‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 32 sur 142 · PINOTS DE COULEUR INTERMÉDIAIRE · texte numérisé non relu

PINOTS DE COULEUR INTERMÉDIAIRE

PINOT GRIS, BUROT ( Bourgogne).

FROMENTOT et PETIT-GRIS (Champagne ).

AUXOIS, AUXERRAS , GRIS DE DORNOT (Moselle).

AFFUMÉ ou ENFUMÉ (Ancienne Lorraine).

GRIS CORDELIER (Aller).

GRISET, MUSCADET , en quelques localités.

MALVOISIE, AUVERNAT GRIS (Loiret, Indre-et- Loire ).

FAUVÉ (Jura ).

MALVOISIEN (Doubs).

GRAUER KLŒVNER et RUHLANDER (Allemagne).

Voici ce qu'a dit de ce plant l'auteur d'un ouvrage en deux volumes sur les vins et les vignobles de la Champaone, un officier de bouche de Louis XV, il y a près de cent ans: « Le Fromentot est un raisin exquis et le plus parfait de tous ; ilest fort commun en Champagne, et c'est même à lui que les fameux vins de Sillery et de Versenay doivent leur réputation. » L'abbé Boulay faisait imprimer à Orléans, en 1723, dans un gros volume sur la culture de la vigne , que cet Auvernat était le meilleur de tous les Auvernats cultivés dans l’Orléanais. J'ajouterai qu'il est également estimé dans les départements de la Meurthe et de la Moseile, où il fait le fond des vignobles distingués de Thiaucourt et de Dornot ; enfin, quoiqu'il ne soit pas de bon goût de parler de soi et de citer ses œuvres, ma conviction de supériorité de la liqueur produite en 1834 par la vendange de ce raisin, au moyen du procédé décrit dans mon Manuel du Vigneron, est si complète, elle a été si positivement confirmée par la Société œnologique de Paris (‘) pour des produits antérieurs du même raisin, qu'il m'est bien permis de citer ma propre conviction de

(!) Voir la préface du Manuel du Vigneron.

l'excellence de ce raisin. Cela ne surprendra pas ceux qui savent qu’en Alsace on s’en sert aussi pour faire ce qu'on appelle le vin de paille. Et pour dernière expérience de la valeur de ce Pinot, quand il est à la disposition d’un homme qui en sait tirer parti, je dirai que dans l'année 1848, j'ai fait de la vendange de ce raisin avec ce léger changement dans le procédé , que je n’ai pas attendu assez longtemps pour que la pellicule fût déprimée, deux forts hectolitres d’un vin plus sec que celui dont je viens de parler, d'un vrai vin d’entremets , duquel je me contenterai de dire, pour varier mon tour laudatif, que c’est en buvant de pareil vin que la mémoire s’illumine de ce joyeux début d’une ode d'Horace: Nunc est bibendum.…. et qu'il sera probablement légal de celui auquel ce gracieux chantre de Bacchus avait souvent recours pour alléger et dissiper ses amers soucis (‘). Il paraît que,

(!) Sollicitis animis onus eximit..….

Et dans son Ode à Virgile :

Spes donare novas largus amaraque NDS SE ÉTAPE curarum eluere efficax.

Bien d’autres passages laissent apercevoir qu'Horace n’a fait qu’imiter avec beaucoup de grâce les mêmes idées d’une foule de poëtes grecs qui l'avaient précédé, notamment de Diphyle, de Bacchylides, cousin de Simonide, tous les deux de l’île de Teos, de Chérémon, tous florissant près de quatre cents ans avant Horace. 11 avait indubitablement connaissance de leurs œuvres, puisqu'il avait terminé ses études à Athènes. Peut-être sera-t-on curieux de pouvoir comparer les passages de ces poëtes grecs avec ceux du poëte latin.

