‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 71 sur 142 · CHASSELAS DE MONTAUBAN A GROS GRAINS · texte numérisé non relu

CHASSELAS DE MONTAUBAN A GROS GRAINS

Est-ce le

CHASSELAS COULARD ou FROC DE LA BOULAYE ?

comme le prétend le docteur Bretonneau ; j'hésite encore à le reconnaître. Il est certain qu’il a beaucoup de ressemblance avec le Chasselas de Montauban ; mais une différence importante que j'ai remarquée, c'est que le Montauban est très - productif depuis que je le cultive et que le Coulard l'est très- peu. Du reste, je ne peux parler pertinemment que de celui de Montauban, de la

possession duquel j'ai beaucoup à me féliciter. H se distingue de tous les autres par ses grappes généralement plus courtes, mais garnies de plus gros grains, d'un goût fin légèrement musqué ; par son bois le plus gros qu’ait aucun autre de toute la tribu, plus trapu.,, plus ramassé, d'une couleur plus brune. Il est encore un aspect sous lequel il diffère des autres; c’est celui de ses feuilles: elles sont plus arrondies et bien moins découpées que celles des autres ; les vrilles sont plus longues et plus charnues, plus aqueuses, plus faciles à couper avec l'ongle ; ajoutez à cela qu'il est aussi hâtif que le plus hâtif des membres de sa tribu; surtout si vous soumettez le sarment porteur du fruit à l'effet de l'incision annulaire, opération à laquelle il est très-sensible et qui est trèsfavorable au but que nous nous proposons d’avoir de plus beau fruit mür huit ou dix jours plus tôt. C’est une trèsbelle acquisition que celle de ce Chasselas ; je regrette de ne pas savoir à qui elle est due.

En voici un qui, de même que celui qui va suivre, n'est sorti de sa localité que pour venir à la Dorée, où je le cultive avec le soin qu’il mérite :

CHASSELAS JAUNE DE LA DROME , et aussi

GAMOT ou GAMAU , dans quelques cantons du même département.

« Je préfère ce Chasselas à celui de Fontainebleau que je possède aussi, » m'écrivait, en m’envoyant des crossettes, l'un de mes correspondants auquel j'ai le plus de confiance ; C'est bien effectivement, par le fruit du moins, un sujet de cette nombreuse tribu qui s'agrandit continuellement ; les jeunes feuilles sont rougeitres, caractère commun à tous, mais dans leur complet déve-

Lré

loppement elles n’ont guère l'apparence de feuilles de Chasselas.

Ses grappes sont garnies de grains ronds, peu serrés, et d'autant moins serrés que sa fleur est très-sujette à la coulure ; ses grains sont d’une couleur plus jaune qu'aucun des autres de la même tribu. Ses feuilles sont allongées et le lobe terminal est très-aigu ; elles prennent, après leur développement complet, une teinte jaune, non pas unie, mais par plaques; les filets ou vrilles sont remarquables par leur longueur. Cette bonne variété serait fertile , si elle n'était pas si sensible à la gelée et à la coulure.

Enfin je suis parvenu à me procurer avec certitude le Chasselas musqué, qui n’est plus pour moi une simple variété de Muscat, mais bien vraiment un Chasselas. Ses feuilles, généralement d'unefaible dimension, sont minces et retournées en volute, au contraire de celles des Muscats qui sont raides et plutôt en forme d'entonnoir. Leur couleur est terne et non luisante, les dents sont peu marquées et plutôt obtuses qu'aigués ; enfin l'aspect du cep, en pleine végétation, n'annonce pas la vigueur de celle des Muscats. Au temps de la maturité du fruit, quelquesunes des feuilles les plus basses sont tachées de jaune. Le raisin est très-agréable à manger, et son goût, quoique bien sensiblement musqué, l’est moins que celui du Muscat blanc commun, en sorte que l’appétence pour ce raisin est moins promptement satisfaite. Ce goût musqué est le seul effet de l’hybridation. De plus, il n’a pas le défaut du prétendu Chasselas musqué des pépiniéristes , que j'ai nommé plus loin Muscat fleur d'orange, d'avoir des grains qui se fendent avant leur maturité. C'est de

M. le baron Salamon de Theze, près Sisteron , que je tiens ce rare et précieux cépage. Je donne cette- indication pour l'usage de ceux qui voudront se le procurer. Malheureusement cet excellent homme est de mon âge, et bientôt il faudra dire de l’un comme de l’autre : mort le collecteur , perdue la collection.

Je ne veux pas laisser en oubli un modeste membre de cette tribu, très- peu connu loin de la Charente , et qui m'a paru mériter quelque distinction; c’est le

MELRINOT.

Ses grappes n’ont pas l'ampleur des autres ; les grains sont de moyenne grosseur , ronds et assez serrés : ils sont croquants, d'une douceur agréable et relevée , et leur maturité est hâtive. Peut-être est-il moins fertile que le Chasselas commun. Ses vrilles sont très-nombreuses et très -longues ; ses feuilles sont profondément découpées, et elles sont portées par de très-longs pétioles : elles ont, du reste, la même apparence que celles du Chasselas blanc ordinaire.

Je ne peux me dispenser de nommer au moins, quelque peu de cas que j'en fasse , le

CIOUTAT ou RAISIN D’AUTRICHE, le

PETERSILIEN TRAUBE (des Allemands).

Il est, sans contredit, inférieur à tous les autres Chasselas : il a peu de saveur et n'est pas croquant. Son feuillage est , à la vérité, très-singulier ; mais cette considération est de bien peu de valeur.

DIAMANT TRAUBE.

J'avais cru, d’après les résultats que j'avais obtenus de deux envois qui m'avaient été faits par mon correspondant de la Côte-d'Or, que ce nom brillant ne désignait

pas autre chose qu'un Chasselas commun ou du moins qui en différait infiniment peu; mais les sarments que nous a ‘envoyés sous ce même nom M. Hartwiss, directeur de la vigne impériale de Magaratch en Crimée, ont produit un cépage qui a des caractères tellement particuliers que c'est à peine si je me décide à le ranger dans cette tribu : par exemple, les grains sont légèrement oblongs, contrairement à la forme commune, et bien plus gros que ceux du Ghasselas commun, puis les feuilles sont un peu cotonneuses en dessous , ce qu’on ne voit sur aucun autre. Je ne pense pas que la saveur de cette belle variété soit supérieure ni même égale à celle de nos meilleurs Chasselas, tels que celui dit de Fontainebleau et celui de Montauban à gros grains, qui joint à son exquise saveur le mérite d’être très-hâtif.

Voilà donc tous les Chasselas blancs de ma connaissance. J'aurais pu y joindre le Fendant vert, qui me parait être aussi une variété du Chasselas; je l'ai négligé, parce qu'il est plus cultivé pour en faire du vin que pour la table.

Je passe donc aux Chasselas rouges.

Page 1