‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 6 sur 142 · Y A-T-IL VRAIMENT UN NOMBRE INFINI DE CÉPAGES DIVERS · texte numérisé non relu

Y A-T-IL VRAIMENT UN NOMBRE INFINI DE CÉPAGES DIVERS

La conséquence naturelle de l'opinion de Bose, qui a résumé les idées des savants, soutiens du système de la variation incessante des cépages, est qu'il y en a un nombre infini d'espèces et de variétés, et qu’il s’en crée chaque année de nouvelles; car il énonce positivement cette proposition : « Plus anciennement les plants sont cultivés , plus ils ont voyagé, plus on a donné de soins à leur culture, et plus aussi le nombre des espèces et des variétés a augmenté. » Ce principe aurait quelque fondement, s'il avait parlé de la propagation par semis de pepins; mais il laisse entendre suffisamment qu'il n'est question que du mode habituel par crossettes ou boutures, quand il attribue cette prétendue création à la différence du climat, du sol, même de l'exposition et du mode de culture. D'un autre côté, Cels, homme de connaissances très -étendues et d'un jugement trèssûr, ne croyait pas que le nombre des cépages dépassât

La #8 ‘n°

INTRODUCTION. | 07 deux cents; mais il est évident pour moi qu'il était dans l'erreur. En outre, M. de Jumilhac, auteur d'un mémoire fort bien accueilli de la Société centrale d'agriculture, à soutenu avec quelque apparence de raison, que la synonymie de la vigne n’était pas aussi difficile à faire qu'on le croyait communément. I} fondait son opinion sur ce que, dans chacun des départements viticoles, on ne cultivait guère qu’une trentaine de cépages, et aussi sur la facilité avec laquelle il en avait reconnu vingt-un sur vingt-trois, dont se composait une vigne à cent lieues de Paris. J'ajouterai à ces deux autorités celle de M. de Ramatuelle, du Var, qui s'est livré à cette étude et a publié plusieurs mémoires ; et aussi le sentiment de M. de Villèle, père de l'ancien ministre (Haute-Garonne).

Il est vrai que l'un des plus savants hommes du congrès viticole de Lyon nous a appris, par le mémoire qu'il y à lu et qui a été imprimé, que Chaptal avait reconnu cinq cent cinquante espèces de vignes, et que Bose en avait réuni mille quatre cents au jardin du Luxembourg. On me permettra une courte observation au sujet de ces allégations : J'ai cherché en vain dans quelie période de sa vie Chaptal, mon vénéré professeur à l'École polytechnique, aurait pu s'occuper de cette étude ; puisque, après avoir été longtemps manufacturier, puis professeur, enfin ministre et sénateur, ses courtes incursions à sa terre de Chanteloup, département d'Indre-et-Loire, où il n’y avait que les plants du pays, ne lui suffisaient pas pour devenir habile dans une étude aussi difficile que l’est la connaissance de cinq cent cinquante cépages. La collection du Luxembourg

ne fut établie que sous le ministère de son successeur, M. de Champagny.

Quant aux mille quatre cents espèces de Bose, qui croyait à la variation des espèces’ par le sol, le climat, la culture, il était en contradiction évidente avec luimême, puisque, d'après son opinion, elles auraient dû se confondre toutes, se transformer en celles du pays. Disons donc pour être vrais qu'il avait réuni mille quatre cents ceps sous des noms différents. Je m'en rapporterais plus volontiers à M. Hardy, jardinier en chef du Luxembourg, lequel a su réduire les seize à dix-huit cents noms de cette magnifique collection à moins de la moitié par les doubles, triples et même décuples emplois qu'il est parvenu à y reconnaitre.

