‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 7 sur 142 · EXAMEN DES DIVERS SYSTÈMES · texte numérisé non relu

EXAMEN DES DIVERS SYSTÈMES

Comme j'ai été devancé par beaucoup d'auteurs am-

ches; il vivait au temps de Plolémée-Evergèle, roi d'Égypte. Il est auteur d’une Biographie des hommes célèbres par leur science.

INTRODUCTION. 15 pélographes, à la vérité tous de pays étrangers, on attendra sûrement de moi plus que je ne pourrai donner, un système de classification au moyen duquel on puisse reconnaître facilement l'espèce de vigne qu'on a sous les yeux. Ce n'est pas l'envie de mieux faire que mes prédécesseurs qui m'a manqué; mais, quand j'ai voulu m'occuper de l’ordre que j'adopterais pour le classement des cépages, Je ne suis parvenu, malgré la connaissance que J'avais acquise de la plupart des systèmes nouveaux, qu'à me convaincre davantage des difficultés que présentait le choix de l'un d'eux ou l'invention d’un autre. Je n’ai pu me décider à suivre la voie qui m'était tracée par D. Simon, sa division en deux grandes classes, les cépages à feuilles cotonneuses et ceux à feuilles nues ou dépourvues de coton , parce qu'elle scindait les familles les mieux liées ; elle séparait son Ximenes-Zumbon des Ximenesia ; elle enlevait le plant Meunier aux Pinots ; de lanombreuse famille des Muscats elle retranchait celui à feuilles cotonneuses, bien connu des Romains, et encore cultivé dans quelques-uns de nos meilleurs vignobles du Midi, d'où je l'ai tiré.

D. Simon nous parle d'un cépage du nom de Rebazo, dont divers sujets provenant d’une même souche offrent, les uns des feuilles cotonneuses en dessous, d'autres simplement velues : exemple, dit-il, qui prouve l'inutilité et l'arbitraire de nos classifications. Je pourrais citer bien d’autres exemples qui feraient perdre du mérite apparent de la simplicité de cette division, surtout quand J'aurai ajouté qu'il y a une dégradation dans ce caractère qui laisse souvent dans le daute si le sujet auquel il appartient fait partie de la première ou de la seconde sec-

tion : l'Ugni noir est dans ce cas. Quelques espèces, par exemple, ont leurs jeunes feuilles cotonneuses, et quelque temps après, dans le complet développement , le duvet a disparu; d’autres ont les nervures velues, et les poils dont elles sont couvertes sont si épais, qu'ils vous laissent dans l’indécision si lon doit ranger ces feuilles parmi les cotonneuses.

Cette objection est encore bien plus forte à l'égard du système de M. Vongok, qui s’est sans doute flatté d’avoir perfectionné celui de D. Simon, quoiqu'à mes yeux il y ait plutôt rétrogression que perfectionnement. Au lieu de deux grandes divisions de toutes les sortes de vignes, il en à fait quatre, d'après la plus ou moins grande quantité ou l'absence totale des poils et du coton sur les faces des feuilles. Par une conséquence de ce système, les Chasselas se trouvent les frères des Pinots, les Teinturiers le sont également des Corinthes, avec lesquels ils n'ont certes aucune apparence d’analogie ; et si J'ajoute que l'auteur place le Müller-Reben, qui est notre Meunier , dans la classe des cépages à feuilles peu cotonneuses, on trouvera que j'en ai dit assez pour détruire toute confiance dans ce système.

S'il était indispensable d’en adopterun , peut-être préfèrerais- je celui du conseiller Burger, qu’il a composé de deux autres, de celui de Metzger et de celui du professeur Von-Vest ; ainsi, en exposant chacun de ces derniers > nous connaitrons le système du conseiller.

Metzger partage, ainsi que l'avait fait le pasteur Frege, tous les raisins en deux classes, la première de ceux à

grains ronds , la seconde des raisins à grains oblongs.

