sortes, et cela grâce aux soins actifs d'un membre du congrès viticole tenu à Marseille en 184%, lequel s’est occupé d'obtenir une réponse aux questions que j'avais adressées. Voici les noms :

CATHARATTA ou CATARATTO , et le CARICANTE, pour les vins blancs.

PIGNATELLA à raisins noirs, de même que la

PISTAMATTA, ou plus communément

NIREDDIE en Sicile, ou NIEDDERA en Sardaigne.

Comme je cultive ce dernier cépage , je peux en dire quelque chose. Il à bien un peu l'aspect de notre Teinturier du Cher, mais ses feuilles ne sont pas rouges cer pendant. Ses raisins , assez nombreux, ont les grains un peu plus gros que Ceux de notre Gros- Noir, et on les fait bouillir avec ceux de la Pignatella pour en composer le vin de Riposto, vulgairement de Mascali, le plus renommé des vins rouges de Sicile. La maturité peu tardive du fruit nous permet de nous approprier ce cépage; elle est à peu près contemporaine de celle de notre côt.

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