Du reste, elle n’est pas nouvelle, cette opinion que le nombre des espèces et variétés cultivées de la vigne était beaucoup moins élevé que l'ont pensé quelques savants : elle avait été soutenue avant Pline, qui l’a contredite, par Démocrite, qui connaissait toutes les vignes de la Grèce, ainsi que nous l'apprend Pline lui-même, qui, s'étant tracé un cadre immense dans son Histoire naturelle, n'avait pu faire, comme Démocrite, une étude spéciale de la vigne, et ne peut inspirer autant de confiance que l'observateur grec (‘). Si je me suis senti

°(1) Cet avantage des plants perfectionnés, ou plus exactement d'une qualité supérieure, me paraît ressortir encore d’une expérience à laquelle j'attachais peu d'importance en la commençant : des plants de vigne, que j'avais fait venir de l'Andalousie, en 1833, étaient réunis par des liens d’osier; cet osier était d’un jaune si franc, que je dis à mon jardinier d’en planter un brin, tout tordu qu'il était, dans un coin de mon potager, et depuis, je n'y avais plus pensé. Durant Phiver de 1840, en me promenant dans ce même

du penchant à partager cette opinion des hommes les mieux en position de bien observer, c'est qu'elle était encourageante au début d'une carrière dont je pouvais apercevoir le terme ; et puis, si cette opinion n'a pas été exactement confirmée par mes propres observations, car je ne nie pas qu'il y en ait sept à huit cents, peutêtre un millier de variétés cultivées sur la surface du globe, du moins je peux affirmer qu’il n'y en a pas la moiué, peut-être pas le tiers, d'un véritable intérêt pour nous.

INDICATION DES DIVERS NOMBRES DE CÉPAGES DÉSIGNÉS DANS PLUSIEURS OUVRAGES.

Comme :l peut y avoir quelque intérêt à trouver ici réunis et rapprochés les nombres des cépages connus ou du moins indiqués en divers temps et en divers lieux, voici ce que j'ai pu recueillir de mes recherches à ce sujet :

Caton ne parle que de huit sortes de raisins dans son ouvrage de Re rustica; Virgile, de quinze. Columelle en énumère cinquante-huit, en joignant à chaque dénomination une courte description, et en ajoutant, à la fin

potager, j’aperçus dans le fossé une botte d’osier vraiment remarquable, et dont chaque maître-brin était chargé de longs filets bien minces, et si souples, que le jardinier s'était amusé à faire des nœuds sur plusieurs. M'étant informé d'où provenait cette curieuse botte d’osier, mon jardinier me dit que c'était du lien de mes plants d’Espagne, que je lui avais recommandé de planter. Comme il est propriétaire dans mon voisinage, j'ai présumé que cette botte d’osier (dont la valeur n'était seulement pas d’un décime) était une petite réserve qu'il s'était faite, et je Jui ai offert de partager ; sur son refus, je l’ai plantée tout entière.

du chapitre, qu'il y en a beaucoup d'autres dont il ne peut fixer le nombre, ni dire les noms avec quelque certitude. Pline, qui a pu s'aider des travaux de son contemporain, puisqu'il le cite plusieurs fois, en admet quatre -vingt-trois. Au moyen âge (xm° siècle), Petrus de Crescentiis, sénateur de Bologne, auteur latin d'un curieux ouvrage sur la vigne, dénomme quarante espèces italiennes, et y joint quelques détails sur chacune d'elles. Vers la fin du xvir siècle, Cupani donna, dans la même langue, la description en quelques mots de quarantehuit espèces de vignes cultivées dans le jardin de Misilmeri, en Sicile. Notre Olivier de Serres avait déjà fait paraître son Théâtre d'Agriculture, dont un chapitre consacré à la vigne nous donne quelques notions sur une quarantaine de cépages, et la plupart ont encore conservé leur nom, malgré ce qu’en dit Cels. Garidel, au commencement du xvur siècle, décrivit brièvement quarante-six espèces provençales. Le voyageur français Chardin porte à soixante le nombre des espèces cultivées aux environs de Tauris. Basil Hall, officier de la marine anglaise, nous apprend, dans le récit de ses voyages, qu'on en compte une einquantaine d'espèces dans l'île de Madère, et un auteur hongrois en désigne quarante-six dans son ouvrage sur le comitat de Zemplin. L'ampélographe espagnol D. Simon, qui à donné de bons modèles de description, a traité de cent vingt espèces cultivées en Andalousie. L’Allemand Kerner nous a donné les figures coloriées de cent quarante-trois espèces, dont les noms sont à demi français ; et quant aux Allemands dont les ouvrages n'ont pas été traduits et n'existent même pas en France, Je citerai seulement le

pasteur Frege, qui en à décrit deux cent cinq; le conseiller Vongok, près de deux cents, et Metzger, à peu près le même nombre. Je ne parle pas du nombre des cépages mentionnés dans les catalogues allemands, hongrois et français, parce que ce sont plutôt des catalogues de noms que de cépages ; par exemple, dans celui de M. Rupprecht, de Vienne, j'ai reconnu le même cépage sous dix ou douze noms différents.

