‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 38 sur 142 · CÉPAGES DE L'HERMITAGE A VIN BLANC · texte numérisé non relu

CÉPAGES DE L'HERMITAGE A VIN BLANC

ROUSSANNE ou ROUSSETTE (Ain, Ardèche, Drôme,

et particulièrement le vignoble de l'Hermitage ). Il m’est venu de Lyon, sous le nom de

PLANT de SEYSSEL.

C'est un cépage vigoureux dont le bois est gris en hiver; il porte des grappes fortement ailées et composées de grappillons bien détachés; ceux-ci sont garnis de petits grains bien ronds , très-écartés, longtemps verts et trèsroux à leur maturité , qui n’a pas encore été normale dans une vigne où j'en ai plus de cent souches, c’est-à-dire que les raisins n’ont pu encore se trouver dans les conditions nécessaires pour faire de bon vin. J'en suis d'autant plus aux regrets, que c’est le cépage le plus estimé dans plusieurs départements contigus, et notamment dans la Drôme, où les excellents vins blancs de l'Hermitage sont produits en grande partie par lui. M. Cavoleau, auteur de la Statistique de tous les vignobles de France, les regarde comme les meilleurs vins blancs du royaume ; Julien, l'auteur de la Topographie de tous les vignobles renommés du monde, et gourmet par état, ne le désavoue pas, puisqu'il leur reconnaît les qualités d’être corsés, suffisamment spiritueux, pleins de finesse, d'agrément, de séve èt de parfum.

Il y a une

GROSSE ROUSSANNE qui produit plus que la petite, mais dont le vin est moins bon. Il en est tout autrement des

MARSANNES, qui se composent également de deux variétés blanches , la grosse et la petite: et aussi d’une noire, dont je ne m'occuperai pas, ne lui connaissant aucune part de-concours à la qualité du vin de ces vignobles. La

PETITE MARSANNE BLANCHE produit beaucoup plus que la grosse, donne un vin plus doux et plus sucré, qui fermente longtemps ; mais qui a moins de parfum, de corps et de durée que celui de la

GROSSE MARSANNE. Celle-ci a de gros grains ronds très-bons à manger comme à faire du vin : les feuilles sont un peu cotonneuses à leur envers. Elle mürit facilement en Touraine.

En nous éloignant du Rhône et de la Saône, parallèlement à ces deux grands cours d’eau, nous trouvons les anciennes provinces de l'Auvergne et du Bourbonnais, que nous réunissons, parce que les mêmes cépages, ou du moins à peu près, sont cultivés dans l’une et dans l’autre, et de plus, que les vins qu'ils produisent n’ont guère plus de réputation les uns que les autres. Ces cépages sont généralement les Lyonnaises ou Gamais, le Magrot ou Pied-Rouge, qui est notre Côt, le Bordelais, qui est la Mérille de la Gironde, pour les noirs. Mais en voici deux d'un assez grand mérite, qui ne sont guère cultivés ailleurs :

NEYRAN (Allier ).

NEYROU (Puy-de-Dôme), et aussi GOUGET.

Il y en a deux variétés: le

GROS, qui à pour synonyme, dans le Cher,

MORET ; et le

PETIT, qui peuplait jadis presque exclusivement le vignoble de Saint-Pourçain, lors de sa grande réputation, l'une des plus anciennes sans contredit, mais aussi l’une de celles qui ont le plus complétement disparu. Au xn® siècle , ce vin faisait l'honneur des tables des princes et des grands feudataires. Le Petit Neyrou donne une liqueur de couleur rouge foncé, pourvue de moelle et de bouquet ; mais il est peu fertile; et comme ses raisins sont hâtifs à la maturité, ils sont sujets à être vidés par les guêpes ; il serait bien à sa place avec les Pinots de Bourgogne, avec lesquels il a plusieurs rapports. C’est la médiocrité de son produit qui est la cause de sa diminution dans les vignobles de l'Allier, et par suite, de leur dégradation du rang qu'ils occupaient jadis. Son bois est mince et d'un gris brun en hiver: celui du

GROS NEYRAN est également mince et d'un rouge fauve. Ce dernier se soutient davantage, parce qu'il est plus productif; M. le docteur Dumont, maire d’Arbois, croit qu'il est le même que le cépage connu dans son canton sous le nom de Gros Noirien. Je ne peux pas encore donner mon avis à ce sujet ; mais je suis bien sûr qu'il n’est pas le même qu'aucun Pinot de la Bourgogne, quoi qu'en dise M. Versepuy, auteur d'un Mémoire sur les vins de l’ Auvergne.

