CÉPAGES A VIN ROUGE
CARMENET ou CARBENET , et en quelques localités PETITE VUIDURE. M. de Secondat l'écrit ainsi : PETITE: VIGNE DURE, dans les Graves (Gironde).
BRETON (Indre-et-Loire, Vienne).
VÉRONAIS (arrondissement de Saumur).
VÉRON (Nièvre et Deux-Sèvres).
Ces deux derniers noms lui viennent de ce qu'il est trèscultivé dans une commune près de Chinon, du nom de Yéron. Celui de Breton , qu’il porte dans tout l'arrondissement de Chinon, ne lui vient pas de ce qu'il est d'origine bretonne , çar il ne mürirait pas en Bretagne ; voici à ce sujet le récit que m'a fait un amateur qui demeure dans la commune du Véron. Lorsque la terre de Richelieu fut érigée en duché-pairie, le cardinal, qui se trouvait alors en Guienne , envoya plusieurs milliers de plants de la vigne la plus estimée dans le Bordelais, à son intendant, qui était un ecclésiastique nommé l'abbé Breton. Ce fut lui qui fit planter ces vignes, et qui plus tard en répandit les plants. Le vieillard duquel M. de Vendel , mon correspondant, avait appris cette origine , ajoutait cette particularité : qu'il se souvenait très-bien que dans son adolescence, lorsqu'il y avait quelque acte passé devant un notaire du pays, celui-ci avait soin de mentionner que le clos de vigne était planté en tout ou en partie de plants de l'abbé Breton. Par la suite on à fini par dire simplement du plant Breton. Ce plant, extrêmement répandu dans l’ouest de la France, est celui qui donne au vin de Bordeaux son caractère propre, ainsi qu'aux vins rouges des arrondissements de Chinon et de Saumur, connus sous les noms de vins de Bourgueil et de vins de Champigny. Il est assez facile à reconnaître à ses feuilles minces et sans ampleur, découpées en cinq lobes, un peu cotonneuses sur leur envers, et surtout à ses grappes peu fournies de grains à peine moyens, ronds, peu serrés, noirs et d’un goût particulier, à leur pédoncule et à leurs pédicelles d’un violet enviné ; enfin, après
la chute des feuilles, à l'écorce de ses longs sarments
d'un rouge clair tournant au fauve. Le vin qu'il produit en terrain convenable est fin, plein de bouquet et d’une longue conservation. Toutefois ces bonnes qualités se modifient singulièrement suivant la nature du sol. Voici ce que m'écrivait à ce sujet le propriétaire que je viens de citer: « Le Breton est un véritable protée selon le sol qui le nourrit; par exemple, dans la petite circonscription de Champigny-le-Sec, où le vignoble est sur la pierre calcaire, le vin est hors ligne (300 fr. la pièce au moment où l’on offre du Bordelais à 52 fr. dans les dépôts de Saumur et d'Angers). Dans les sables graveleux superposés à un fond d'argile il donne un vin riche en couleur et de bonne garde; dans les sables maigres sur les bords de la Loire et de la Vienne, son vin est léger, mais froid et d’une durée très - bornée. Viennent en dernier lieu les terres blanchies par le tuf sous-jacent et qui sont trèsnombreuses dans cet arrondissement, le vin qu y donne le Breton ne vaut rien, le raism y mûrit mal, et le vin qui en provient est froid, plat et sans couleur. »
Voyons maintenant ce que dit un Bordelais de ce même plant ; c’est l’auteur d’un bon mémoire sur la vigne et la vinification au département de la Gironde, M. Dupuits de Maconnez, qui nous fournira cet artiele: « Le plant qui, dans la Gironde, a la réputation de produire le vin le plus distingué, le Carménet du Médoc ou Vuidure des Graves, remplit toutes les conditions , à l'exception d'une seule, qui doivent le faire préférer partout où son fruit peut atteindre une maturité complète. Il est un de ceux qui produit le plus parmi les plants fins ; il forme toujours bien, c'est-à-dire dans le langage de nos vignerons il épie toujours bien , coule rarement et ne pourrit presque jamais. »
C'est cette bonne tenue contre l'humidité de l'atmosphère qui le rend si précieux pour les sols bas à la proximité des eaux, tels que la plaine du Médoc, celle de Saint-Nicolas de Bourgueil , etc. On peut reprocher au vin qu'il produit, de manquer un peu de corps et de vinosité; c'est pour réparer ce défaut que les Bordelais mélent souvent à leurs vins, ceux du Lot et même de l'Hermitage. L’arrondissement de Chinon ne cultive guère d'autres cépages à raisins noirs, et même dans le canton de Bourgueil on en fait tant de cas que, lorsqu'il ne réussit pas dans certains sols, on y plante un cépage de forte nature du nom de Mouchard, que l'on greffe queiques années après en Breton. Dans l'arrondissement de Tours on ne le cultive pas, parce qu'il est un peu tardif à la maturité, et même il ne l’atteint pas toujours. Le Breton se plait en treille basse; c’est du moins de cette manière qu'il est dirigé dans le Médoc, où la culture de la vigne m’a paru parfaite.
