VIGNOBLES DU JURA ET DÉPARTEMENTS VOISINS
J'ai considéré le département du Doubs comme un simple attenant du Jura, parce que ses vins sont sans réputation et n'ont pas cours dans le commerce, et d’ailleurs que les plants de ses vignobles sont les mêmes que ceux des départements voisins. Il n’en est pas de même du Jura, dont les vins ont une ancienne réputation, qui se soutient toujours, et où l’on cultive des cépages qui lui sont propres. Les vins blancs y sont, comme le long du cours du Rhin, plus communs et d’une plus haute qualité que les rouges, et, depuis un quart de siècle, les propriétaires en ont perfectionné la façon ; car ils composent leurs jolis vins mousseux, en majeure partie, avee des raisins noirs , comme le font les Champenois; mais ces raisins sont, à l'exception d'un seul: très-différents de ceux de la Marne. Le plus estimé et l’un des plus mulüipliés est le
POULSARD ou PLUSSART , ou BLUSSART ; je mets ici les différentes manières d’écrire ce nom, soit dans des lettres particulières , soit dans les divers ouvrages sur la vigne que j'ai consultés. Je l'ai vu aussi imprimé
BELOSARD, du nom d'une commune du Jura, dit l'auteur allemand Sprenger. D'autres encore le nomment, à cause de sa forme,
PENDOULOT, et aussi
RAISIN-PERLE. Enfin, dans le département de l'Ain, on l'appelle
MÉTIE.
Le nom de
RAISIN-PERLE n'indique pâs exactement la forme des grains car ils sont plutôt ellipsoïdes qu'ovoïdes , ils ressemblent plus à une olive qu’à une perle. Généralement , dans toutes les variétés, la feuille est très-découpée, les grains sont supportés par des pédicelles longs et minces , la grappe est peu fournie ; mais les grains sont beaux et même un peu musqués, du moins dans une variété. Quand le raisin a acquis sa maturité complète , les grains s'en séparent facilement , soit par un grand vent , soit par une forte pluie. On dit que ce cépage est très-productif en plaine et dans une terre forte ; ici, dans la vigne où j'en possède une quarantaine de souches , il a rarement échappé aux intempéries du printemps, auxquelles il est fort exposé par la précocité de sa végétation ; et puis il ne se décide que très-tard à rapporter, à sept à huit ans de sa plantation. A la vérité, j'ai eu le tort de tenir le cep toujours beaucoup trop bas; mais ce n’est pas en Touraine seulement qu'il n’a pas répondu à l'espoir qu'on avait fondé sur son importation : dans quelques localités du
Midi cela s’est passé de même, et je crois qu'aucun cépage ne s'est plus mal comporté hors de son pays. L’explication qu'en a donnée M. le docteur Guyétant , auteur d'un ouvrage sur l'agriculture du Jura, ne me parait pas admissible. C’est, dit-il, parce que dans le Jura on ne sépare jamais les provins des souches-mères, et que ces provins, renouvelant partiellement la vigne, la maintiennent dans un état permanent de vigueur. Mais j'en agis de même chez moi, d’autres propriétaires ont suivi la même pratique; ce n’est pas là une explication de la récalcitrance de ce cépage à produire ailleurs, comme il le fait dans le Jura. Je pense qu'il faut plutôt l’attribuer au défaut de bonne direction de ce plant , à ce que nous ne l’élevons pas assez de terre et à ce que nous ne choisissons pas bien les sarments sur lesquels la taille doit être assise. Je dois dire aussi qu'il est très-sujet, dans certains sols, à donner des raisins qui n'atteignent pas un état normal de maturité ; la peau des grains reste rouge, la saveur reste acide. Le retard à vendanger n'y apporte aucun remède ; enfin , il redoute aussi, lors de la floraison, un temps froid et pluvieux qui fait couler la fleur. Mais voici les dédommagements qu'il offre à ceux qui le cultivent dans les lieux où il se plaît ; c'est M. le docteur Dumont, à qui je vais emprunter l'extrait de son Mémoire. inédit sur les Vignobles du Jura, qui va nous les faire connaître:
« Get excellent cépage se distingue par ses feuilles d'un vert tendre, légèrement velues en dessous, plus longues que larges, divisées en cinq lobes à dentelure aiguë. Les grappes sont grosses , ailées , allongées, pendantes , ainsi que les baies qui sont oblongues. Ce cé-
page vigoureux peut durer plus d'un siècle sans décrépitude, quand il est planté en sol reposant sur un fond argileux. On peut en tirer également d’excellent vin mousseux, du vin de liqueur dit de paille, et de trèsbon vin rouge. Pour parer à la propension de ce dernier à s'aigrir, on mêle sa vendange avec celle du Savagnin , du Trousseau et de V'Enfariné. » Il ajoute : « La taille du Poulsard exige de l'expérience : on doit souvent choisir le second ou troisième bourgeon pour former la courgée nouvelle qui doit être pliée en archet et être pourvue de dix à douze yeux ou boutons, et préférer, pour y asseoir la taille, le bourgeon ou sarment sur lequel les boutons sont les plus ronds et les plus rapprochés. On peut placer de deux à huit courgées par cep, selon son âge, la qualité du sol et la force de sa végétation. »
Partout où un cépage est très-répandu, on doit s’attendre qu'il y en a plusieurs variétés, ce qui serait aussi facile à expliquer pour le Poulsard que pour les variétés de Lyonnaises, dont nous avons indiqué l'origime. Or, il yen a une que les vignerons détruisent tant qu'ils peuvent, nous dit le docteur Guyétant, parce qu'elle produit beaucoup de bois et peu de raisms; c'est probablement celle- ei que j'ai en grand nombre ; car , ainsi qu'il en désigne un trait particulier , ses feuilles sont plus profondément découpées que celles du bon Poulsard (c'est ainsi qu'il l’écrit). Pdrmi les autres variétés, que je possède trop nouvellement pour rien ajouter à ce que disent les quatre auteurs que j'ai consultés, je citerai le
POULSARD NOIR MUSQUÉ: puis une autre avec cette désignation :
POULSARD A FEUILLES BRONZÉES, Je possède
9240 TRAIÎTÉ DES CÉPAGES.
aussi plusieurs souches d'une variété assez cultivée au département du Jura, mais davantage dans le département de l'Ain, où on la connait sous ces noms:
PELOSSARD ROUGE,
MÈCLE :; c’est le
LOMBARDIER du Jura, nom qu'il tire d’une commune à quelques lieues de Besançon. Ce cépage est fertile quand il est taillé convenablement, c’est-à-dire à verge , ou conduit en treille; mais ses raisins mürissent plus tard que ceux des autres variétés. Ils font bien avec les raisins de la Persagne ou Meximieux : et si on veut traiter sa vendange sans la mêler à d'autres, il donne un très-bon vin blanc, selon M. Sirand , auteur d’une notice sur les vignes du Bugey. Il est également bon pour la table.
Il y a aussi une variété à raisins blancs, et même deux, si l'on comprend dans cette famille le
LIGNAN, ainsi qu’on doit le faire selon quelques viticoles. Ce dernier est introduit depuis peu de temps dans le Jura, selon M. Dumont, président du comice agricole d'Arbois ; il y est cultivé en treilles, rarement en plein vignoble. Ses feuilles sont grandes, découpées en cinq lobes, nues sur les deux faces. Les grappes sont belles, à gros grains oblongs, d'un jaune doré à leur maturité, d'une saveur sucrée, agréable, et d’une maturité précoce; mais ce raisin, ajoute-t-il, est trop aqueux pour produire du vin généreux ; j'ajouterai, pour mon compte, qu'il est très-avare de sa production.
On associe souvent au
POULSARD , soit pour le vin blanc mousseux , soit pour la composition du vin rouge, le
TROUSSEAU (Jura).
M. Dauphin, auteur d’un très-bon Mémoire inséré dans les Annales d'Agriculture , lui donne pour synonymes