Je crois qu'on aurait tort de prendre à la lettre et même de regarder comme un a-peu-près les nombres d'espèces désignées dans l'ouvrage de Schams, comme l'a fait M. le professeur Moll, dans le rapport qu'il a lu à la Société centrale d'Agriculture, et qui a eu une grande publicité par son insertion dans les annales de cette Société. « Le conseiller Gorog, dit-il d'après Schams, avait à Grinzing, près de Vienne, la collection de vignes la plus complète qui existât alors. Elle était disposée par école, et chaque école était formée des provenances de pays différents. L'école française comprenait à elle seule cinq cent soixante-cinq variétés ou espèces ; l’école autrichienne , six cent trente- deux ; l'école vénitienne, deux cent quarante-Sept; des autres parties de l'Italie et des divers littoraux du golfe Adriatique, deux cent quarante- deux, sans compter celles fournies par Tripoli, la Judée, la Syrie, ete. » Si l'on considère que les nombreuses espèces ou variétés cultivées en Espagne et en Portugal n'y sont pas comprises, et que Schams, dans un autre volume, dit en avoir reçu deux cent quarante seulement de trois comitats de la Hongrie sur les soixante qui la composent, on en conclura que le nombre total serait énorme. Je ferai seulement

remarquer qu'un auteur hongrois, Szirmai de Szirma, qui à écrit en latin et qui m'a paru connaître beaucoup mieux la Hongrie que l'Allemand Schams, n'en compte que soixante espèces pour tout ce royaume. Du reste, le pauvre Schams, qui est mort dans la cinquième année de la fondation de son établissement viticole près de Bude, n’a pas eu le temps de reconnaitre l'identité de la plupart des cépages des divers comitats.

En outre des systèmes que je viens de combattre , il en est encore un que je ne peux passer sous silence, parce que son effet probable serait de jeter l'alarme dans l'esprit des cultivateurs de vigne, et surtout de dégoûter ceux d'entre eux qui seraient tentés d'essayer des cépages à fruits un peu tardifs. Il me parait d'autant plus opportun d'en faire justice, qu'une de ses conséquences serait d’affaiblir l'importance de notre travail.

QUESTION DU REFROIDISSEMENT PROGRESSIF DE LA TEMPÉRA- TURE A LA SURFACE DE LA TERRE.

Si, d'après la plupart de nos savants ; si, d'après l'opinion la plus répandue depuis qu’elle leur a été imposée par celui d’entre eux qui pouvait lui donner le plus de retentissement, M. Arago, sur l'abaissement progressif de la température; si, sur la foi aux prédictions sinistres d'un professeur d'agriculture de Bordeaux, qui l'a adoptée et en à poussé la conséquence à

l'extrême, on éprouvait la crainte, on devait même, selon ce dernier, avoir la certitude d’être forcé de renoncer à la culture de la vigne dans un avenir plus ou moins éloigné, il serait prudent de ne pas propager les cépages à fruits un peu tardifs ; car ce sera sûrement par ceux-ci que commencera l'extinction de la eulture de la vigne, culture dont les anciennes limites ont été déjà bien circonscrites, et selon eux par cette puissante cause du refroidissement de la température du globe. — Et à ce sujet on vous ressasse quelques exemples d'une plus grande extension de cette culture, que le savant abbé Grégoire avait déjà réunis, mais dont il s'était bien gardé de tirer la même conséquence. Comme c'est à armes courtoises que j'entre en lice avec les champions de cette cause, je veux leur fournir un nouvel exemple d'une diminution incontestable de la culture de la vigne. Je l’'emprunte à l'auteur allemand J.-C. Leuchs : il affirme qu'on cultivait autrefois en Allemagne beaucoup plus de vignes qu'au temps actuel ; non, dit-il, que le climat fût plus chaud, mais parce que tout le monde aimait à se griser, et qu'on ne connaissait pas encore l'eau-de-vie. L'ardeur générale à planter la vigne fut encore excitée par l'empereur Frédéric IV, qui favorisa le débit du vin en défendant l'usage de la bière, ainsi qu’il l'avait promis et comme il a soin de le rappeler dans son ordonnance.

