VIGNOBLES DE L’HERMITAGE
Nous ne quitterons pas cette contrée sans nous occuper avec l'intérêt qu'il mérite du vignoble qui lui donne son plus beau relief, le vignoble de l'Hermitage , situé canton de Thain, au département de la Drôme, le plus méridional de la région centrale dont j'ai indiqué les limites, peutêtre un peu trop descendues au midi, faiblesse excusable chez un auteur habitant de cette région centrale.
Voici ce que dit, du vin rouge de l'Hermitage, l'auteur Julien , habituellement bien informé, sa position de mar-
chand de vins à Paris lui ayant donné la facilité de prendre ses renseignements aux meilleures sources :
« Ce vin est peut-être celui de France le plus riche en couleur vive et naturelle, en parfum agréable et en plénitude. Iln'est ni violent, ni capiteux comme le sont ceux du Midi, et il a toute la force nécessaire pour devenir stomachique en vieillissant. Le commerce de Bordeaux en consomme les quatre cinquièmes pour en opérer le mélange avecles vins de ce nom de Bordeaux , et leur donner plus de corps et de couleur; le reste se place dans les grandes villes de l'Europe, et même en Asie. »
On voit donc que les cépages qui font la majorité dans ce vignoble si distingué méritent d'être traités avec soin. Cela sera d'autant plus facile qu'ils se réduisent à un trèspetit nombre, et parmi ces cépages, le plus estimé et presque exclusivement cultivé, est la
SIRRAH (orthographe de M. de Bernardy).
PETITE SYRAS (orthographe de M. Machon, propriés taire aux environs de l'Hermitage).
SIRAC (orthographe de quelques autres).
J'ai adopté l'orthographe de M de Bernardy, auteur de plusieurs mémoires sur l’agriculture, parce qu’elle représente bien la prononciation de ce mot. Cette adoption de ma part annonce que je n'accepte pas l'étymologie que lui ont faite quelques savants ampélologues , les uns de Schiras, les autres de Syracuse. Ce plant peuple presque exclusivement le vignoble de l'Hermitage et ceux du territoire de Thain, qui approchent le plus de sa haute qualité. Son bois pendant l'hiver a l'écorce d’un gris particulier, résultant d’un fond brun, couvert d'un voile gris ; ce bois est noué long , et les nœuds sont violets. Les feuilles
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sont grandes, un peu cotonneuses en dessous. Les raisins sont cylindriques, assez bien garnis de grains noirs, égaux, peu serrés et décidément oblongs ; leur maturité se complète chaque année, quoiqu'un peu plus tardive que celle de notre Côt. La bonne qualité du vin qu'il produit a décidé plusieurs propriétaires de la Gironde à introduire ce cépage dans leurs vignobles, même dans les mieux famés. Je sais qu'il a bien réussi près d’Avignon; car J'ai reçu quelques bouteilles de vin provenu de ce plant, et il était d'une qualité assez remarquable. Son seul défaut est sa parcimonie dans le produit, défaut qu'il partage avec tous les plants producteurs de vins renommés.
L'épithète qui accompagne cette Sirrah, fait pressentir qu’il y en à une autre variété :
GROSSE SIRRAH, beaucoup moins cultivée, quoique plus fertile. Ses grains sont plus ronds et plus gros, les grappes plus abondantes ; mais le vin a moins de parfum et se conserve moins bien. De cette disposition à une fructification plus abondante, on tirera la conséquence du traitement à lui faire à la taille : si l'on doit laisser une verge ou pleyon à la petite Sirrah, il faudra tailler la grosse à court bois, ou si sa vigueur est grande, la verge qu'on lui laissera sera bien moins longue que celle laissée à la petite.
Bose a dit, dans son Dictionnaire d'histoire naturelle, que les plants du vignoble de l’'Hermitage provenaient du vignoble de Condrieux; c'est une erreur , car les plants de Condrieux sont la Sérine noire et le Viognier blanc, qui ne sont cultivés ni l’un ni l’autre dans le canton de Thain. où est situé l'Hermitage. Les plants de ce dernier sont les
- RÉGION CENTRALE. 207 Sirrahs , toutes deux noires, auxquelles se trouvent quelquefois réunies les espèces suivantes : le Cornet ou Parverau, le Flouron, le Pogayen, etc., et en blanc, les Roussanes et les Marsannes, qui vont avoir leur article, quand j'aurai dit quelque chose du
CORNET ou PARVERAU (dans le département de la Drôme), et
PROUVERAU (dans le département de l'Isère ).
Ne connaissant pas suffisamment ce plant, qu'ai-je à faire de mieux que de rapporter ce que m'en a écrit un correspondant qui m'a inspiré toute confiance par la netteté et l'étendue de ses connaissances en ampélorguie, sil mest permis de me servir de ce mot pour exprimer l’ensemble de tout ce qu'il est utile de connaître sur la vigne et ses produits ?
« Le cep est ordinairement très-vigoureux, même dans un sol médiocre, ce qui permet de le planter dans les pentes, où 1l est d'autant mieux placé que dans les lieux bas ses raisins pourrissent facilement. Le Cornet, m'éerivait, en outre, M. Aug. Roche, passe ici pour le raisin noir le plus délicat pour la table. Ses grappes sont assez grosses et sont garnies de beaux grains ronds, peu serrés, d'un noir mat, légèrement parfumés dans les années sèches ; elles donnent du vin d'une couleur foncée, léger de goût, par conséquent peu corsé et prompt à boire; mais aussi d’une conservation difficile, à moins de le laisser cuver avec les grappes. Ses feuilles sont d'un beau vert en dessus et très-découpées. »
C'est un cépage fort apprécié des vignerons et fort répandu dans l'ancien Dauphiné.