SEMIS DE PEPINS COMME MODE DE REPRODUCTIONS DE LA VIGNE
Il ne viendrait dans l'esprit de personne, si l’on était consulté sur les cépages à planter pour l'établissement d'une vigne, de répondre par le conseil de semer des pepins de raisin. C'est cependant, sinon la seule voie qui nous ait été offerte pour l'amélioration de nos vignobles, au congrès viticole d'Angers, du moins celle qui a été accueillie avec l'approbation d’un plus grand nombre d’auditeurs (‘); elle a même été adoptée depuis par le pro-
(!) I faut expliquer cet accueil favorable par l'intérêt général qu'in-
priétaire d’un riche vignoble dans l'Hérault, M. Cazalis- Allut. I1me paraît donc à propos de la discuter, et, pour le faire plus loyalement , je vais poser la question comme elle a été présentée par l’auteur de l’article, qui a pour titre : De la nécessité d'en appeler aux semis de la vigne.
« A-t-0n interrogé la nature par la voie des semis, et « ne serait-il pas possible d'obtenir par ce moyen des « variétés de raisin plus précoces, plus capables aussi « de résister aux gelées tardives du printemps ? » Je réponds à la première partie, et contre l'avis du questionneur : Oui, on a souvent interrogé la nature de cette manière. Je ne citerai à l'appui que les essais qui ont eu lieu depuis une soixantaine d'années, ceux de Duhamel, de l'abbé Rosier, de Van-Mons, du docteur Morelot, de M. L. Leclere de Laval, de M. Hardy, jardinier en chef du Luxembourg, de M. Lelieur, ancien admimistrateur des jardins impériaux, mais surtout ceux de feu Schams, à sa belle collection de vignes près de Bude, où j'ai vu, en 1839, plus d'un millier de plants de semis , très-bien ordonnés par espèces, et très-bien soignés.
Je dirai sur la seconde partie de la question, et cette fois en me rapprochant autant que je le puis de la solu-
spirait l'auteur de la proposition, l’un des horticulteurs les plus distingués du royaume; intérêt encore accru par le spectacle dont la plupart avaient joui de la culture d’une multitude de plants de semis, traitée avec une intelligence admirable. Dieu me garde de l’idée d’alterer le moins du monde la considération que mérite cette réunion d'hommes éclairés, et d'autant plus que la mienne propre en fait partie, puisque le congrès m'avait fait l'honneur insigne de me nommer son président honoraire; mais cet accueil favorable , d’ailleurs si bien justifié, m'a semblé dangereux en ce qu'il contribuerait à donner cours à une proposition que je regarde comme fausse dans son énoncé , et dangereuse dans ses conséquences.
tion que l'auteur désire : Oui encore; je crois en effet possible d'obtenir par les semis quelques variétés de vigne supérieures à celles qu'il connait déjà; mais j'ai aussi la conviction qu’on se donnera beaucoup de peine pour un résultat incertain et bien éloigné ; car jusqu’à présent la nature n’a répondu qu'avec peu de bienveillance à ce que M. V** appelle les interrogations de l'homme.
Examinons un peu ce que nous avons obtenu depuis un demi-siècle des semis de pepins de raisin :
La vigne aspirante, dont il à été parlé dans plusieurs cours d'agriculture , provenue , disait-on, d’un pepin de raisin Bourdelas, dans le jardin du chevalier de Jansens, à Chaillot, et dont la vigueur de végétation égalait l'excellence du fruit, comment s’est-elle si peu répandue, qu’il soit impossible de la retrouver , même au lieu de sa naissance ?
Parlerai-je du Raisin- Fraise envoyé par M. Legrandais à la Société d'horticulture d'Angers? Cette Société a seulement mentionné la réception de boutures de cette vigne. Il y à bien un raisin Fresia en Italie, mais ce mot ne veut pas dire fraise, qui se dit en italien Fragola.
Passons au triomphe des semeurs de pepins, au merveilleux raisin Van-Mons, dont les grains étaient gros comme des prunes de Reine-Claude, selon Bosc, dans le Cours complet d'agriculture, et qui joignait à la saveur la plus agréable cette précocité extraordinaire, surtout à Louvain, demürir dans la première quinzaine d'août. Malheureusement, M. Van-Mons lui même, auquel on a demandé cette espèce précieuse , a répondu qu'il ne connaissaitrien de pareil.