‘hacune de ces deux classes a trois divisions : la pre-

mière est celle des raisins à très -gros grains; la seconde, de ceux à grains moyens ; la troisième , de ceux à petits grains. Viennentencore des subdivisions basées sur la forme et la grosseur des grappes, la grandeur et la forme des feuilles. On voit qu'il ne fait point acception du caractère si remarquable de la couleur, lequel n’a point été négligé par Burger. Une observation que quelques mots de l'ouvrage de ce dernier m’ont rappelée, et que je n'ai faite que sur un seul cépage, le Maccabeo, c'est que la même grappe nous présente souvent des grains ronds et des grains oblongs ; dans ce cas particulier, ce sont les petits grains qui sont ronds et même aplatis, et les gros oblongs. Si cette observation avait été faite sur plusieurs sortes de raisins , elle affaiblirait beaucoup le système fondé sur les diverses formes , qui me parait cependant le moins défectueux. Je dirai même que Je partage tout à fait le sentiment de D. Simon, qui range ce caractère parmi ceux suffisamment inaltérables pour être regardés comme spé- Caux.

Mais un autre inconvénient du système de Metzger qu'on ne peut contester, c'est qu'il place dans des divisions différentes plusieurs sortes de raisins qui ont une dénomination commune, et qui ont la plus grande analogie entre eux : par exemple, la Malvoisie d'Italie à gros grains, celle de la Gironde et de Lot-et-Garonne, aux grains à peine moyens , toutes les deux à grains un peu allongés.

Ce système de Metzger a cependant été trouvé par un orateur du congrès viticole de Lyon, simple et ingénieux. Je ne conteste pas qu'il soit ingénieux; mais, simple! si je n’étais retenu par des considérations de confraternité,

Je dirais, et je le démontrerais, qu'il m’a paru au contraire empâté d'une foule de circonstances inutiles à la figuration d'un cépage. Je m'abstiens de parler du tableau synoptique, qu'on nous à donné comme échantillon, parce qu'il n’est que celui de l'Espagnol D. Simon, moins sa simplicité, que l’auteur allemand a remplacée par des formes épaises et confuses. Je respecte trop mes lecteurs pour les entretenir de grandes inutilités , telles que celle du tableau des vignobles de la vallée du Rhin. En veut - on un exemple ? Quel profit retirerez- vous des cases remplies par les heures du lever et du coucher du soleil pendant le mois de septembre, et la durée du temps où le soleil s'est montré? puis de la connaissance des parties constitutives du sol obtenue par l'analyse chimique ? Êtesvous vraiment convaincu que l'intelligence et la sagacité de certains vignerons ne vous seront pas d’un meilleur aide que cette admirable science qui a compromis la réputation de tant de vignobles! Dès lors cessez la lecture de cet ouvrage qui n'est que l'écho d’une longue observation pratique.

Jetons maintenant un coup d'œil sur le système du professeur Von: Vest ; nous y trouverons également quelque chose de bon pour la pratique. Toutefois cet éloge ne s'applique pas à sa grande division en deux classes, dont la première consiste uniquement dans un cépage avec ce caractère parüculer, que chacune de ses feuilles est composée de plusieurs autres, comme il le dit, réunies sur le même pétiole. C'est celui que les Allemands appellent Petersillien, c'est-à-dire à feuilles de persil , et nous Cioutat. C'était un cas exceptionnel qui ne méritait pas de former une classe, pour un cépage du reste si peu