Cet œnologue , d’ailleurs fort éclairé, parle aussi d’un cépage depuis longtemps très-répandu dans les vignobles de l'Auvergne : le

DAMAS NOIR ou GROS-NOIR.

Je vais rapporter l’article qu'il a fait sur ce cépage. Il complétera celui que j'ai déjà donné sur la Grosse-Serine : mais il faut bien se donner de garde de confondre ce

Damas noir du Puy-de-Dôme avec le Gros Damas de la Provence, dont nous parlerons dans le chapitre des rai- Sins de table dé la région méridionale : il n'ya pas la moindre analogie entre eux. Ce dernier a les grains trois Ou quatre fois plus gros , d’un violet clair ; il est aussi avaré de ses fruits que celui-ci en est prodigue.

« Le Damas de l'Auvergne a le mérite de convenir mieux qu'aucun autre aux terres maigres , c'est -à- dire peu substantielles, et d’être très-peu sujet à la coulure. Le raisin est très-allongé; les grains sont assez écartés pour être préservés de la pourriture, mais il leur faut unë chaleur soutenue pour bien mürir. Dans les bonnes années, le vin est coloré, corsé, de bonne garde ; toutefois il n'est agréable qu'après la seconde année. Ce cépage est robuste et d'une longévité remarquable: et cé n’est que lorsque sa vigueur diminue que son produit est abondant et que la maturité de son fruit devient facile et égale dans toute la grappe. Il est très-communément cultivé dans l'arrondissement de Riom, et c’est à lui principalement qu'on attribue la qualité des meilleurs vins de cet arrondissement. »

CÉPAGES A RAISINS BLANCS

PETIT DANESY. — RAISIN DE GRAVE (Allier).

Quoique je possède ce cépage, grâce à l'obligeance de M. le président de la Société d'agriculture de l'Allier: j'aurai recours aux renseignements qu'il a bien voulu me donner , d'autant plus que mes observations personnelles seraient insuffisantes ; ce cépage, qui a très-bien poussé, ne m'ayant encore présenté de fruits que cette année. Il

fait le fond des vignobles de Saint -Pourçain et de la Chaise , les meilleurs du département; 1l a une végétation vigoureuse, et par conséquent il a besoin d'être allongé à la taille. Ses jeunes bourgeons sont d'un rouge brun qui les fait ressembler à ceux du Gros Cépin blanc de Chaleuil, dont nous allons nous occuper ; mais ses feuilles, également d’un vert foncé, sont bien plus découpées. Les grappes sont allongées et supportées par une queue mince qui reste verte; elles sont bien mois fortes que celles du cépage que nous venons de citer. Les grains sont de moyenne grosseur et oblongs , d’un vert qui blanchit et même se dore à la maturité, du côté du soleil, surtout si on a le soin d'épamprer. Cette maturité n’est pas tardive pour un raisin blanc, car elle arrive au commencement d'octobre; alors le goût du raisin est agréable et laisse apercevoir , selon M. Descolombiers, déjà cité, une légère saveur de Muscat qui se trouve dans le vin, dit-il, lorsqu'il vieillit.

TRESSAILLIER.

Ce cépage est aussi fort répandu dans le département de l'Allier, et avec raison; car il est vigoureux, productif, et sa vendange concourt à la composition des meilleurs vins de cette contrée. Son bois est mince, fort allongé , très-rouge pendant le cours de la végétation. Les feuilles sont arrondies, peu découpées, un peu cotonneuses en dessous, non d'un coton plein, mais par gros points ou par filets. Les grappes sont allongées, bien fournies, assez belles, de grosseur moyenne entre celles du Danesy et celles du Grand Blanc, et elles müûrissent en même temps. Je crois ce raisin préférable, pour la qualité du vin, à celui du

CÉPIN BLANC ou GRAND BLANC ( vignoble de Chaleuil et de Varennes, Allier).