On pourrait demander pourquoi cet excellent plant ne s'est pas répandu dans nos départements du Midi, tandis qu'il à pénétré assez avant dans le Nord et avec succès ; je répondrai qu’en beaucoup de pays l'on préfère à la qualité une abondance excessive, et que le Carbenet ou Breton est un cépage sage , qui donne suffisamment et régulièrement , mais non pas à la manière du Gros-Gamai, du Liverdun , de la Picpouille, de l’Aramon. Je citerai, à l'appui de mon explication, ce passage imprimé d’un article dont l'auteur est un des plus grands propriétaires de vignes de l'Hérault : « Le Carbenet me paraît trop peu productif pour que la culture de ce cépage puisse se propager dans le Midi. » On pense bien que par cette même
raison les Pinots de Bourgogne y sont encore moins bien accueillis. Les Bourguignons et les Bordelais n’ont donc point à redouter la rivalité de cette vaste contrée dont le climat favoriserait si bien la production des bons vins.
Quant à l'opinion que je me suis faite de ce plant par ma propre expérience , je dirai que l’un des meilleurs vins d'ordinaire que j'aie produit à la Dorée et qui deviendra certainement un vin d'entremets très-distingué, est du vin de 1846, recueilli sur un coteau complanté d'une quarantaine d'espèces de vignes, mais où le Breton est en majorité. En effet, sa vendange entrait pour moitié au moins dans la petite cuve qui contenait la récolte de ce coteau , le Mourvède pour un tiers, et il n'y avait guère qu'un sixième de toutes les autres espèces. Ce vin n’a cuvé que quatre ou cinq jours et avec la grappe, comme je fais toujours pour mon vin de garde. Il est riche de couleur, bien corsé et d’un goût franc ; c’est un vin généreux, c'est-à-dire jouissant de la plénitude des qualités qui donnent l'assurance, dans son état de Jeunesse, de sa distinction dans quelques années.
CARBONET. — CARMENELLE. — CARMENÈRE. — GRAND CARMENET. — GRANDE VUIDURE.
Ses traits les plus différentiels, s'il m'est permis de m'exprimer ainsi, avec le précédent , sont la forme de la grappe et la disposition des grains: la grappe est grande, ailée, conique; et ses grains de médiocre grosseur sont très-espacés, croquants ; ils ont une peau épaisse et dure et communiquent une belle couleur et une qualité parfaite au vin qui en provient : mais ce cépage vigoureux est peu fertile ; en conséquence il faut le charger à la taille. Le bois est plus gros et plus jaune que celui du Carbenet.
VERDOT, le GROS et le PETIT.
L'un et l’autre ont des raisins à grappe courte, de couleur vermeille, de goût délicat. Le petit est préférable pour la qualité ; mais il a un grand défaut dans certains sols, tels que les sols maigres et en pente: le défaut de fertilité. Ces deux variétés diffèrent seulement entre elles par la grosseur des grappes et des grains. Elles produisent l'une et l’autre, mais particulièrement la petite, un vin ferme, d’une belle couleur, d’un bouquet agréable et d’une bonne conservation.
D'après ce que je viens de dire du Petit Verdot, on peut induire qu'il se plait davantage dans les plaines et dans les palus surtout. L'auteur champenois Bidet avait reçu sur ce cépage, il y a près de cent ans, des renseignements tout à fait conformes à ceux que je viens de lire dans un article de la Statistique des vignobles de la Gironde. La forme de la grappe du Petit Verdot est plutôt cylindrique que conique : les grains sont clair-semés, à peine de moyenne grosseur, noirs, la pellicule dure , les pepins gros; le pédoncule de la grappe très-long. Le raisin est tardif à la maturité, mais il pourrit difficilement. Le bois est tendre et a beaucoup de moelle.
