UVA DI TRI VOLTE
NOIR PRÉCOCE DE GÊNES (dans la collection de vignes de la Société d'Agriculture d'Angers ).
Il paraît qu'avec des soins de culture, tels que le pincement des pouces après chaque défloraison, on peut obtenir en Italie trois récoltes. Je ne pense pas que nous puissions avoir le même succès dans ce pays, mais son unique récolte est satisfaisante. Les raisins ressemblent
beaucoup à nos bons Pinots de Bourgogne; ils sont juteux, d’un suc fin ét vineux, et tout me porte à croire que le vin qu’on en tirerait serait d’une bonne qualité, la nature dusol y aidant.
Toutefois, cette vigne est fort différente de la Vitis Trifera décrite par le révérend Père Cupani dans son Hortus catholicus, où il dit de cette vigne: Acinis magnis subacidis, etiam nominata. Pumestra ab acinorum magnitudine quasi malorum ; car les grains de la nôtre sont tout au plus de moyenne grosseur. |
Il est bien évident, à l'aspect du bois court et gros du cépage suivant, quil n’est pas de la tribu des Pinots:
RAISIN DE SAINT-JACQUES (des Pyrénées-Orientales ).
Ses bourgeons ne s’allongent pas comme cenx des Pinots; on pourrait plutôt donner à sa forme l'épithète de buissonnière. Sa grappe est de moyenne grosseur et bien garnie de grains ronds, noirs, sucrés et juteux. Ceux qui ont lu l'OEnologie française de Cavoleau, pourraient croire, d'après un passage du chapitre sur les vins des Pyrénées - Orientales , que le Saint-Jacques est une variété du Muscat ; maïs ce serait une erreur: aucune partie de cette vigne n’a de rapport avec les Museats. Ses feuilles sont entières, très-cotonneuses en dessous , à dents arrondies ; le pédoncule du raisin est court, la précocité de maturité exige des soins pourla conservation du raisin sur la souche, d’autant plus que ses bonnes qualités ne sont pas ignorées des oiseaux, des guêpes et des abeilles, dont les attaques incessantes ne vous en laissent guère à vendanger.
Nous allons passer par un ordre de raisins qui ne composent pas une même tribu, mais qui se réunissent
sous une même dénomination indiquant leur précocité.
JOANNENC ou RAISIN DE LA SAINT-JEAN.
C'estau Congrès viticole de Dijon que j'ai goûté, pour la première fois, du Joannenc commun avec deux autres variétés obtenues de semis. Elles avaient toutes les trois si peu de valeur, que je ne fus pas tenté de les introduire dans ma collection.
Ses grains sont oblongs, à peine de moyenne grosseur; leur peau mince n’était pas croquante et ne renfermait qu’un suc aqueux et insipide. Leur précocité n’était pas remarquable, car notre réunion avait lieu vers la dernière semaine de septembre 3
Je fais beaucoup plus de cas d’un autre cépage connu dans le département de la Haute-Loire , SOus le nom de
MARVOISIER ou MARVOISIN, et au département des Bouches-du-Rhône sous celui de |
JOUANNENC. ;
Pour le distinguer d’autres cépages du même nom, lesquels sont sans aucune valeur, je me permettrai de l'appeler
JOUANNENC-CHARNU.
Dans quelques collections, il porte le nom de |
RAISIN DE SAINT-PIERRE, mais celui-ci ne lui convient nullement; car les véritables Vignes de Saint- Pierre, celle de l'Allier et celle de la Charente , ont d’abondantes grappes bien fournies de grains ronds mürissant assez tard, et leurs raisins ne sont bons que pour le pressoir.