Cette question me paraît donc tout à fait dans l'ordre des matières que Je traite, d'autant plus que rien ne serait plus décourageant que la solution qu'en a donnée M. Arago, soit dans l'Annuaire du Bureau des Longitudes, soit à la tribune, pour motiver son opposition à

la libre disposition par les propriétaires des parties de leur domaine plantées en bois. Cette opinion du refroidissement de la température par le déboisement et les . défrichements émanait d'une si haute autorité dans les sciences, qu'elle a eu sans doute beaucoup de partisans, d'autant plus, comme on vient de le voir, qu'elle n'a manqué d'aucun moyen de publicité ; tandis que sa réfutation, confinée dans un bulletin de société d'agriculture de province, n’a été connue que d'un petit nombre de scrutateurs de la vérité, qui ne se laissent point imposer une opinion par de grands noms, mais qui s'en vont creusant les questions par le témoignage des faits, appréciant ces faits ce quils valent, et jugeant sainement des conséquences qu'on en peut tirer. Tel ma paru le savant aussi modeste, aussi modéré dans la discussion que remarquable par sa sagacité et l'étendue de son savoir, M. Dispan, professeur de physique à Toulouse. Je vais choisir quelques-uns de ses arguments, citer quelques autorités respectables dont il les a étayés, et j'y en ajouterai d'autres qu'il a oubliés. — Le fait de la culture de la vigne en Angleterre est contesté même par les auteurs anglais, notamment le docteur Barington, qui a reconnu qu'on donnait alors le nom de vigne à de simples vergers, et que, s'ilest vrai qu'il y ait eu des vignes à Ély, ville épiscopale d'Angleterre, à cinq lieues de Cambridge (latitude de 52 degrés 20 minutes), les raisins y mürissaient si rarement, qu’on a jugé convenable de les arracher aussitôt après la réunion de la Guyenne à l'Angleterre. Effectivement, il résulte d'un extrait des archives d'Ély, communiqué par le doyen de cette église, qu'il y avait des années où l’on

n'y faisait pas de vin, et où l’on vendait alors la vendange en verjus. L’argument tiré de l'expression d’un historien qui rapporte qu’en 1552 les huguenots se retirèrent près de Mâcon, où ils burent le vin Muscat du pays, et qu'il n’y existe plus de vignes de ce plant, me parait peu digne de discussion. L’historien a-t-il bien entendu parler d'un vin Muscat de la même nature que celui de Provence ? Ce mot ne voulait-il pas dire, en cette circonstance, le meilleur vin blanc du pays? Faire de cette expression un argument, n’est-ce pas jouer sur les mots? et d'autant plus qu'aucune charte d'abbaye, aucun document ancien ne fait mention de vin Muscat en Bourgogne. — Quant aux réputations perdues, elles sont plus communes en Italie qu'en France: rien d’ailleurs de plus facile à expliquer : substitution de plants féconds à ceux qui donnent des récoltes moindres, mais de meilleure qualité; taille longue et fumure de la vigne: voilà ce qui a perdu le Falerne et le Massique, comme l’a reconnu Pline, les vins de Surène et d'Argenteuil; comme la dit Chaptal, et comme le pensaient bien d’autres avant lui.

Passons aux effets du déboisement et des défrichements : l’auteur d’une histoire de l’État de Vermont attribue l’adoucissement de la température de cet État au déboisement et aux défrichements qui ont suivi nécessairement la progression de la population ; cependant il pense que le déboisement a dû produire aussi une plus grande chaleur. Les raisons qu'il en donne sont satisfaisantes : du moins elles avaient paru telles à Volney, qui l’a cité plusieurs fois. Le duc de Liancourt, dans son Voyage aux États-Unis, pense de même au Canada.