Il y a bien cependant le raisin monstrueux de Decan-
dolle , que je n’ai jamais eu le désir de me procurer; car j'avais lu, dans un mémoire de M. l'abbé Milano sur les vignes du canton de Biella, ce passage au sujet de ce raisin: « Visitai in alcuni luoghi di Francia il raisin raisin monstrueux de Decandolle, e posso assicurare che queste nostre sarebbero in paragone di quella , monstruosissime. » Voilà pour sa prétendue monstruosité ; et le goût de ce raisin n'est pas plus agréable , ajoute-t-1l, que celui de la Croassera, dont Miller à dit, dans la description qu’il en a donnée : Succo aquoso leviter fœtido. J'ai vu, depuis, ce raisin au Jardin de là Société d'horticulture d'Angers ; il était vert etacerbe au 14 octobre, et il a été abandonné avec beaucoup d’autres d’une maturité tardive, au jardinier, pour en faire de la boisson ou vinasse. Combien d’autres éloges retentissants ne laissent après eux dans la mémoire que le son de la trompette d'Ennius (‘).
Je ne dirai rien des nouveautés annoncées par l’auteur du mémoire et obtenues par lui; car, quoique j'aie été deux années de suite à Angers, la première fois au commencement dé septembre et la seconde à la mi-octobre, il m'a été impossible d'en voir aucune de quelque valeur.
Cependant, comme M. V** est une autorité en horticulture , il m'est impossible de laisser passer une assertion qui sent bien l’hérésie en physiologie végétale : c'est que son petit Muscat hâtif est provenu d’un pepin du gros et fade Frankenthal. Je m'inscris en faux contre cette proposition, parce que ce Muscat, que je cultive depuiscinqans, n’a aucun trait de son prétendu père : ainsi ses feuilles tiennent beaucoup plus du Chasselas que du
{*) At tuba terribili sonitu taratantara dixit.
Frankenthal; et je joins l'autorité d'un savant du premier ordre , le botaniste espagnol D. Simon , à la confiance que j'ai eu le bonheur d'inspirer aux lecteurs de mes ouvrages par une longue pratique de toutes les opérations rurales. Voici le passage de D. Simon : « Dans l'Algaïda, où la vigne sauvage forme des forêts impénétrables, différents cépages parfaitement caractérisés se propagent spontanément : on en rencontre .de chaque espèce des individus très-vieux, d'autres de peu d'années et de tous les âges intermédiaires ; mais aucun ne dément sa caste et n’affecte les formes ni les propriétés qui les distinguent des autres cépages de tribu différente , et tout cela se passe ainsi depuis un temps immémorial. » C'est ainsi, c'est quand elle s'appuie sur des observations aussi Judicieuses, que la science attire à elle les hommes de pratique. Cependant, si je n’aiconnu jusqu'ici aucun succès remarquable de semis, je suis loin de croire qu'on ne puisse en obtenir ; et j'ai si peu d'obstination dans l'opinion que je me suis formée du résultat habituel des semis de vigne, que je m'empresse de publier qu'un horticulteur distingué, M. Reynier, président de la Société d'agriculture et d'horticulture d'Avignon, a obtenu quelques raisins précoces ou Joannens qu'il a crus supérieurs aux anciens , et je me suis empressé de me procurer les deux variétés, du moins, que notre ami commun, le docteur Baumel de Nimes, avait jugées les meilleures ; mais aucune des deux ne m’a paru digne d'être mentionnée dans cet ouvrage, autrement que je le fais ici, et même de figurer plus longtemps dans ma collection après la dégustation que j'en ai faite à deux années différentes. J'ajouterai, comme autre témoignage plus positif de l'absence de toute
Opposition systématique de ma part contre les semis , que Je suis heureux de pouvoir proclamer que je cultive avec affection deux nouveautés de la plus grande distinction, et qui seront traitées comme elles le méritent dans le chapitre des raisins de table. C’est à M. Courtiller, directeur de la collection de vignes de Saumur, et à feu M. Malingré, jardinier dans la banlieue de Paris, que nous devons ce succès si rare dans les sujets de création nouvelle.