Diphyle, poëte comique contemporain de Ménandre, avait dit : « O « Bacchus, délice des sages, toi seul relèves l'âme des hommes tombés « dans la misère; tu dérides les fronts les plus sévères; par toi « l’homme faible et timide devient fort et courageux. »

Voici comment Bacchylides, poëte lyrique dont quelques amateurs dans l'antiquité préféraient les vers à ceux de Pindare même, s'exprime dans une de ses odes :

malgré la différence de longitude et de latitude, ses bonnes qualités se sont maintenues en Crimée comme en Champagne , en Alsace et en Touraine; car voici ce que m'écrivait en décembre 4845 M. Hartwiss, habile directeur de l'école impériale de vignes et de vinification à Magaratch : « Voulant s’instruire de tout par lui-même, l'archiduc Jean a goûté de tous mes échantillons de vin, et a surtout été satisfait d’un vin de paille fait avec notre raisin favori le Pinot gris, qui donne ici un vin qui égale, s'il ne le surpasse, l'Ausbruch de Tokai. » Il ajoute une

« La douce nécessité de boire a-t-elle amené un commencement « d'ivresse, que dès ce moment les rigueurs de Vénus s’adoucissent, « le buveur se sent animé d'espérance, et son âme éprouve une se- « cousse agréable qui chasse au loin les soucis. Bientôt il se croit en « état de renverser les remparts des villes, de devenir même le monar- « que de toute la terre. Son illusion lui fait voir l'or et l’ivoire briller « dans sa maison, et des vaisseaux chargés de blé lui apporter d’im- « menses richesses. »

Chérémon, poëte tragique, qui me semble le même que le parasite Chéréphon , ami de Socrate et de Démosthènes, nous est connu par ce passage : « Les buveurs trouvent au fond de la bouteille les ris, la « science, la sagesse et les bons conseils. »

Parmi d’autres poëtes que je néglige de rappeler, Euripide a dit dans ses Bacchantes : « La vigne a été donnée à l’homme pour calmer ses « peines ; pas de vin, plus d'amour ni de plaisir pour lui. » Mais bien avant eux Pindare avait chanté cette liqueur, et tel était le sens de ce qu'elle lui avait inspiré :

« L'effet du vin pris dans une juste mesure, est d'agrandir et d’éle- « ver l'âme ; c’est aïors que les soucis, les inquiétudes s’éloignent du « cœur de l'homme; il vogue au gré de ses illusions dans un océan « de richesses. »

On peut voir dans l'Épitre d'Horace à Torquatus, comment il a rendu toutes ces idées. J'en offre la traduction à ceux qui, ainsi que moi, sont peu versés dans la langue latine.

« Que l'ivresse a de puissance ! par elle les cœurs sont mis à dé- « couvert, l'espérance devient une réalité ; elle pousse le poltron au « combat, elle décharge du fardeau de leurs peines les âmes agitées « de soucis et d'inquiétudes. Elle nous apprend les arts. Quel buveur « netrouve pas au fond de sa coupe le talent de la parole ? Quel cœur « serré par l’indigence n’a-t-elle pas épanoui ? »

RÉGION CENTRALE. 169 observation que j'ai faite moi-même, c'est que ce cépage est bien plus fertile que le Furmint. Si la couleur de ses raisins n offrait pas un caractère suffisant y distinguer ce cépage de tous les autres, je n'aurais pas à tracer des caractères bien tranchés, quoique mon vigneron le reconnaisse facilement en hiver au simple aspect du bois, qui est d'un gris brun dans ce pays, et, ce qui me parait un peu difficile à croire, jaune- aurore dans le Jura, selon le docteur Guyétant. J'en ai reçu de l'Allier , de la Moselle, de l'Italie, de l'Angleterre même, et le bois était toujours de la même couleur, avec une légère différence dans la nuance. Il est singulier que Gels n’en fasse pas mention à l'article des Pinots, dans ses notes au Théâtre d’agriculture d'Olivier de Serres. J'en possède une variété qui m'est venue de la Moselle sous le nom de

AUVERNAT GRIS DE DORNOT. L'on m'avait assuré qu'elle était plus précieuse encore pour la qualité, et personne ne peut en douter en la voyant. Ses grappes sont un peu moins tassées que celles de la nôtre, et elle m’a semblé moins productive. Quelque temps après la chute des feuilles, les yeux ou boutons ont quelque chose de blanc à la manière de ceux du plant Meunier , mais pas autant.