Le premier auteur de cette erreur est Bosc, qui à beaucoup vanté ce raisin, et, en propageant cette vigne, a propagé cette erreur. On peut dire de lui, ainsi que de
Chaptal: « Si le temps détruit promptement les erreurs d'un homme inconnu, il embaume celles des hommes de renom. »
Le bois de ce Joannene, pour le distinguer de l’autre,
est gros, très-coudé; et de cette couleur assez commune qu'on est convenu de qualifier de rouge. Ces traits sont assez prononcés pour être caractéristiques. Le plus souvent les grappes ne sont pas fortes, et la souche est peu fertile; mais les grains, oblongs et de couleur ambrée, sont beaux, croquants et d’une douceur fort agréable. Il faudra laisser, lors de la taille, une bonne verge. Ce n'est pas un moyen sûr de le faire rapporter ; mais au moins c'est augmenter les chances, c’est mettre la souche en demeure.
Je serais heureux de contribuer, par la manifestation sincère de mon opinion, à la rémunération qu'a méritée, de la part des amateurs, un jardinier des environs de Paris, du nom de Malingre , pourle soin qu’il a pris de créer de nouvelles variétés par les semis, tentative bien chanceuse. J'y suis d'autant plus porté, que je dois à l'attention de son fils la possession de cette bonne nouveauté connue déjà dans le commerce sous le nom de
PRÉCOCE BLANC ou MADELEINE BLANCHE DE MALINGRE.
Ce raisin est vraiment le premier, concurremment avec le Blanc de Kientzkeim , que j'ai mangé avec plaisir, à la Dorée, en 1851 et 1852. Il était comparable aux meilleurs, et bien supérieur à d’autres Joannencs que j'avais reçus d'Avignon, et provenant aussi de semis. En outre il est bien plus fertile que le Blanc de Kientzheim, que la Luglienga, le Lignan, le Weiss Augster et autres contemporains de précocité, Ses grains, légèrement oblongs,
RAISINS DE TABLE. o11
sont d'une grosseur médiocre , à la vérité, mais cependant satisfaisants, surtout quand on ne leur laisse pas trop de charge, et leur saveur est sucrée et assez relevée. C'est donc une bonne acquisition.
Mais un succès bien plus beau, bien plus curieux, et je crois le plus précieux, que les semeurs de pepins aient obtenus, tant pour la précocité que pour la qualité, est celui de M. Courtiller , directeur de la collection de vignes à Saumur. En conséquence, je me suis permis de donner à cette excellente nouveauté le nom composé de
PRÉCOCE MUSQUÉ ou MADELEINE MUSQUÉE DE COURTILLER.
Ce raisin est d'une saveur si franchement musquée que je l'avais rangé d'abord dans la tribu des Muscats ; mais, sur l'affirmation positivede M. Courtiller, que ce cépage était provenu d'un pepin de raisin noir d'Ischia, je l'ai ramené à cette place, laissant à ceux qui viendront après moi le soin de lui en donner une autre dans la classification qu'ils auront adoptée. Voici les qualités qui me portent à croire à sa rapide propagation, et déjà le docteur Bretonneau s'en est occupé avec la vivacité de volonté qu'il met à tout ce qu'il entreprend. Sa précocité et sa. saveur musquée ; un Muscat qui mûrit, à notre latitude, aussitôt qu'une Madeleine ! quelle merveilleuse trouvaille pour un amateur ! Sa fertilité, sans être aussi remarquable que celle du précédent, est supérieure à celle de la plupart des raisins très-hâtifs: par exemple, il est plus fertile est plus hâtif que le Primavis Muscat; ses grains sont ronds, d'un blanc tirant un peu sur l'ambre, de moyenne grosseur, croquants et peu serrés. Sa précocité et la finesse de son suc le signalent
aux guêpes et aux abeilles, ainsi qu'aux oiseaux ; aussi ne peut-on en sauver quelques grappes qu’en les enfermant : dans des sacs de erin. Le feuillage est d’un vert terne et ne rappelle en aucune façon celui du Muscat ; ainsi les lobes n'en sont pas aigus et plutôt arrondis, l'envers de la feuille est un peu duveteux, en sorte que l’hybridation par le Muscat ne se laisse bien apercevoir que dans la saveur du fruit.