«L'on observe, dit-il, dans ce pays , que les chaleurs de l'été deviennent plus fortes et plus longues, et que les froids de l'hiver sont plus modérés. » Bosc, qui a passé plusieurs années dans l'Amérique septentrionale, est aussi du même sentiment. « Les observations faites dans ces derniers temps, dit-il, prouvent queles défrichements des bois, en diminuant la masse des eaux, ont augmenté k chaleur du pays (‘). »

J'ajouterai, pour notre continent, qu'au commencement du premier siècle de notre ère, on ne trouvait la vigne, d’après Strabon, que sur les côtes méridionales de la Gaule, et qu'au nord des Cévennes les raisins ne

parvenaient pas à maturité. « Bientôt, observe l'abbé Grégoire, les défrichements ayant rendu le pays moins humide, la vigne s’avança vers le nord. » Il est donc bien probable qu’elle passa alors ses limites naturelles , et que peu à peu elle y est rentrée. Qui pourrait croire

(1) Je dois convenir cependant que ces faits n'ont pas été interprétés de la même manière par tout le monde; qu'un autre professeur, M. T....., a attribué les variations de température, son adoucissement au boisement, ses rigueurs aux déboisements des pays où ce changement d'état a eu lieu, et même, d'après lui, que ces effets ont été produits avec une rapidité dont personne ne se serait jamais douté : ainsi, toujours selon lui, le mistral n'aurait commencé à souffler en Provence que lors du siége de Marseille par les Romains (an 50 avant J.- C.), parce que les bois des collines voisines avaient été abattus pour le service des assiégeants. Quelques siècles après , les croisés ayant rapporté le Pin d’Alep, la Provence devint un paradis durant les quatre siècles qui précédèrent l'an 1659, où le déboisement causé par les constructions navales de Louis XIV ramena les excès de température. Cependant l’année où le port de Marseille présenta pendant l'hiver l'aspect du port de la Newa, se trouve en plein cours de cette époque, qu'il appelle normale. Aussi, je suis loin de partager l'opinion du professeur cité dans la note ci-dessus, et de reconnaître à l’homme la puissance de ramener une température plus humide par des planta-

qu'au temps de Tacite la vigne eût pu subsister sous le rigoureux climat de la Germanie, de la Germanie dont la terre est hideuse, dit-il, le ciel âpre, l'aspect et le séjour insupportables. Le renne et l'élan, qui du temps de César étaient communs dans la forêt Hercinienne , ne s'y retrouvent plus depuis bien des siècles ; or, on sait que le premier de ces animaux ne peut subsister que dans les régions les plus froides.

Quant à l'époque des vandanges, qui avait lieu plus tôt dans le Vivarais au xvr° siècle qu’au temps actuel, cette époque est avancée depuis le même temps dans l'Hérault, selon encore M. Dispan.

Non-seulement cette question, considérée sous la dépendance de ces deux circonstances, le déboisement et les défrichements, ainsi que l'a fait M. Arago, auquel M. Dispan n'a répondu que sous ce point de vue, a amené une solution contraire à celle de M. Arago ; mais, même

tions. Voici les autorités sur lesquelles je fonde ce refus de concession : « Quelques personnes ont dit que les nombreuses plantations effectuées par Méhémet-Ali avaient déjà influé sur le climat de l'Égypte, en augmentant la fréquence et la durée des pluies annuelles. Cette opinion ne paraît pas avoir de fondement sérieux, car, en comparant les tables météorologiques dressées pendant les ‘trois années de l'expédition française avec celles des cinq dernières années , on voit qu’il n’y à pas eu à cet égard de variations sensibles , et même que cette différence est contraire à cette opinion. En effet | le nombre des jours de pluie de la première période a été en moyenne de quinze à seize, et pendant les cinq dernières années de 1835 à 1840, ila été de douze à treize. » Ce paragraphe est extrait de l’ouvrage sur l'Égypte du docteur Clot-Bey, qui a passé quinze à seize ans consécutifs dans ce pays.