MERLOT et aussi VITRAILLE.
Il est un des plants les plus estimés autant pour l'abondance de sa production que pour la qualité de son produit. La maturité de son raisin doit être surveillée , attendu qu'il ne se soutient pas longtemps contre l'humidité; par conséquent il sera bon de l'épamprer. La grappe est ailée et les grains ronds d’un beau noir ; le bois est gros et plein de vigueur; les feuilles sont amples , rugueuses , profondément découpées, d'un vert foncé en dessus et
un peu cotonneuses en dessous. Ses raisins mürissent plus tôt que ceux des précédents.
MALBECK et aussi LUCKENS (Gironde).
COT DE BORDEAUX (Indre-et-Loire).
Ses deux premiers noms lui viennent de deux propriétaires qui en ont le plus propagé la culture; et le dernier de ce qu'il est de la famille des Côts, qui fait le fond de nos vignes dans le premier arrondissement d'Indre-et- Loire, et que ce plant à été tiré du Bordelais. Il est moins sujet à la coulure que notre vieux Côt; mais aussi son vin est un peu inférieur en qualité. Ses grappes sont plus longues, le pédoncule, et surtout les pédicelles sont d’un violet foncé, vineux. Il mürit quelques jours plus tard que le nôtre ; mais plus tôt que le raisin du Carbenet, qui est très-tardif dans l'arrondissement de Tours. Ce plant produit assez abondamment un vin coloré, d'assez bon goût , moins ferme que celui de notre Côt, moins délicat que celui du Carbenet, dont il n’a jamais le bouquet. Depuis une vingtaine d'années il s’est beaucoup propagé aux environs de Tours.
Quoique M. de Secondat ait aussi appliqué les noms de Malbeck et de Luckens à notre ancien Côt ou Auxerrois du département du Lot, il en a tant d’autres, que j'ai cru plus convenable de ne désigner par ces noms que celui que je viens de décrire; de cette manière, il n'y à plus de confusion.
TARNEY-COULANT.
Ce cépage est peu vigoureux; mais sa récolte est abondante et de bonne qualité. La grappe, dont le pédoneule ou queue est très-faible, est composée de grains très-serrés , assez gros , dont la peau est mince et très-
noire, et dont le suc est très- doux. Ce raisin, mürissant des premiers, pourrit quelquefois dès les premières pluies , surtout dans un sol humide; aussi ne faut-il pas oublier de l’épamprer. Le bois est faible et jette quantité de vrilles ; il est noué long surtout vers l'extrémité, etil s'allonge beaucoup. Les feuilles, un peu cotonneuses en dessous , sont découpées en trois ou cinq lobes, et recourbées sur leurs bords vers la face inférieure. Il y a beaucoup de Tarney au château d’Issan , et le vin y est d’une si belle couleur, qu'on l'appelle le Rubis fondu d’Issan. Là, on le cueille séparément, et avant les autres raisins.
CAUNY.
Ce cépage serait un compagnon bien assorti au précédent , si à l'opposition de celui-ci il n’était pas très-vigoureux et peu fertile, car il donne comme lui des raisins très- doux et qui mürissent bien plus tôt que ceux du Carmenet. Le bois est rouge et les nœuds sont fort éloignés; les feuilles ont beaucoup de taches rouges à leur surface, et le dessous est un peu cotonneux ; les grains sont serrés, un peu oblongs et d’un franc noir. L'époque de sa maturité est celle de notre Côt.
« Nous ne savons pas, dit M. Dupuits , auteur de l'article suivant, et propriétaire dans la Gironde, quel nom porte dans le Médoc le cépage nommé ici
ROUMIEU (M. Bouchereau, possesseur d'une magnifique collection de vignes, eroit qu'il est identique au
HOURCA); mais nous sommes eertains, continue M. Dupuits, qu'il se trouve souvent associé aux plants reconnus les plus propres à produire les vins célèbres de cette contrée. Les qualités que nous avons remarquées en ce plant sont si nombreuses, que nous ne pouvons
nous expliquer pourquoi nous ne connaissons aucune vigne qui en soit plantée exclusivement. Il forme bien (nous dirions dans mon canton il épie bien) , et ne coule presque jamais. Les grappes sont belles: les grains serrés , bien nourris, et pourtant peu sensibles au maléfice des temps humides. Son raisin mürit à peu près comme le Carbenet, c'est-à-dire un peu tard : sa liqueur est bien colorée, de longue garde et de bonne qualité, moins bonne cependant que celle du Carbenet. Il Joint à tous ces avantages celui de pouvoir se passer d'échalas, son bois court et ferme se soutenant bien. Il exige une taille ronde, c'est-à-dire sans verge. »
GROSSE-MÉRILLE (Gironde).