estimable. La seconde division ou plutôt l'unique, puisqu'elle se compose de tous les cépages moins un, est partagée en deux ordres, et c'est ici que commence l'utilité pratique de sa méthode, qui du reste est la même que celle suivie depuis une vingtaine d'années par les frères Audibert, de Tarascon, dans leur catalogue, bien antérieurement à la publication de l'ouvrage du professeur. Le premier ordre se compose des raisins à grains évidemment allongés. Au second appartiennent les raisins à grains sphériques, presque sphériques ou légèrement oblongs. Chacun de ces ordres est partagé en quatre divisions : 4° les raisins musqués ; 2° les raisins de couleur noire ou violette ; 3° ceux de couleur rouge-clair ; et enfin 4° les raisins à grains blancs, jaunes ou verdâtres. On voit que si le premier ordre se compose de cépages à raisins dont la forme ne laisse aucune hésitation, il n'en est pas de méme du second, qui est bien encombré, et dont le caractère principal vous laisse souvent dans l'indécision ; ensuite que beaucoup de raisins qui ne sont évidemment que de simples variétés se trouvent dans des divisions différentes, et même dans des ordres différents : par exemple les Muscats, deux des trois Sauvignons, les trois Corinthes , deux des trois Grecs, et de même deux des trois Bouteillans , etc.

En Italie le système de classification établi par le docteur Acerbi et adopté par l'abbé Milano, auteur d'une ampélographie réduite à une localité, ne me parait pas plus satisfaisant : il partage tous les raisins en deux classes, en raisins blancs et en raisins de couleur ; en sorte qu'en suivant cet ordre , qu'il appelle naturel, les familles les plus unies sont divisées, telles que celles des Pinots,

des Boutcillans, des Ülliades , des Corinthes, des Muscats, etc. Chacune de ces classes se subdivise en sous-classes, les raisins parfumés ou musqués, les raisins à goût eimple. Mais dans laquelle des deux ces auteurs placeront-ils nos Sauvignons, qui ont une saveur propre Si prononcée, et le Carbenet, et une foule d'autres qui ne sont pas du tout musqués, quoiqu'ils aient une saveur très-facile à reconnaitre ? La partie qui présente le moins d'objection est la seconde subdivision en deux ordres : celui des raisins à grains ronds et celui des raisins à grains oblongs. Quant à la dernière subdivision en six genres, fondée sur la forme des feuilles, je m'engagerais volontiers à leur montrer sur un grand nombre de cépages différents la réunion de trois, de quatre et même de cinq des six Caractères qui ont servi au docteur Acerbi à établir ces six genres, c'est-à-dire des feuilles entières obtuses, des feuilles entières rondes, des semi-lobées, des trilobées et des quinquelobées. Je ne citerai qu'un cépage, la Malvoisie à petits grains ronds. Du reste l'application du système italien ne m'a pas paru heureuse; ear le savant abbé prétend avoir reconnu le Nebbiolo dans plusieurs vignobles de France sous les noms de Plant - Doré, de Pinot, de Moustardié, de Morillon noir, de Pignolet, etc. Or, je possède dans ma collection des cépages sous ces différents noms, et certes le Plant- Doré, qui est bien un Pmot, ne ressemble pas au Moustardié. Je ne peux donc pas appeler cette classification naturelle , comme le fait l'abbé Milano , puisqu'elle rompt les affinités formées par la nature.

Quelques-uns de ces auteurs ont fait entrer dans leur classement des cépages étrangers qu'ils n'ont jamais

INTRODUCTION. si

vus ; ils en ont pris tout simplement la description dans l'ouvrage de l'Espagnol D. Simon. Je me suis donné plus de peine : lorsque je me suis emparé de quelques passages des descriptions de cet auteur, j'ai eu soin de les modifier selon que le cépage lui-même avait subi des modifications par le climat de la Touraine ou lé s6l de mon vignoble. Ainsi, pour le Listan ou Temprana - Blanca de l'Andalousie, j'ai remarqué que cette précocité extraordinaire dont il jouissait dans son pays n’était qu’une maturité à peine en temps ordinaire dans le nôtre, et même dès la première année, contradictoirement aux prévisions de Chaptal ; et, ce qui est encore plus remarquable, c'est que la même observation a eu lieu dans le département de Vaucluse, où il a été trouvé même trèstardif et de peu de mérite. (Lettre de M. Reynier du A0 mars 1840.)

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