M. Jomard , qui à traité la même question dans un mémoire adressé à l’Académie. conclut également qu’il pleut aujourd’hui dans la même mesure que depuis plusieurs siècles, et que les plantations faites en Égypte sont jusqu'ici sans influence sur la quantité annuelle de la pluie.

prise sous le point de vue absolu, le refroidissement progressif de la température du globe, elle semble facile à résoudre contradictoirement aussi à son opinion, par une foule de faits historiques. Je vais en réunir quelques-uns des plus saillants. Les anciens narrateurs des campagnes d'Annibal, Tite- Live, Polybe..….. nous parlent des hivers rigoureux de l'Italie. Horace se plaint amèrement de ce que tous les hivers les rues de Rome sont encombrées de glaces et de neiges; de son temps le mont Soracte était souvent couvert de neige, et aucun habitant de Rome moderne ne l’a vu dans cet état. Pline se désole de ne pouvoir cultiver les oliviers dans une terre qu'il possédait en Toscane , et cela à cause de la rigueur du froid. Il nous apprend aussi que les citronniers apportés de la Palestine par Titus ne pouvaient se conserver que dans des caisses, que l’on descendait à la cave pendant l'hiver, et Palladius fixe l’époque où ils commencèrent à être cultivés en pleine terre vers les premières années du v° siècle. En 822, le Rhône, le Pô, l’Adriatique et plusieurs ports de la Méditerranée gelèrent. Sept ans après, lorsque le patriarche d'Antioche Denys de Talmabr alla avec le calife Mammoun en Egypte, ils trouvèrent le Nil gelé (Sylvestre de Sacy). En 1234, des voitures traversèrent l’Adriatique en face de Venise sur la glace. Le prince Puckler dit avoir lu dans le manuscrit d’un jésuite allemand sur l’histoire de l'île de Naxos, qu’un hiver sans pareil en l'année 763 parut annoncer la fin du monde : depuis le commencement d'octobre la mer Noire fut gelée jusqu'à trente lieues du rivage; cet hiver fut suivi d’une chaleur si brûlante et d’une sécheresse si prolongée que toutes les sources tarirent. En 1534tous les

fleuves de l'Italie gelèrent, et en 1507 le port de Marseille gela aussi dans toute son étendue. On ne voit rien de pareil dans les siècles derniers, et la conséquence évidente,

c'est que la température actuelle n’a plus les rigueurs de celle d'autrefois.

Il s'ensuit donc que les faits historiques , quoique non complétement d'accord avec les démonstrations rigoureuses, dit-on, du savant Fourier (‘), ni même avec les mductions d’une identité parfaite de température du temps actuel avec celle des anciens temps, inductions qu'on doit tirer des tables astronomiques d'Hipparque (?), fils aîné de Pisistrate, dont l'exactitude a été universellement reconnue, suffisent pour saper à fond les assertions de M. Arago; puisque d’une part ces faits démontrent l'adoucissement de la température, et de l’autre part, que les calculs de ces savants du premier ordre prouvent du moins qu'il n'y à pas eu de refroidissement. Je viens

(!) Mon professeur de mathématiques à l'École polytechnique, très - différent de Fourier l’ideologue -socialiste. Ses calculs aboutissent à prouver que le refroidissement du globe, après une période de un million deux cent quatre - vingt mille ans, ne sera pas plus sensible que ne le serait en une seconde le refroidissement d’un globe d’un pied de diamètre, formé de matières pareilles et placé dans les mêmes circonstances.

(2) D’après ces tables, la révolution de la terre autour du soleil, c'est-à-dire la longueur de l’année, ne diffèrerait actuellement de ce qu'elle était de son temps (il y a deux mille ans) que de !/:50 de seconde décimale (de mille à l’heure). Or cette quantité est réellement inappréciable. Cependant, si notre globe se fût refroidi, sa révolution devrait être plus rapide, c’est-à-dire l’année plus courte. On peut donc affirmer, dit Humbolt dans son Cosmos, page 199, que la température moyenne du globe terrestre n’a pu varier que de {/170 de degré depuis deux mille ans. Notez qu’il ne parle pas de la température superficielle du globe, sur laquelle les asséchements, les déboisements, les défrichements ont eu une influence incontestable.