J en ai reçu une autre variété du même pays, sous le nom de

AUXERROIS VERT ; ses grappes sont, au contraire, plus longues et plus serrées; la couleur des grains est moins rouge et même quelquefois un peu verdatre ; attendues à leur maturité, leur infériorité de qualité n’est que relative à l'égard des autres. ,

Quoique j'aie placé les noms allemands Grauer Klævner et Ruhlander parmi les diverses dénominations du Pinot

gris de Bourgogne, je reconnais que c’est une licence synonymique ; car les crossettes que j'ai reçues sous ces noms ont produit des raisins plus amples et à grains plus gros, enfin des sarments plus forts que l’Auvernat gris du pays. Ainsi done, acceptons-la pour une variété bien tranchée.

Je crois devoir encore comprendre dans cette famille de la tribu des Pinots un plant étranger nommé

GRAUER TOKAYER par les Allemands, mais improprement ; et

SARFEJER par les Hongrois. J'en parleraï plus au long au chapitre des vignes de cette contrée. Comme on n'adoptera sûrement pas ces noms, je propose de l'appeler

PINOT CENDRÉ , à cause de la fleur ou prune abondante dont ses grains sont couverts. Plusieurs personnes le confondent, mais à tort, avec le Pinot gris; car Bosc, dans son Cours complet d'agriculture , les frères Bauman, célèbres pépiniéristes du Haut-Rhin, avaient bien remarqué les différences, et mes observations depuis plus de dix ans me les ont confirmées.

PINOT BLANC. —CHARDENAI ou CHAUDENAI. — NOIRIEN BLANC (Côte-d'Or, Yonne, Saône-et-Loire ).

C'est à ce Pinot, en même temps qu'au sol, que les meilleurs vins de Bourgogne en blanc doivent leur haute qualité ; les vins de Montrachet et de Pouilly. Ses grappes sont petites, allongées, garnies de grains presque ronds, peu serrés, marqués de points bruns, et bien dorés. Il fleurit et défleurit plus tôt que le Morillon blanc qui a quelques traits de ressemblance avec lui; ses sarments sont plus minces et plus tendres à la coupe ; il a les feuilles plus délicates , plus régulières, moins rugueuses,

RÉGION CENTRALE. 171 d'un vert moins foncé. Le raisin est d’un goût plus fin. Son faible rapport, qui n’est guère , selon M. Bouchardat auteur d'un mémoire sur les vignobles de l Yonne, que de quinze à vingt hectolitres par hectare , a certainement été le seul motif de la répugnance que les propriétaires ont mise à le propager ; cependant en le soutenant de bons terreaux et en lui laissant une verge avec le courson , on peut encore en obtenir une récolte satisfaisante.

ROUSSEAU (arrondissement de Tonnerre, Yonne).

PLANT DE TONNERRE, vigne de Joué (Indre-et- Loire).

Cette bonne variété du Pinot blanc en diffère surtout par sa grappe, qui est plus courte, plus large, plus écartée, plus branchue, et par la forme des grains, qui sont plus ronds, par leur couleur plus dorée tournant au roux, et enfin par une maturité plus hâtive. Son feuillage ressemble beaucoup à celui du Chardenai : les feuilles sont cependant plus arrondies et d’un vert plus foncé. Ce cépage est assez répandu dans les vignobles des environs de Tonnerre, et c'est sans doute de Jà qu'on l'a tiré pour le cultiver dans la commune de Joué, près de Tours. Il ne s est pas beaucoup multiplié au dehors, parce qu'il est peu productif et parce que ses raisins müûrissent trop tôt, plus de huit jours avant notre Arnoison et plus d’un mois avant nos Pinots de la Loire. On devra à la taille laisser avec le courson une verge de trois à quatre décimètres, selon la vigueur de la souche.

Néanmoins la variété suivante me paraît plus avantageuse à cultiver ; aussi s’est-elle répandue dans la plupart des départements viticoles, comme le prouve le grand nombre de noms sous lesquels elle est connue.

MORILLON BLANC. — GAMAI BLANC. — EPI- NETTE. — BEAUNOIS (Yonne et Marne ).

AUXOIS ou AUXERRAS BLANC (Moselle).