Passons maintenant à l'examen de ce qu'ont pensé nos prédécesseurs sur les semis de la vigne.
L'abbé Rozier nous apprend qu'il n'avait obtenu d'un semis de raisins excellents que des raisins détestables. Sinety, auteur d'un ouvrage fort estimé, l’Agriculteur du Midi, expose ainsi son opinion, résultat de l'expérience qu'il en avait faite. « La vigne qui provient de semis est sauvage , son fruit est àpre et ne parvient pas à maturité ; elle est très-longtemps avant de produire, et on ne peut en tirer parti qu'en la greffant. » Le docteur Morelot, auteur d'une statistique œnologique de la Côte-d'Or, et le sieur Fion , jardinier près de Paris, ont dit la même chose en d'autres termes. Duhamel désespérait d'obtenir des raisins de ses semis ; car , à la douzième année, il n'avait pas encore eu ce dédommagement de ses soins. Enfin, D. Simon Clémente, l'auteur du meilleur ouvrage d'ampélographie que je connaisse, exprimait son opinion, sinon textuelle (il a écrit en espagnol), du moins dont voici lé sens exact : « Faudra-t-il suivre le travail insensé d'épuiser la recherche de variétés nouvelles, dont une sur mille peut avoir quelque supériorité sur les anciennes (supériorité jusqu'à présent si douteuse, si contestable , que l’expérimentateur a été souvent le seul à
la reconnaître), tandis que nous négligerions l'étude plus facile et plus rationnelle des productions de la méme famille dont le mérite a été constaté par l'expérience des siècles?» L'auteur lui-même du mémoire sur la Nécessité d'en appeler aux semis de la vigne en est à sa quatorzième année, et sil peut juger quelques-unes de ses productions comme raisins de table, combien lui faudra-t-il encore de temps pour tirer des variétés vinifères du vin d’une qualité appréciable? car Ja saveur ne peut fournir aucun indice de cette qualité ; et à ce sujet il ne me parait pas inutile de rappeler que Pline le Naturaliste, pour lequel je professe une grande vénération à cause de son immense savoir, nous a légué cette observation : Que le vin Gauranum, qui provenait de vignes plantées sur la cime des coteaux ; que le Faustianum , de celles à mi-côte; et même le Falerne, dont les vignes étaient situées en plaine , étaient tous produits par des raisins d'une saveur peu agréable. Eh! ne savons-nous pas nous-même que deux des sortes de vigne qui donnent le meilleur vin du monde, le Garbenet du Médoc et le Granaxa de V'Aragon, produisent des raisins d'un goût très-médiocre. Or donc, dans combien de temps et à quels caractères connaîtrez- vous les raisins propres à faire de bon vin? Ce n’est pas trop de dire vingt-cinq ans: car de combien de cépages cultivés depuis plus d’un millier d'années ignore-t-on encore l'influence sur la qualité du vin ?Quelle habileté ne faudra-t-il pas pour reconnaitre, dans un raisin provenu de semis, les qualités qui placent au premier rang le Carbenet et le Petit- Verdot du Médoc, les Pinots de la Bourgogne, le Côt des coteaux du Cher ou Auxerrois du Lot, le Nebbiolo et le Trebbiano
de l'Italie , le Pedro Ximenes et le Granaxa de l'Espagne, le Furmint et le Kadarkas de la Hongrie, ete. ? Car c’est s'abuser étrangement que de croire, ainsi que l’a fait mon correspondant de la Bourgogne, M. Demermety, grand expérimentateur, qu’on puisse parvenir à une juste appréciation du vin produit par une espèce de raisin quelconque, au moyen d'un appareil distillatoire en miniature, l'alcoomètre de Dunal , sans doute le plus parfait de tous. Cet œnologue zélé, auquel les viticulteurs doivent néanmoins savoir gré de ses travanx, ne sait-il pas que les meilleures eaux - de - vie du monde, celles d'Armagnac et de Cognac, sont le produit de la Picpouille blanche et de la Folle blanche, qui dans aucun pays ne donnent du vin remarquable? Ainsi done ses expériences, avec les moyens qu'il emploie, ne peuvent avoir d'intérêt que pour les vins de chaudière. Et pour l'abondance de la production, espérez-vous rien obtenir qui surpasse celle du Liverdun , des Gamais, des Picpouilles, de l'Aramon, du Tarret- Bourret, des Gouais, etc.? Nous prescrire de re- Courir aux semis de pepins pour l'amélioration de nos vignobles! mais c’est faire remonter l'homme civilisé à l'état de nature, à l’état des premiers ‘enfants d'Adam, qui avaient à faire un choix confirmé chaque année pour nous depuis près'de huit mille ans. |
Un autre argument en faveur des semis , toutefois plus spécieux que fondé en raison, a été avancé par un grand propriétaire de vignes du département de l'Hérault, M. Cazalis-Allut; c’est celui de la nécessité du renouvellement de la vigne, qui, depuis sa longue culture par boutures, s'est abâtardie , selon lui, à dégénéré. Nous ‘ avons discuté cette prétendue dégénération, et nous ren-
