‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 129 sur 142 · CAP DE BONNE-ESPÉRANCE · texte numérisé non relu

CAP DE BONNE-ESPÉRANCE

Je termine le travail sur cette région par quelques mots sur un vignoble très-renommé, celui de Constance, près du Cap. Il serait curieux de posséder ces cépages, pour observer l’altération saisissable par nos sens, que l’immense distance des lieux a fait subir aux vignes de notre pays qui y ont été transportées ; il le serait aussi de sa-

voir de quels cépages provient le vin dit de Pontac. Il est bien regrettable que le docteur Ivan, qui a fait un article intéressant sur les vins du Cap, où il a relâché lors de sa traversée en Chine, n’ait pas été plus versé dans la connaissance des cépages. Je vais rapporter ce qu'il a écrit de plus curieux sur cette matière.

Le Pontac se compose de deux sortes de raisins, un blane qu'il croit être le Muscat, et un raisin noir qu'il a pris pour le Teinturier de France; deux présomptions également douteuses. On cueille le raisin blanc excessivement mür, on l’égrappe, et on presse la vendange, dont on met la liqueur dans de grands tonneaux faisant fonction de cuves. Lorsqu'elle commence à fermenter, on la soutire. On voit que c’est le guillage des Champenois. On laisse sécher sur le cep les raisins noirs, et lorsqu'ils sont à demi desséchés, on les mêle à la liqueur déjà recueillie. Il ne dit pas combien d'heures ou de jours on les y laisse ; il dit seulement que lorsque les grains sont bien renflés, on les met en presse, pour qu'ils livrent toute leur partie colorante. « Comme on le voit, ajoute le docteur, l'addition du raisin noir n’est faite que dans le but de colorer le vin, et on ne pouvait trouver un procédé plus barbare de coloration. »

Je vais démontrer que cette opinion est doublement erronée : ce n'est pas seulement pour donner de la couleur qu’on introduit dans le vin blane cette vendange de raisins noirs, mais €'est aussi pour lui donner une saveur agréable, et qui est propre au vin de Pontac; et loin d'être barbare, ce procédé me parait le plus rationnel qu'on puisse imaginer ; il est complétement identique avec le procédé qu’on suit en Hongrie, pour obtenir les déli-

cieux vins de Tokai et de Menesch. On peut aussi contester que le raisin noir, employé à faire le vin de Pontac, soit le Teinturier, espèce si communément cultivée dans le centre de la France; car un auteur recommandable, toujours bien informé par des renseignements sûrs que son état lui procurait, Julien, à dit que e’était un cépage venu de Schiras en Perse, le Haenapop. I serait possible que ce fût le Mourvéde ; car on appelle aussi au Cap de Bonne -Espérance les vins foncés en couleur, provenants des vignobles distingués de Dragestein et de Stetemboch, vins de Rota, lesquels sont le produit du Tinto, des vignobles de Rota; or cette vigne, nommée Tinto à Rota, est connue dans l’ancienne Provence sous le nom de Mourvéde. Ainsi qu’on vient de le dire, le

HAENAPOP serait le cépage venu de la Perse, le plus précieux de tous ceux qui peuplent ces vignobles de Constance ; il serait donc bien important de l'introduire en France, puisqu'il réunit à la bonne qualité du vin, dont ilest la source, l'avantage d’un produit abondant indiqué par son nom : Hanap est un vieux mot de notre langue, très-familier à Rabelais : « Maintenant, dit-il quelque part, buvons un hanap du clos de la Devinière » (clos de vigne près de Chinon); il signifiait un grand pot ou cruche : ainsi les Provençaux ont un cépage du nom de Bouteillan. L'auteur Julien parle aussi des deux cépages suivants comme producteurs d’une sorte de vin blane, que les gens du pays appellent vin du Rhin : le

GRŒN DRUYF et le

STEEN DRUYF.

L'un des deux devrait être le Riesling, puisqu'on les a tirés des coteaux du Rhin.

Ils eultivent aussi deux autres cépages, dont les noms annoncent bien l’origine. Le

LACRYMA CHRISTT et le

FRONTAIGNAN, avec lequel ils font un vin Muscat, que je ne présume pas être aussi bon que celui de France.

J'aurais pu parler facilement d'une trentaine d’autres cépages que Je cultive depuis un nombre d'années plus ou moins grand, tels que le Grappanous du Doubs aux fortes grappes, l'Esplein de l'Aube, le gros Morillon du Cher, le Plant de Badin des Hautes-Alpes, le Grignoli d'Italie et le Graineux du Berry, le Canari noir de l'Ariége, le Roth hansen Traube des villes Anséatiques, le Mourvéde hâtif de M. Hariwiss, le Pascal noir, la Corbesse noire de l'Isère, le Bourret blanc du Gard, les Chabrillous et les Picquats de la Corrèze, etc., etc.; mais quelques-uns ne se recommandent que par leur rareté, un plus grand nombre par l'abondance seule de leur production, avantage secondaire pour le but que je me suis proposé; d’autres encore dont la maturité des raisins trop tardive ne permet pas de les apprécier exactement.

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