Il produit abondamment et de bon vin, qualités dont la réunion est assez rare. Il faut bien croire à cette exception à la loi commune, puisque ce cépage est fort estimé, nous dit-on, dans les vignobles de Saône-et-Loire, comme dans ceux de l'Allier, où les vins de Chaleuil et de Varennes, vignobles qui en sont peuplés, sont vendus aux Parisiens comme vins du Mâconnais. Ses bourgeons Sont rouges pendant le temps de sa végétation, mais ils deviennent gris après la chute des feuilles. Celles -ci sont entières , rugueuses, recourbées en volutes, bordées de courtes dents très-obtuses ; il n’est pas difficile à leur aspect de le distinguer du Petit Danezy, et plus tard ses grappes à gros grains ronds et serrés forment un caractère encore plus tranché ; il est fâcheux qu’elles passent promptement à la pourriture. Leur maturité est dans le mois d'octobre. On doit tailler ce cépage très-long dans sa jeunesse.

Il ne serait pas convenable de quitter l'Allier sans dire quelque chose d'un cépage qui est connu sous le nom de

SAINT - PIERRE et sous celui de

LUCANE, dans le département des Deux-Sèvres, car ce cépage a été en quelque sorte illustré par Bosc, ou du moins un autre auquel il a donné fort improprement ce nom de Saint-Pierre. Cette erreur de Bosc s’est d'autant plus répandue, que le raisin qu'il a recommandé sous ce nom réunit la double qualité d’être assez hâtif et très-bon à manger. Nous en reparlerons au chapitre des raisins de table. Le vrai Saint-Pierre de l'Allier, dont

la connaissance positive nous a été donnée par M. le président de la Société d'agriculture de Moulins, qui en avait envoyé quelques grappes à l’exposition du Congrès viticole d'Angers, en septembre 1842, est aussi fort différent du Saint-Pierre de la Charente, qui donne du vin très-médiocre, mais en grande quantité, tandis que celui de l'Allier, d’un produit à satisfaire un homme raisonnable , en donne d'assez bon. Ce dernier a des grappes allongées, assez belles, des grains ronds, peu serrés, d’une belle couleur rousse à leur extrême maturité, ou plutôt d'un jaune doré. M. Descolombiers l’a noté comme précoce; dans ma vigne, sa maturité est en temps moyen ; il nous apprend qu’on le taillle à court bois; mais je ne me suis pas mal trouvé de laisser une verge de sept ou huit nœuds aux cinquante souches que je possède depuis 1836, grâce à l'obligeance de M. le conseiller d'État Macarel. Le département de la Nièvre touchant à eelui de l'Allier, je vais dire quelque chose d’un cépage qui m’est venu du vignoble de Pouilly, le plus distingué de tous ceux du pays, sous le nom de |

SAUVIGNON (Pouilly-sur-Loire, Nièvre. }

En le plaçant ici, c’est annoncer que je ne le crois pas de la famille des Sauvignons de la Gironde. Ceux-ci portent dans ce canton de la Nièvre le nom de Blanc-Fumé.

Il appartient encore moins aux Sauvagnins du Jura. Les feuilles de celui qui fait le sujet de cet article sont plus grandes et moins découpées que celles des Sauvignons girondins, moins rondes que celles des Sauvagnins, qui ne sont pas divisées par lobes. Le pétiole est plus gros et plus coloré dans notre Sauvignon, et cette coloration s'étend par le commencement des nervures des deux faces.

Ses grappes sont ailées, garnies de grains ronds, trèsdoux, très-bons à manger, mais non pourvus, comme les Sauvignons de la Gironde, de cette saveur propre si prononcée, qu’elle suffit pour les faire reconnaître partout. Je ne doute pas que ce ne soit avec raison qu'on estime beaucoup ce cépage au vignoble de Pouilly, et je suis persuadé qu'il le serait partout s'il était connu. Toutefois, jene peux m’abstenir de parler de son plus grand défaut ,. celui d’avoir des raisins très-pourrissants.

Si les Gamais sont extrêmement répandus dans les anciennes provinces de Bourgogne, Bourbonnais et Lyonnais , ils sont à peine connus dans les vignobles plus centraux et ceux plus rapprochés de l’ouest, notamment dans les départements du Lot, du Tarn, Tarn-et- Garonne , Cher, Loir-et-Cher, et Indre-et-Loire. Ils y sont remplacés par un cépage qui me paraît être le plus nombreux de tous ceux qui sont cultivés en France, car il fait le fond des vignobles des départements que je viens de nommer. Je crois bien qu'il n’y a guère de vignobles en France où il ne s’en trouve quelques souches. Le voici sous les différents noms que je lui connais, et je ne doute pas que sa synonymie ne soit loin d'être complète; toutefois je dois prévenir que, cette famille se composant de quelques variétés, ces noms ne désignent pas tous exactement la même.