52 INTRODUCFION.
voyons aux motifs que nous avons EXPOSÉS. Il est à propos de remarquer qu'il entend par dégénération la diminution de production et en même temps l'accroissement de vigueur de végétation ; car il cite pour exemple les Sultaniehs et les Corinthes. C'est alors le cas de rappeler que du temps même de Columelle plusieurs sortes de vignes tirées de la Grèce, la Maréotique, la Thasie, la Psithie, dont il fallait attendre la demi-dessiccation , la Sophortie, dont les raisins étaient très -agréables au goût, étaient d'un très-faible produit. Eh bien! c'est encore de même de nos jours : les meilleurs Pinots, le Franc, le Rougin et le Blane ou Chardenet ne se propagent guère à cause de ce défaut de fertilité inhérent à leur nature : il en est de même de la Durebaie et du délicieux Muscat rouge de Madère. — Puisque je viens denommer Ja Uva Psithia(*), je ne dois pas passer sous silence la fausse interprétation de ce demi-vers de Virgile et passo Psithia utilior rendu par ces mots: ef le Psithie excellent cuit. J'en demande pardon à M. Nisard , mais Je lui affirme que j'aurais traduit plus exactement de cette manière : et le Psithie d’un bien meilleur usage quand il est à demi desséché. Pour ce qui est de la traduction de l'abbé Delille, c’est une excessive licence poétique de rendre Psithia par ceux-ci.
En résumé de tout ce que nous avons dit, si l'on considère qu'il faut au moins une douzaine d'années pour
(:) Elle avait donné son nom au vin qui provenait de sa vendange et qui était fort estimé , comme on peut le voir par ce passage d'un poëte grec, Eubule : « Après m'avoir servi quelques gouttes seulement d’un charmant Psythien, il remplit ma coupe d'un autre vin qui était comme du vinaigre. »
qu'un cep de semis donne du fruit dans son état normal, qu'il en faut plus du double pour constater sa propriété de donner de bon vin, que tous les hommes les plus compétents dans cette matière sont unanimes dans leur opinion, confirmée d'ailleurs par l'expérience , on en conclura que c'est une fausse voie d'amélioration que celle adoptée par les semeurs de pepins, que c’est une recherche agréable sans doute , même attrayante, mais peu utile et encore moins nécessaire, de poursuivre la découverte de nouvelles variétés, surtout vinifères, et qu'il est plus rationnel de chercher à bien connaître les diverses sortes qui existent en si grand nombre , et dont la plupart peuvent satisfaire aux divers emplois auxquels on les destine : enfin, que le meilleur moyen d'y parvenir , c’est de réunir les espèces ou variétés les plus estimées pour les étudier et en essayer les produits qu’ils donneront à la vinification. C'est ce que j'ai voulu démontrer.