d'apprendre cependant que ce n'est pas l'avis d'un membre de l'académie de Dijon, M. Fuster, qui a présenté un tableau de la température des Gaules pendant mille neuf cents ans, d'où il résulterait que cette température a suivi une rotation qu'on pourrait comparer au cours du soleil dans une belle journée de printemps, où l'on voit quelquefois de la gelée le matin , une assez forte chaleur vers le milieu de la journée, enfin un peu de rafraichissement le soir. La période médiale, le summum de la température en France aurait eu lieu, selon M. Fuster, du x au xu° siècle; on y cultivait alors des palmiers dont les fruits étaient aussi bons que ceux de l'Egypte, des cannes à sucre comme dans les Indes; c’est-à-dire, pour beaucoup d'hommes sensés , qu’on avait essayé la culture des uns et des autres ; mais de la manière dont l’auteur présente les choses, un homme d'esprit, comme il y en a dans toutes les académies, pourrait édifier un nouveau système qui ne manquerait pas de partisans. Quelque facile qu'il me semble d'en saper la base en réduisant les faits à leur juste valeur, J y renonce, parce que cette digression deviendrait trop longue. J'aime mieux terminer cette trop longue discussion par un fait positif, incontestable , prouvé par plusieurs savants russes : c’est que le climat de leur pays avait perdu, depuis que la culture s'était étendue , sa rigueur primitive, de même que cela était arrivé dans la Gaule et dans la Germanie. Je dois cependant faire remarquer que je ne lève pas un drapeau hostile à cette opinion dominante parmi les géologues : qu'à une intervalle incommensurable du moment où nous vivons, la température du globe ait été plus élevée que ne l’est aujourd'hui peut-être celle d'aucun

lieu de la terre ; mais seulement je me crois en droit de penser , à la suite de tous les faits que je viens de citer, que depuis que le genre humain est sur la terre, la température a pris une fixité dont aucun savant n'a encore prouvé l’altération en décroissance ; et même je crois avoir prouvé que, s'il y a eu une légère altération, elle a été favorable, l’adoucissement de cette température étant un fait incontestable. Sans doute le monde n'est pas garanti de futurs cataclysmes; mais si l'on considère la nouveauté du genre humain sur le globe, telle que son apparition date à peine de dix mille ans, ne pouvonsnous pas espérer sa permanence dans les mêmes conditions pendant un espace de temps décuple? et même qui peut affirmer qu'un premier cataclysme ne nous rende pas quelques plantes équatoriales dont on a trouvé des analogues dans les mines de houille de l'Angleterre, de la Belgique et de la Haute-Loire ?— Du reste on na jamais trouvé d’empreinte de vigne dans aucun des dépôts houillers, ni dans les terrains secondaires , ni même dans les dépôts de la troisième période géologique ; il est donc probable que ce précieux végétal est à peu près contemporain des premiers hommes et quil subsistera pour l'usage de la race humaine tant qu'elle-même existera sur cette terre.

Les propriétaires du Médoc, préoccupés des sinistres prédictions de leur compatriote, M. P. L‘**, peuvent donc se rassurer, et même le prince de Metternich être exempt d'inquiétude sur la destinée future de son célèbre clos de Johannis-Berg.

Mais de cet adoucissement de température, qu'on ne peut guère contester, je me garderai bien de conclure,

comme l'a fait le savant professeur de Bordeaux, dominé par le besoin d'attribuer un effet désastreux à la destruction des forêts, que ce rapprochement des deux extrêmes de la température, qu'il semble reconnaître par une transition contradictoire au principe qu'il avait adopté, soit la cause du dépérissement, de l'état de langueur, et même de la disparition totale de quelques végétaux autrefois cultivés chez des peuples au bien-être desquels ils contribuaient. Car il s'ensuivrait, par exemple, que la disparition complète du sol de l'Espagne d'un grand nombre de plantes cultivées, et même d’une culture vulgaire du temps des Arabes-Espagnols, ainsi que cela nous est démontré dans plusieurs de leurs ouvrages (‘), ne serait pas due à l'expulsion des Maures, nation la plus avancée de son temps dans la civilisation (?); mais seulement à la destruction des forêts dans un pays où il n'y en avait probablement plus guère depuis la conquête ro-

(!) Notamment dans le bel ouvrage sur l’agriculture d’Ebn-el - Avam, qui traite de la culture de celles qui suivent et qui n’existent plus en Espagne en état de culture : le sésame, le pistachier, le bananier, le cotonnier, le chou marin (crambe maritima), le mahaleb, le sébestenier, l’al-hena (lawsonia inermis), le curcas (arum colocasia), le chuk-el-duhaïm (plante de la famille des chardons, dont la graine était recherchée des chrétiens pour les jours maigres, dont la tête était un légume agréable, dont la tige fournissait un bon fourrage aux chameaux, et qui me paraît être l’artichaut).

