‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 47 sur 142 · GRAND PICOT · texte numérisé non relu

GRAND PICOT

PLANT MODO ; mais le docteur Guyétant applique ces deux derniers noms au

MALDOUX , plant très-fertile, et, ce qui arrive presque toujours, dont le vin est plat et dur en même temps; tandis que le Trousseau , qui est également assez productif, donne du vin de première qualité : aussi est-il fort répandu dans les meilleurs vignobles du Jura.

Son vin est fort, d’une belle robe et d'une bonne garde : il est meilleur quand sa vendange a été mélée à des raisins plus doux, tels que ceux du Noirien et du Poulsard ; alors ce vin reçoit de la délicatesse de cette alliance, et donne en retour , au vin de ces derniers, la faculté de se conserver longtemps et de se perfectionner en vieillissant. C'est le même effet que produit notre vin de Côt sur notre vin noble (vin provenu des plants fins de Bourgogne). Comme le Trousseau mùrit un peu plus tard que le Noirien et le Poulsard , il a besoin d’être mis en bonne exposition et d'être épampré une quinzaine de jours avant l’époque des vendanges. Il est d’ailleurs peu sensible aux intempéries, même à la gelée du printemps, la plus destructive de toutes. Ses raisins sont de moyenne grosseur, de forme allongée, c’est-à-dire cylindrique , garnis de grains d'un noir affaibli par une fleur ou pruine abondante. Il est facile à distinguer des autres, dit M. Dumont, à ses feuilles larges, épaisses, arrondies et rugueuses, glabres, d’un vert jaunâtre en dessus, légèrement cotonneuses en dessous. Il prend en bon terrain un grand accroissement et réussit bien en treille : c'est dire,

en d’autres termes, qu'il a besoin d’étre bien espacé d’environ quinze décimètres entre les souches. Sa vigueur exige qu’on lui laisse plusieurs courgées, qu’il faut courber rigoureusement, pour ne pas trop élever la tête. Je n'ai pu découvrir par quel caractère Cels l'avait cru identique au Morillon et au Petit Gamet, comme il l'a exprimé dans ses notes, au chapitre Vigne du Théâtre d’ Agriculture ; il ressemble beaucoup plus au Chauché noir du Poitou: au point que M. Demermety, possesseur d'une belle collection de vignes, a cru ces deux cépages identiques. Je crois que c'est une erreur : les grappes du Trousseau sont bien plus abondantes et plus fournies que celles du Chauché, sans parler des autres différences.

ENFARINÉ (Arbois, Salins, Poligny).

Malgré l'indication de ressemblance qu’on pourrait tirer de son nom, ce cépage est fort différent du Meunier , si commun dans notre région centrale, et même du Fariné dû Doubs, au dire de M. le docteur Dumont, dont je vais transcerire textuellement l’article, quoique je cultive ce cépage depuis assez longtemps pour pouvoir le décrire ex professo. s

«On le distingue facilement à l'aspect de ses feuilles plus longues que larges, très-profondément découpées, à dentelure aiguë , un peu velues en dessous et particulièrement sur les nervures; à l'aspect aussi de ses grappes courtes à baies grosses et rondes , d'un noir adouci par une abondante poussière blanche ou farine : c’est de là que lui est venu son nom. Un dernier trait remarquable se trouve dans la dégustation : aucun raisin n’a une saveur plus acerbe, même quand celui de l'Enfariné est parvenu à son extrême maturité. Le vin qu'il produit a de l’âpreté les

premières années, mais il acquiert en vieillissant une belle couleur rubiconde, un bouquet agréable et une saveur plus délicate. L’Enfariné est très-fertile, il réussit dans tous les sols et à toutes les expositions; cependant celle battue par les vents peut lui causer du dommage, à l'approche des vendanges , à cause du poids du raisin et de la fragilité de son pédoncule. Il doit être taillé en courgées de dix à douze nœuds, et ses sarments doivent être soutenus par de forts échalas , parce que leur poids est accru de celui de raisins abondants. »

Il est, selon M. Machard , auteur d’un bon traité de vinification, éminemment tannifère ; et il a recommandé en conséquence son mélange avec la vendange des plants communs dont il soutiendrait le vin.

Malgré ses excellentes qualités, il n’est encore dans les vignobles que dans la proportion de 0,66.

PETIT BACLAN (M. Dauphin), ou

BECLAN (M. Guyétant),

DURAU ou DURET.

