‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 55 sur 142 · CÉPAGES DE LA SUISSE · texte numérisé non relu

CÉPAGES DE LA SUISSE

Avant de nous éloigner du Rhin, nous entrerons en Suisse. Quoique ses vignobles n’aient pas une grande réputation, elle en renferme cependant quelques -uns d'assez remarquables pour leur en mériter une, au moins locale , c'est-à-dire dans les limites dela Confédération , sans affirmer que quelques-uns de ses meilleurs vins ne méritent pas que leur réputation s’étende plus loin. Sans doute le

SALVAGNIN NOIR a le droit de passer le premier, puisqu'il fait le fond des vignobles de Faverge et de Cortaillod , les plus distingués de la Suisse pour les vins rouges ; mais Je le crois le même que le Savagnin noir du Jura, qui est bien évidemment un membre de la tribu des Pinots, et dont il a été parlé dans le chapitre qui les concerne. C'est aussi l'opinion de M. Lullin de Genève, qui dit, de ce raisin, que la grappe est courte, les grains petits et très- serrés.

ILest un autre plant introduit depuis environ-un démisiècle aux environs du lac de Genève , d’où il s’est propagé dans le canton de Vaud et.en d’autres lieux ; c’est le

PLANT DE LA DOLE (vignobles de Genève).

PETITE BOURGOGNE (canton de Vaud ).

Ce cépage , qui est préféré à tout autre pour le vin rouge dans cette partie de la Suisse, est un exemple de l'avantage qu'il y a d'essayer les espèces étrangères. L'introduction de celle-ci en Suisse est due, selon M. Lullin, à la trouvaille qui fut faite au commencement de ce siècle par un paysan, de deux paquets de crossettes tombés de la voiture d'un voyageur sur la grande route de Nyon à Rolle ; et son nom , de ce qu'ils furent plantés dans un champ de ce nom de la Dole, près Beaulieu. Je supprime ici les solides raisons que j'ai déjà données pour démontrer que ce plant n’est point originaire de la Gironde , comme l’a supposé M. Lullin sans aucun fondement, mais bien des vignobles du Lyonnais. Quoi qu'il en soit de son origine , ce plant réunit assez d'avantages pour expliquer sa rapide propagation ; et moi-même , en l’année 1847, malgré mon âge avancé, j'en ai encore planté une cinquantaine de crossettes. Il est tardif à la pousse , et ses raisins sont des plus hâtifs à la maturité; il est fertile, et son fruit se soutient bien contre l'humidité prolongée; les grains sont légèrement oblongs et d’un bleu foncé approchant du noir. Comme il müûrit en même temps que les Pinots de Bourgogne, je pense que leur vendange s’allierait bien ensemble, de même qu'avec celle du Salvagnin dont nous venons de parler. Il a, comme eux, besoin d'être soigné en raison de la faiblesse de sa végétation ; 1l redouterait un voisin vorace.

Je dirai peu de chose du plant le plus eultivé en Suisse, du

SAVOYANT ou GROS ROUGE,

CHÉTUAN (Ain), parce que, s’il est très-productif, le vin qu'il donne en abondance a toujours de la verdeur

268 TRAIÎTÉ DES CÉPAGES.

et une âpreté désagréable ; cependant il supporte bien le mélange de l'eau , et, dans cet état, paraît plus rafraichissant aux hommes de peine, qui le préfèrent même à d'autre vin plus délicat. Ses feuilles sont d’un beau vert en dessus, très-cotonneuses en dessous, assez découpées ; son bois est fort. Je dois ces renseignements à un mémoire de M. Lullin, de Genève, et à mes propres observations.

Les cépages à vin blanc les plus estimés dans la Suisse sont les Fendants. J'ai trouvé il y a longtemps, etle temps n'a rien changé à ma manière de voir, de tels rapprochements entre les Fendants et les Chasselas , que j'avais cru devoir les réunir dans une même famille: mais un ampélographe du Rhin , M. Stoltz, a contesté et même nié positivement cette affiliation , cet apparentage, quoiqu'il ne soit entré dans aucune explication à l'appui de sa négation. J'étais décidé à déférer à l'opinion de cet estimable ampélographe, quand un de mes correspondants, M. Aug. Roche, m'a écrit qu'il allait en Suisse, et qu’à son retour il me donnerait sur ce sujet tous les renseignements désirables. Or, cet observateur plein de sagacité, qui cultive depuis très-longtemps des Fendants tirés du canton de Vaud , m'a affirmé, dans sa dernière lettre du 30 septembre 1852 , qu'il était pleinement de mon avis, et il a appuyé son affirmation par l’énumération de beaucoup de caractères similaires entre les uns et les autres, tout à fait comme j'aurais pu le faire moi-même. Je maintiens done mon ancien sentiment.

Page 1