WEISS KLEVNER ou GENTIL BLANC (Bas-Rhin).

AUVERNAT BLANC (Haut-Rhin, Loiret, Loir-et- Cher ).

ARNOISON BLANC (Indre-et-Loire).

SAVAGNIN JAUNE (Jura).

MESLIER JAUNE (Nièvre ).

WEISS SUSSLING (Brisgau).

Il ne faudrait pas que le nom de Gamai, qui est porté par un autre plant ignoble, donnât mauvaise opinion de la qualité de ses produits ; car il est le seul plant à raisins blancs dont les Champenois admettent la vendange, en petite proportion à la vérité, avec les Pinots noirs pour la composition de leurs délicieux vins mousseux; et dans mon canton il jouit aussi d'une bonne réputation sous le nom d'Arnoison blanc. Partout il est très-estimé, tant à cause de son bon et constant rapport qu à cause de la vigueur et de la longévité de ses souches. Toutefois , il a bien quelques défauts: ses raisins ne résistent pas longtemps aux temps humides, et ce sera une raison de ne pas manquer de l'épamprer ; puis son vin jaunit aussitôt sa mise en bouteilles. J’en ai fait, en 1844 et en 1846, un petit baril d’un demi-hectolitre : il était d’une qualité parfaite, et le dernier surtout était si agréable , mis en bouteilles seulement à la fin d'avril pour éviter la mousse, que c'était une précaution de prudence pour un Socrate rustique de s'imposer une mesure fixe de consommation. Malgré sa vigueur supérieure à celle de la plupart des membres de cette famille, c’est bien un Pmot, et J'ai à l'appui

de cette affirmation l’opinion de Bose, fondée sur celle de plusieurs vignerons de la Champagne qui regardent ce plant, dit-il, comme étant le Pinot blanc. En cela, ils ont évidemment tort; car les grains de leur Epinette sont ronds et jaunes, tandis que ceux du Chardenet sont légèrement oblongs et roux. Il n'y en a pas moins une alliance intime entre le Morillon blanc et les plants nobles ou Pinots en Bourgogne comme en Champagne. La souche étant naturellement vigoureuse , on laissera à la taille une verge avec le courson. Quoi qu’en ait dit Chaptal, ce plant est très-différent du Mornen, qui est évidemment un Chasselas.

Je regarde comme un devoir indispensable, et toutefois pénible, de protester contre la synonymie démesurée établie par l’auteur de l Ampélographie Rhénane, qui malheureusement n'avait pas de collection. Il ne faudra done pas croire sur la parole de cet auteur, que le Tressot de l'Yonne, que le Petit-Pinot de la Moselle, que le Petit- Noir de la Meurthe, que le Pinot-Mour , le Pinot-Dru et le Pinot-Crepet de la Côte-d'Or soient identiques avec le vrai Pinot ou Noirien de la Bourgogne. Ce sont tous des cépages différents entre eux et dont quelques-uns , tels que le Tressot ou Verrot, n'ont pas la moindre analogie avec lui. Il en est de même pour le Pinot-Gris ou Burot et non pas Beurot comme il l'écrit ; et c'est aussi une erreur qu'on ne peut passer sous silence; ce cépage , si facile cependant à reconnaitre, n’est pas identique avec le Klein- Traminer, il n'est même pas de sa tribu; ni avec le Pinot-Cendré de l’Ampélographie universelle, qui est le Klein-Tokayer des Allemands des bords du Rhin. J'en suis bien sûr, car j'ai bien une centaine de souches de ce der-

nier et au moins deux milliers de Pinot gris sous le nom de Malvoisie. La synonymie qu’il nous donne de l'Epinette blanche est également erronée : ce cépage est différent du vrai Pinot blanc ou Chardenai, du Fromenté blanc de l'Aube, qui a les grains un peu oblongs, et surtout du Mauxac blanc qui ne mürit pas dans notre pays ou du. moins bien rarement, comme j'en ai l'expérience. Quant aux synonymes allemands, je me récuse pour incompétence ; cependant je sais très-bien que le nom de Klebroth est appliqué dans le catalogue du Luxembourg à un autre cépage, qui est le Tressot de l Yonne ou Verrot de Coulanges.

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