BORDELAIS (Tarn-et-Garonne).
Malgré le nom de Bordelais , qu'il reçoit en remontant la Garonne, ce n’est cependant pas le cépage le plus recommandable par la qualité du vin qu’on en tire: mais il est très-productif. Ses belles grappes sont bien fournies de grains ronds, noirs et serrés. Le dessus de la feuille est très-rugueux , et même quelques parties sont boursoufflées; elles sont le plus souvent entières ; ou du moins les lobes sont peu découpés.
J'aurais dû placer avant ces derniers le Gourdoux ou Noir de Preissat, ou encore Pied-de-Perdrix ou Côt rouge; Car il est assez répandu dans les vignes de la G:ironde , et plus estimé que la grosse Mérille ; mais il en sera parlé assez longuement dans l’article des Côts de Touraine où Auxerrois du Lot. J'ai pensé qu'il suffisait de faire un article sur le Malbeck, qui est aussi un membre de cette famille, parce que cette variété de Côt est plus commune dans les vignes de la Gironde que partout ailleurs. Quant
aux cépages méprisables de cette contrée, je ne ferai que les nommer : la petite Parde ou Gascon de l'Orléanais, la Pélaouille ou Pédouille, le gros Cruchinet, les Enrageals.
CÉPAGES A RAISINS BLANCS LES PLUS ESTIMÉS DANS LES VIGNOBLES DE SAUTERNES, BARSAC ET AUTRES CIRCONVOISINS.
BLANC SÉMILLON (Gironde).
COLOMBAR (Idem).
CHEVRIER (Dordogne).
Ce cépage robuste est généralement placé au premier rang et planté en plus grande proportion que les autres. Il a des sarments très-gros , d’un rouge foncé un peu brun : les yeux ou boutons sont assez rapprochés; les feuilles très- découpées sont d’un vert pâle. La grappe grosse, ailée, est bien garnie de grains assez gros, ronds, peu serrés, d’un jaune pâle ; le goût en est agréable et le raisin à un léger parfum : sa maturité arrive à une époque moyenne; mais il m'a semblé un peu facile à pourrir. Le cep est au printemps des plus tardifs à débourrer, c'està-dire à entrer en végétation. Cest à ce cépage, fort abondant dans les vignes de Barsac, que l'auteur d’un mémoire attribue la qualité d'avoir beaucoup de corps qui distingue les vins de cette commune , rivale de Sauternes. Il a deux variétés qui lui sont inférieures : le Croquant, dont la grappe est grande et plus fournie de gros grains d’une belle couleur marbrée ; l'autre est le Sémillon à bois
noir, quon cherche à détruire, parce qu’il est moins productif et que son fruit pourrit plus promptement.
SAUVIGNON (Gironde, Garonne et Charente).
SURIN, —FIÉ (cours de la Loire et de la Vienne).
BLANC FUMÉ (département de la Nièvre).
SERVONIEN , — SAVAGNIN (ancienne Bourgogne).
SERVOYEN (Yonne).
Toutefois, il est fort différent du Savagnin du Jura. J'en connais quatre variétés: le vert, le jaune, le rose et le rouge violet (‘); mais peut-être y en a-t-il quelques autres. Le Sauvignon vert a la grappe de moyenne grosseur et trop garnie, c'est-à-dire que les grains sont serrés. C'est la variété la plus fertile; c’est aussi la moins agréable au goût et celle qui donne le moins bon vin. Toutes ont les grains oblongs, et la jaune , qui est assez répandue dans nos vignes, est bien connue des vendangeuses , qui en sont très-friandes : aussi vaudrait-il mieux en avoir un petit canton à part et veiller soigneusement à la récolte. Les deux variétés colorées sont rares, parce qu’elles produisent très-peu. Tous les raisins de cette tribu ont un goût qui leur est proprè et qui suffirait bien pour les faire reconnaitre , si leur aspect laissait quelque doute.