(2?) Une centaine d'années après leur expulsion du royaume de Valence, D. Pèdre faisait venir des Maures, les fils du maître Ali, pour construire ses engins (machines de guerre) pour le siége d’Orihuela. En même temps, l’armée du roi d'Aragon, s’avançant au secours de cette place sur une ligne très-étendue, tua dix mille perdrix et une quantité tellement innombrable de lièvres qu’on en remplit cent charrettes. Le royaume de Valence, si peuple et si riche sous la domination des Maures, avait donc bien changé d'aspect! (CARBONNEL, Mémoires de Pierre IV, roi d'Aragon.)

maine, et bien moins encore, avec plus de certitude, depuis l'invasion des Maures, le sol qu'ils occupaient ayant été nécessairement nettoyé pour l'entretien d'une population dont l'accroissement fut aussi rapide que prodigieux.

D'après toutes ces considérations, nous n'admettons pas plus le refroidissement progressif de la température du globe à sa surface que l'abâtardissement, et moins encore la transformation des espèces ou leur création nouvelle par l'effet du changement du climat ou de l'ancienneté de leur culture.

Dès lors, on regrettera sans doute avec moi que Pline, dont le chapitre sur la vigne a de l'importance par son étendue et la manière même dont il a traité ce sujet, ne nous ait pas laissé une description au moins sommaire des cépages les plus estimés de son temps, des Biturica, des Aminées, des Eugéniens, et particulièrement de ceux qui formaient la source des vins d'une haute célébrité, tel par exemple que celui qu'ils nommaient Saprias (*). Ne serait-il pas, en effet, du plus grand intérêt de retrouver les sortes de vignes qui produisaient ce vin qui répandait , au débouché de la bouteille, une odeur délicieuse de violettte, de rose et de jacinthe, et qui était le vrai nectar des dieux, selon Bacchus lui-même, au rapport du moins d'Hermippus (*), de Smyrne, son in-

(‘) Ce vin Saprias était un vin rouge de Pramnium dans l'ile d’Icare, qui ne développait son délicieux arôme que lorsqu'il était très-vieux, et dépouillé de sa couleur, très-foncée dans son premier âge, ainsi qu'il arrive au Rancio de Peralta en Navarre et à celui des Pyrénées françaises ; car Saprias est synonyme de Rancio.

(2) Historien estimé pour sa véracité et l'exactitude de ses recher-

terprète, ainsi que cela nous à été transmis par l'auteur gréco- égyptien Athénée, qui nous a cité quelques passages de cet auteur dans son Banquet des Sophistes?

Ne serait-il pas curieux aussi de connaître les plants de vigne dont le vin passait pour avoir une vertu particulière, tel que le Cocolubes, qui en produisait, dit encore Pline, de salutaire aux personnes sujettes à la gravelle, de même que de nos jours l'Olwer, qui jouit d’une pareille réputation parmi les habitants de l'Alsace. Sur quel fondement l’'ampélographe Sachs a-t-1il appuyé son opinion, que le Cocolubes était notre Picardam? C'est une question que je n’ai pu résoudre. Un autre de ses compatriotes, M. Vongok , a bien découvert que les Aminées de Pline étaient nos Chasselas! .… D’autres penseront avec moi que ces Aminées étaient nos Pinots de Bourgogne, surtout en rapprochant de l'observation de Pline celle de Columelle: qu'il y en avait une espèce cotonneuse, et ce serait alors le Meunier, qui donnait d'assez bon vin, dit-il, mais moins bon que celui de la première ; car cette première, de même que le Pinot de Bourgogne, passait bien la fleur, mais ne portait que de petites grappes.

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