Du reste , le peu de cas que je fais de ce mode de propagation de la vigne n'est pas absolu , il n’est que relatif au but qu'on se propose, à l’âge où l'on commence cette entreprise de longue haleine, et à l'incertitude d'en protiter. Ainsi donc, si le semis de pepins n'est pas à conseiller, parce qu'il est sans importance sous le rapport économique , on n’en doit pas moins savoir gré à ces hommes dévoués à l'amélioration des produits de la viticulture , notamment à Schams, qui avait établi un grand carré de plants de semis de pepins, dès la création de sa belle collection de vignes à une demi-lieue de Bude. J'ai remarqué , entre autres, une rangée entière de plants issus du Kadarkas, et le choix de cette espèce, comme originelle, porte le plus haut témoignage du discernement de cet
ampélonome. Nous possédons un homme d'un aussi grand mérite sous le double rapport du dévouement et de la sagacité ; c'est M. Vibert, horticulteur à Angers, qui a commencé ses expériences depuis une quinzaine d'années, particulièrement dans le but d'obtenir des raisins de table supérieurs à ceux que nous connaissons. Quelque soin que j aie mis à connaître les résultats de sés travaux, je n'ai pu parvenir à constater un seul succès.
Un moyen bien simple d'encourager un zèle si méritoire serait , pour les horticulteurs de profession auxquels ce dédommagement de leurs frais et de leurs soins ne serait pas indifférent, un engagement pris d'avance par toutes les sociétés d'agriculture et d’horüiculture, de payer la modique somme de cinq francs deux crossettes de toute variété dont les fruits seraient jugés supérieurs aux variétés déjà connues par un comité hors lieu, je veux dire hors du département, et, pour les autres expérimentateurs dans une position indépendante, une dénomination du nouveau cépage, qui rappelât et perpétuât le nom de celui auquel on le devrait.
Pour prouver quil n’y a pas d'opposition systématique de ma part dans mon opinion peu favorable sur la propagation de la vigne par semis, je me permettrai d'indiquer un mode d'expérimentation sur lequel une longue vie d'observation peut appeler l'attention. Je crois qu'on aurait la chance la plus sûre d'obtenir quelque gain remarquable en semant les pepins de raisin d’un cep greffé sur une souche d'une excellente espèce, par exemple, des pepins de Chasselas, d'Ulliade noire, de Pance, précoce greffés sur Muscats, ainsi que j'en possède
INTRODUCTION. 5ù
à mes espaliers. Je n’imagine rien de plus eflicace pour le mélange des races que cette réunion de greffes sur une même souche. Ma Panse précoce ou raisin des Dames n’est qu'à un double décimètre d’un raisin précoce de Madère, et ils sont tous deux greffés sur le même membre d’un vieux Muscat blanc dont un autre membre est greffé de deux autres espèces, ce qui n'empêche pas qu’un autre encore produise des raisins propres à la souche. Comment donc, avec la conviction que J'ai acquise de l'influence du sujet sur les productions de la greffe et aussi du mélange des séves, cet espoir d'obtenir quelque variété améliorée par le résultat de la confluence des séves et du mélange des pollen, ne découlerait-elle pas naturellement ? surtout de la part des pepins de la belle Panse jaune, sur les raisins de laquelle les deux circonstances ci-dessus devraient nécessairement exercer une influence complexe.
A l'appui de ce conseil, il ne me parait pas inutile d'exposer un fait singulier résultant de la confluence des séves, et sur l'authenticité duquel je pourrais produire des témoignages incontestables. À quelques pas de mes espaliers existe depuis longtemps un beau rosier, d'autant plus vigoureux que le sujet est venu sur place. Ce sujet est divisé en quatre membres greffés, chacun d'une variété différente : l'un, en noisette Bougainville d'un rouge sang de bœuf; un autre, en noisette Madame- Després, d’un beau rose ; le troisième, en thé Després, d'un rose légèrement soufré; le quatrième est une noïiselte Aimée-Vibert, d'un blanc pur. La plupart des bouquets de rose Bougainville ont des fleurs dont quelques pétales sont blancs, quelques-unes sont d'une
nuance plus claire que celle du type ; enfin, un bouquet de la belle tête du même rosier, du même membre de ce rosier, portant une centaine de roses noisette Bougainville, était complétement pareil à ceux du membre greffé en rosier noisette Madame-Després. Les deux membres les plus récemment greffés n’ont encore éprouvé aucune variation. Je laisse au lecteur le soin de tirer les conséquences probables du semis des grains qui seraient provenus de ces fleurs variées.