COT à queue rouge, COT à queue verte (Indre-et-Loire).

CAHORS (Loir-et-Cher).

COT , CAULY , JACOBIN (Vienne),

AUXERROSS, le Gros et le Fin (Lot).

QUILLE DE COQ (Auxerre).

PIED ROUGE, PIED DE PERDRIX, PIED NOIR, COTE ROUGE (les départements baignés par le Tarn, la Garonne et la Dordogne).

MAGROT (Corrèze).

NOIR DE PREISSAC ET GOURDOUX (Gironde) et aussi MALBECK DOUX.

ESTRANCEY (Arriège et Gironde).

QUERCY (Charente).

BOURGUIGNON NOIR (Meurthe, Saône-et-Loire, Ain).

Je me garderais bien d'y ajouter Sérine et Damas, qui sont très-différents du cépage en question, quoique Dussieux, Chaptal, Parmentier et bien d'autres aient étabki cette erreur dans leurs ouvrages.

Ce cépage est assez reconnaissable, même quand il n’a pas de raisins, par la vigueur de ses bourgeons, par leurs gros nœuds assez rapprochés, par la couleur grise de l'écorce rayée de lignes rouges qui brunissent à la chute des feuilles, et au port de son bois, qui se soutient bien, quand l’âge à modéré l’activité de sa végétation. Ses grappes sont peu serrées, d'une bonne grosseur, mais les grains sont beaux et bien noirs, presque toujours ronds, car j'en ai vu souvent qui étaient légèrement oblongs, du moins en comparaison des grains du Grolot, son compagnon habituel dans nos vignes, qui sont ronds comme des balles. Ses raisins, d'une forme rarement régulière, sont très-bons à manger , non-seulement sur les bords du Cher et du Lot, où ce cépage est le plus cultivé, mais aussi vers le Haut-Rhin; car voici ce que m'écrivait à ce sujet l'un des frères Baumann, célèbres pépiniéristes : « Ne connaissez-vous pas une excellente espèce précoce

nommée Quercy, du meilleur goût, sucré et même parfumé? » Comme ils m'en envoyèrent plus tard, mon vigneron, au moment de la plantation, avait tout de suite reconnu notre Côt au bois, et moi, plus tard, j'ai été confirmé dans cette identité à l'aspect et à la dégustation du fruit. Le vin que produit la vendange du Côt ou Auxerrois du Lot est d’une riche couleur, a beaucoup de corps et un bon goût, ce qui donne la facilité au commerce de fortifier les vins de Bordeaux par ceux qu'il tire du département du Lot, autrement dits vins de Cahors, et d'en faire à Paris, avec nos vins du Cher, qu'il mêle avec des vins blancs, un assez bon vin rouge, pourvu même d’un peu plus de spirituosité que nos vins du Cher; altération que je regarde comme la plus innocente de toutes, et même avantageuse au consommateur, quand ce mélange est fait avec intelligence. Ce cépage convient mieux que tout autre aux sols maigres, à cause de sa grande vigueur ; mais alors il faut veiller à son entretien par des engrais abondants, car son défaut naturel d'être très-sujet à la coulure se fait bien plus remarquer dans ces sortes de terrains. Il compense ce défaut par l'avantage de débourrer très-tard, ce qui le rend moins passible que tout autre des gelées printannières. C'est particulièrement du Côt à pédoncule et pédicelles verts que j'ai voulu ou entendu parler; parce qu’il est beaucoup plus commun dans nos vignes que le type de la famille, celui dont les mêmes parties sont d'un rouge vineux , plus ou moins foncé selon le degré de maturité. Ce dernier est meilleur au goût et aussi pour la qualité du vin, mais il est si sujet à la coulure que son peu de rapport a dégoûté généralement de sa culture. C'est cette couleur rouge qui lui a fait donner, dans

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quelques vignobles du Midi, les noms de Pied de Perdrix Pied Rouge.

Une autre variété que les Bordelais appellent du nom de ceux qui l'ont cultivée les premiers en grand , est le

MALBECK et aussi LUCKENS.

Elle n’est guère connue et recherchée en Touraine que depuis une trentaine d'années, et nous la nommons :

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