‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 136 sur 142 · LE · texte numérisé non relu

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CONCLUSION. dd)

des raisins de la quatrième : je lui dois une explication ainsi qu'à ceux qui voudront suivre mon exemple. Je possède depuis au moins vingt ans une quarantaine de claies d'osier, sur lesquelles je place chaque année les grappes les plus saines de ma Malvoisie ou Pinot gris, et cette partie de ma récolte reste, à environ un mètre audessus du sol, exposée au soleil, aux vents et quelquefois à la pluie, jusqu'à ce que l'effet que je me propose d’obtenir soit bien apparent, ce qui arrive après dix à douze jours.

On voit que c’est un excellent moyen d'attendre la maturité des retardataires, simple, facile et d’un effet admirable; car la concentration des sucs du raisin obtenue ainsi spontanément ou plutôt par évaporation spontanée, améliore singulièrement la qualité du vin. C’est un procédé connu depuis une vingtaine de siècles, mais je suis le seul en Touraine qui le pratique depuis vingt ans au moins.

Quant au vin rouge, je conviens que je n'ai encore qu'un petit nombre d'expériences presque aussi positives : mais Si je ne donne que des probabilités, quelques-unes sont si près de la certitude qu’elles pourront inspirer la même confiance.

Ainsi j'ai fait avec la vendange du petit Baclan du Jura et des divers Gamets du Beaujolais, parmi lesquels le Plant de la Dole figurait en proportion notable, du vin qui s'est trouvé plus prompt à boire, et je dois le dire d'après l'avis de quelques gourmets, plus agréable que celui de la vendange de Côt et même des Pinots de Bourgogne. Je dirai donc : si vous aimez les vins coulants, c’est-à-dire légers de couleur et de saveur, cultivez les Pinots et laissez peu cuver leur vendange; les Gamets du

Beaujolais, dont les raisins se trouveront bien d'avoir un peu plus de cuvage, les Pulsards ou Blussards du Jura, le petit Baclan du même pays; et, sous le climat où ils peuvent müûrir, les Carmenets du Médoc, auxquels vous pourrez allier les Sirrahs et les Mourvédes. Comme le Carmenet que nous appelons Breton ne mürit pas bien dans toutes les positions, en Touraine du moins, remplacez-le par le Tarney-coulant, qui atteint sa maturité plus facilement.

Préférez-vous un vin ferme, coloré, bien nourri et d'une longue conservation : plantez des Côts de Touraine et des Grolots de Valère ou de Cimq-Mars ; ajoutez-y quelques Teinturiers ou Gros-noirs; la vendange de ceux-ci, attendue jusqu'à celle des deux autres, augmentera la couleur du vin sans altérer nullement sa qualité. Cette sorte de vin sera très - profitable au propriétaire, parce qu'il sera d'une consommation presque générale. Sans doute il n'acquerra sa plus haute qualité qu'à l’âge de huit à dix ans; mais dans ses premières années ce vin sera d'une grande ressource pour les pensions et les colléges, parce qu’il porte bien l’eau, et il sera recherché par les cabarets, parce qu'il acceptera aussi une grande proportion de vin blanc avec autant d'avantage pour le marchand que d'agrément pour le consommateur. Du reste le tableau synchronique de maturité vous offre les moyens de varier les produits de la cuve d'une foule de manières par les diverses combinaisons de raisins mürs à la même époque.

J'ai fait aussi à deux fois différentes (1846 et 1848) une petite cuvée composée de cette manière : rois sixièmes de Carmenet du Médoc, que nous appelons Breton ; deux sixièmes de Mourvédes de la Provence, le

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dernier sixième de ce qu’il y avait de plus mûr dans une quinzaine de plants étrangers. Cette cuvée fut faite en 1846; trois ans après, je l'ai mise en bouteilles, et, à six mois de là, j'en ai servi pour savoir ce qu'on en penserait. La réponse fut satisfaisante ; mais quelques mois encore après , le succès a été complet. Ces dégustations en famille sont plus sûres que celles faites par des convives étrangers; ceux-ci y mettent souvent trop de politesse.