SAUVIGNON A GROS GRAINS RONDS, venu du Tarn, dont je n'ai pas encore vu le fruit. En conséquence, je m'abstiens de l'immatriculer dans la famille. Les deux premières variétés , la jaune et la verte , sont donc parti-
(1) Jai suivi l’ordre de la quantité de leur production ; Si c'était celui de leur qualité, il faudrait retourner cet ordre : ainsi les trente hectolitres que pourrait fournir à l’hectare le Sauvignon rose seraient d’un plus haut prix pour un amateur délicat que les quarante-cinq du jaune ou les soixante du vert.
culièrement les seules dont nous nous occupons, comme les plus répandues dans les vignobles du couchant et du centre de la France. Elles composent une partie notable des meilleurs vignobles de la Gironde, Sauternes, Barsac, etc., renommés pour leurs vins blancs. Elles faisaient aussi, autrefois du moins, le fond du clos de Prépateur, dans le Vendômois, dont le vin était quelquefois servi sur Ja table de Henri IV. Le raisin de tous ces Sauvignons est facile à reconnaître par son peu de volume, la forme oblongue de ses grains, et surtout par leur saveur propre, très-prononcée et si agréable, que c'est toujours ce raisin qui est attaqué par les vendangeuses. La végétation de tous étant très-vigoureuse, leurs souches sont toujours les plus persistantes dans les vieilles vignes ; et, comme elles s'étendent et se fortifient aux dépens des autres d’une nature plus faible, on ne peut avoir à craindre d’en perdre l'espèce, parce que, pourvues de pousses vigoureuses , on les provigne pour regarnir les places vides. J'en ai dit assez pour amener à savoir la taille qui leur convient; plus de charge qu'aux cépages trèsfertiles.
La maturité du raisin arrive en temps moyen: aussi mélons-nous ces deux variétés, la jaune et la verte indistinctement , dans nos vignes rouges de Côt, dont la végétation est également vigoureuse ; mais je ne connais pas l'influence qu'a leur vendange sur le vin rouge, parce qu'ils n’y sont que dans une très-faible proportion, un soixantième au plus. Ce que je sais mieux, parce que je l'ai appris à mes dépens, c’est que ces raisins , particulièrement le vert, ne sont pas propres à faire du vin de paille : ils lui impriment un goût désagréable.
MUSQUETTE , — MUSCADET DOUX, — RAISINOTE, ANGÉLICO (Gironde).
MUSCADE (Sauternes).
MUSCAT-FOU (vignobles de Bergerac).
GUILAN - MUSCAT et GUILAN -MUSQUÉ (vignobles du Lot, du Tarn et de la Garonne).
Ges raisins, très-allongés , à grains ronds , peu serrés, de couleur ambrée, ne rappellent ceux du Muscat que par leur goût légèrement musqué, qui se rapproche un peu de celui du bon miel. Ce cépage rappelle aussi celui du Muscat par sa vigueur ; mais le feuillage de la Musquette est d'un vert plus clair, et son bois, pendant l'hiver, n'est pas brun comme celui du Muscat, mais ventre - debiche. Il est d'une fertilité supérieure à celle du Muscat. Il faut remarquer une autre différence avec le Muscat : cest que le fruit de la Musquette est d’une maturité hàtive, du moins relativement à celle du Muscat. Du reste ses raisins, comme ceux du Muscat , pourrissent trèspromptement quand on les laisse au cep; car, séparés et suspendus, ils se conservent très-bien. Il faut le tailler à long bois , si l’on veut avoir plus de chance d’avoir du fruit. Il doit en être de même pour les Sauvignons, auxquels nous laissons toujours une longue verge.
Voilà les trois cépages les plus estimés dans les vignobles les plus renommés du département de la Gironde et de la Dordogne ; cependant leur association est plutôt troublée que fortifiée par quelques autres, à l'exception du suivant :
Le BLANC-DOUX ou DOUCE-BLANCHE. — Il donne un joli raisin d'une taille moyenne, assez allongée ; la belle couleur de ses grains est variée de taches plus ou
moins brunes , leur goût est fin et sucré; sa vendage donne de la délicatesse au vin et le blanchit. Le jeune bois est de couleur grisâtre, et en hiver d'un rouge uni qui forme un caractère suffisant pour distinguer ce plant des autres, et les yeux assez rapprochés : les feuilles d’un beau vert et presque entières. Il est rare que le Blanc- Doux donne deux années de suite.
Je ne dirai rien du Rochalin, du Verdet, ni du Prueras ou Chalosse, quoiqu'ils fassent bien avec les précédents, parce que leur présence dans la vendange n’est pas regardée comme très- utile à la qualité du vin.