J'ai commencé par le Petit, parce qu’il donne de meilleur vin que le

GROS ; je me réduirai même à dire de ce dernier qu'il est, à la vérité, plus productif les années où il donne, mais qu'il est sujet à ne rapporter que de deux années l’une. La vendange du Petit Baclan n'entre pas dans la composition des vins blancs, mais elle fait partie des meilleures cuvées de vin rouge; car voici en quels termes M. Dauphin , auteur fort estimé d’un trop court Mémoire sur les vignes du Jura, s’est exprimé au sujet du Petit Baclan :

« Ses raisins mûrissent bien , donnent un vin très-coloré

et de bonne qualité, qui prend en vieillissant un léger parfum de framboise. Il s'associe bien au Poulsard, mais il lui faut une taille beaucoup plus courte, en petite courgée de six à sept nœuds ou boutons. Il aime une terre forte et argileuse. »

J'ajouterai qu'un auteur jurassien d'un Mémoire plus étendu et plus nouveau sur les vignes du Jura, M. Poillevey, le comprend également au nombre des trois meilleurs plants à vin rouge.

Ce cépage se comporte bien aussi dans mon terrain, et j'ai cherché à le multiplier; ses raisins se soutiennent longtemps contre l'humidité prolongée, quoiqu'ils soient très-serrés, ainsi qu'ils le sont au Jura, selon M. le docteur Guyétant. Nous sommes aussi bien d'accord sur le feuillage, d’un vert très-foncé. J'ai remarqué de plus que le bois, en hiver, était rouge et tavelé de points noirs; les nœuds sont très-renflés. Je ne devrais pas parler de la couleur de ce bois, car j'avais noté, il y a déjà deux ou trois ans, qu'il était rouge-brun , et je viens de faire la même remarque. Or, M. le docteur Guyétant, qui doit bien connaître ce cépage , indique sa couleur comme jaunâtre dans les vignobles de Lons-le-Saulnier. Ce qui est une nouvelle preuve que c'est un caractère auquel il ne faut pas trop s'arrêter.

Je ne reparlerai pas du Petit Gamet, quoiqu'il soit trèscommun dans les vignobles de cette contrée; il a eu son article, lorsqu'il à été question de la tribu des Gamets. Et de même, si je n’ai pas mis en tête des cépages les plus estimés du Jura, le

SAVAGNIN NOIR ou NOIRIN, c’est parce qu'il n’est qu'une variété du Pinot de Bourgogne; le Noirin en dif-

fère cependant par un peu plus de longueur dans la grappe, et des grains un peu oblongs.

CÉPAGES A RAISINS BLANCS

SAVAGNIN VERT ou SAVOIGNIN , ou SAUVAGNUN, ou encore SAUVAGNEUX (je l'ai vu écrit de ces quatre manières ).

NATURE, FEUILLE RONDE (Arbois, Poligny, ete. )

FROMEMTÉ et aussi BONBLANC ( Doubs et Haute- Saône ). ?

GRUN TRAMINER {coteaux du Rhin ).

J'aurais préféré le nom de Naturé pour nom capital, si ce Savagnin n'était pas, parmi ceux qui portent ce nom , le premier dans l’ordre des bonnes qualités qui recommandent cette tribu. Quant au nom de Feuille ronde , il est porté. par d'autres cépages très-différents, notamment par le Gamet blanc et le Mauxac. Le Savagnin vert est très-répandu dans les meilleurs vignobles du Jura, et il concourt puissamment à la composition des vins mousseux de ce pays, qui ne le cèdent à ceux de Champagne qu'en réputation. Il préfère, comme toutes les vignes blanches un peu tardives, une terre argileuse en pente, exposée au midi. Ses grappes sont de moyenne dimension, assez bien garnies de grains oblongs, un peu au-dessous de la grosseur commune, à pellicule résistante, d’une teinte verdâtre , légèrement ambrée du côté exposé au soleil. Les feuilles sont rondes, d'un vert glauque qui lui donne une apparence de vigne sauvage ,

petites et très-peu découpées, toujours cotonneuses en naissant et restant telles en dessous. Le pétiole et le commencement des nervures sont colorés d’un rouge obseur, ainsi que les bourgeons.

Il est fâcheux, pour les pays où l’on vendange de bonne heure, que les raisins de ce cépage ne soient dans toute leur bonté, pour la fabrication du vin, que vers la Toussaint, par ce que ce retard rendra plus difficile son introduction dans ces localités. C'est à cette variété de Savagnin que les vins d’Arboïis, de Château-Chalons, et de l'Etoile doivent leur antique réputation. On méle aussi son vin avec beaucoup d'avantage au vin rouge, qu’il rend spiritueux, et auquel il communique un goût agréable et la propriété de se conserver longtemps. Ce cépage a quelques variétés, dont une, des plus répandues dans le vignoble de Salins, est le

BLANC-BRUN, plus productive, mais aussi plus tardive à amener ses raisins à maturité. On les taille l'un et l’autre en courgées de huit à dix nœuds.

SAVAGNIN JAUNE ou MELON (Arbois, Salins et quelques autres ).-

GAMET BLANC ( Lons-le-Sauluier, l'Étoile et quelques autres du Jura, et même dans quelques vignobles de la Champagne; dans d’autres, et notamment à Épernay, d'où il m'est venu, on le connaît sous le nom de

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