En 1848 j'ai répété cette expérience, mais le temps n’est pas encore venu de la juger. Je regarde ces plants, auxquels il faut ajouter le Sirrah de l'Hermitage, comme étant d’une grande valeur, et leur réunion très-favorable à une bonne qualité de vin, d’une bonne conservation , mais qui à besoin d’être attendu quelques années pour être bu dans sa perfection. Toutefois leur maturité un peu tardive ne nous permettait pas de les réunir à notre Côt. D’autres plants s’allieraient mieux avec lui : car loin de moi l’idée peu judicieuse de le détrôner : tels sont le Tressot de l’Yonne, ou Verot de Coulanges, le petit Baclan du Jura, le plant de Mont-Mélian, quelques-uns de nos meilleurs Gamais, comme le petit Gamai du Beaujolais , le plant de la Dole, le plant du Malain, le plant de Perrache, le Gamai-Nicolas, qui müûrissent tous en méme temps que le Côt. La vendange de ces plants donnerait de la délicatesse au vin de Côt que l'on voudrait garder pour sa consommation ; car cette qualité n’est pas toujours fort appréciée du marchand, qui préfère à tout une couleur foncée. Aussi les regardé-je comme éminemment propres à notre climat. Non-seulement ces plants sont plus fertiles que notre Côt; maissleur souche est

moins vorace et par conséquent de meilleure compagnie ; je veux dire qu’elles souffrent plus facilement l'association avec d’autres.

Quelque autre partie de vigne, composée des plants que je vais dénommer, ne pourrait pas manquer non plus de donner un produit dont l’expérimentateur aurait à se féliciter.

La Sirrah de l'Hermitage, la Sérine de Côte-Rôtie, le Donselinho du Douro, le Früh-Portugieser des Allemands que je crois être l'Alvarilhao des Portugais, la fertile Bonarda du Piémont, le cépage plus fertile encore nommé la Persagne vers le Rhône et l'Isère, les deux Barbera des vignes d’Asti, me paraîtraient les plus recommandables et pouvoir être réunis avec les plus grandes chances de succès. Leur maturité est un peu plus tardive que celle du Côt et devance de quelques jours celle du Carmenet et du Mourvéde.

Sans prétendre exclure de notre culture quelques autres plants qui ne se sont pas présentés à ma mémoire, je peux affirmer que ceux que je viens de nommer, réunissent la qualité à l'abondance dans les pays où ils sont cultivés, et qu'ils conserveraient ces avantages sous

notre climat. Vel Ici je laissera forcément une lacune pour les vignes du Midi, la plupart des espèces de cette région n'ayant jamais bien müri dans mes cultures, à l'exception des plants que j'ai signalés soit dans ce chapitre, soit à leur article. Toutefois, je me permettrai de dire aux propriétaires de cette région: soyez moins asservis à votre penchant pour la production excessive; renoncez à l'infâme Calitor et au Terret-Bcurret pourd'Ugny-Blanc ou Trebiano des Italiens,

pour le Pedro - Ximénès de l'Andalousie, ou le Furmint de la Hongrie, ou encore pour le Macabeo d'Espagne , tous quatre déjà cultivés dans quelques localités du Midi; préférez dans vos plantations le Mourvéde au Morastel et à l'Aramon, mais surtout eultivez avec affection le Grenache, si propre à faire un délicieux Rancio et également propre à se populariser en vin sec ou d'entremêts sur des tables délicates. C'est ainsi que vous rivaliserez avec succès les Bourguignons , les Bordelais, et plus sûrement encore les Espagnols et les Hongrois.

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En ce moment où mon œuvre est finie, Où tout est fini pour moi, je ne déposerai pas la plume pour la dernière fois, sans remercier la Providence > dét'avoir si bien préparé les voies de ce voyage de la vie, souvent si périlleux; de me l'avoir même laissé prendre pour une longue promenade presque toujours agréable, en me gratifiant de goûts si faciles à satisfaire, d’une exigence si accommodante, d’une persévérance qui en a permis le développement, et d’une variété si heureusement combinée, qu'elle n'en a jamais empêché l'accord.

Aussi puis-je me féliciter d'agoir ce trait d'union avec

notre bon Lafontaine, qui a dit quelque part, comme je peux le dire à mon tour : |

« J'aime les fleurs ,.… les livres, les spectacles, « La ville et la campagne, enfin tout ; il n’est rien « Qui ne me soit souverain bien! »

Puisse-t-il en être de même de tous mes lecteurs ! puissent aussi mes écrits accroître pour eux les charmes du séjour de la campagne !

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