MADELEINE VERTE DE LA DORÉE
Non-seulement la souche est fertile et vigoureuse, mais ses raisins sont beaux, d'un goût très- sucré et trèsfin ; les grains sont oblongs , peu serrés, d'une bonne grosseur; leur couleur verte se conserve jusqu'à leur complète maturité: alors elle s’éclaircit, mais il en reste une légère teinte. J'en ai mangé quelques grains bien mûrs le 51 juillet 1848, et cueilli quelques grappes également
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très-müûres le 13 août de la même année ; aucune autre espèce n'aurait offert cette possibilité. Le seul défaut que je lui connaisse et qui lui est commun avec la plupart des raisins précoces , c’esi d’être très-sensible aux gelées du printemps. Par cette considération, on fera bien d’en mettre un pied en espalier.
Il est à désirer que cette excellente espèce de vigne se propage ; du reste, je ne peux rien dire de la bonté du vin qu'elle produit.
Cette vigne diffère du Verdhello de Madère par ses feuilles qui n'ont pas l'étoile rouge, je veux dire le commencement des nervures à partir du point de réunion du pétiole à la feuille , et aussi parce qu’elles sont très-profondément découpées, enfin par ses raisins dont les grains sont plus gros, plus juteux, d’un suc plus doux et moins vineux. La maturité du raisin Verdhelo, quoique venant en bon temps, est bien moins hâtive que celle de notre Madeleine.
VON DER LAHN TRAUBE (Vienne et ses environs).
GRAND VERT ,—VERT DOUX, —MÈRE AVEC SES ENFANTS, — PORTUGAIS BLANC. Tels sont les quatre Synonymes que m'a fournis M. Stolzt, ampélographe alsacien. Le premier nom est le seul connu dans nos collections françaises. C’est un assez bon raisin et très-hâtif; mais , ainsi que la plupart de ceux qui ont cette qualité, sa souche est peu féconde. Il est cependant cultivé avec prédilection dans les jardins de Schœnbrunn , comme produit indigène de quelque valeur et sans mélange de séve françeise. On peut dire qu'il est en blanc comme le Frankenthal en noir, un raisin national pour les Allemands. N'en soyons pas trop jaloux: ses qualités ne sont pas
assez remarquables pour que ce raisin ait un grand succès en France ; réservons-le donc aux amateurs, pour lesquels la rareté, l’étrangeté du nom, l'honneur d'être cultivé de préférence dans un jardin impérial, constituent un charme inconnu du vulgaire. Disons aussi, pour être juste, que sa saveur douce et sucrée, sa précocité et surtout l'ampleur de sa grappe pyramidale allongée, justifient suffisamment l'honneur d’être servi sur une table impériale. On sait que les Allemands font smgulièrement cas de cette ampleur de formes. Ainsi, j'ai vu dans le magnifique cabinet de l'archidue Charles, en +839, des Vierge-Marie , d’Albert-Durer, qu'on n'aurait pas cru de la même famille que celles de Raphaël. Celles-ei m'ont toujours paru avoir plus de portée sur une imagination religieuse.
Dans la tribu des Panses nous en avons remarqué deux qui peuvent être cultivées sous notre climat, et même la première comme raisin hâtif :
PANSE PRÉCOCE ou SICILIEN (ancienne Provence).
Ce cépage n’est pas sans mérite pour nous, car nous avons peu de raisins à gros grains qui mürissent de bonne heure. On pourrait désirer de celui-ci un goût plus relevé ; néanmoins, à sa parfaite maturité qu'il atteint facilement, quand il ne pourrit pas, il est d’une douceur assez agréable, et, par sa belle apparence, il décore bien un dessert. Ses grains sont assez gros, oblongs et de couleur ambrée. Mais le plus bel ornement d’une table est sans contredit la
PANSE JAUNE, que j'ai trouvée à la Dorée, 1 ya quarante ans, sous le nom de
BICANE,, et que j'ai reçue depuis sous celui de
RAISIN DES DAMES (qu'il porte dans le département de Vaucluse ).
Ce magnifique raisin, d'une très-belle couleur jaune, à très-gros grains ellipsoides, a bien quelques défauts: il ne donne pas tous les ans, ses belles grappes sont souvent mal garnies par l'avortement. des quatre-cinquièmes des grains, et leur goût n'est pas très-relevé. J'ai trouvé le moyen de remédier au défaut de la coulure, c'est de le greffer sur le Muscat blane commun.
Quoique la plupart des Pulsarts ou Ploussards, ainsi que je l'ai vu écrit sur une étiquette qui m'est venue du Jura, soient agréables à manger et assez hâtifs à la maturité , cependant j'en ai reçu une variété sous le nom de
LIGNAN ou PULSART BLANC (de Salins),
PELOSSART BLANC (Bugey),
Qui m'a paru devoir être distingué des autres membres de sa tribu, du moins pour cette destination à la consommation en nature. À la vérité, un habitant de Salins a écrit à mon correspondant de Dijon, que c'était mal à propos qu’on donnait à ce cépage le nom de Pulsart blanc; mais il n’en a donné aucune raison, et je n'en vois aucune de le rejeter de cette tribu: il fournit de belles grappes à grains oblongs et assez gros, comme tous les raisins de ce nom; il est d’un goût fin et relevé, et sa maturité est des plus hâtives. On voit que ce cépage mérite de sortir de l'incognito presque général qu'il subit encore. Je ne dois cependant pas dissimuler un grand défaut , c’est d’être peu fertile ; défaut si grave même qu'il le fait abandonner, et souvent détruire aux lieux où 1l était cultivé.
JUBI ou AUGIBI (Gard, Hérault ).
Cet excellent cépage serait aussi bien placé dans nos vignes que dans nos jardins ; car non-seulement il est très-fertile, mais ses belles grappes sont bien garnies de beaux grains blancs, légèrement oblongs, d'un goût fin et sucré, et leur maturité est plus facile sous notre climat que celle de beaucoup d’autres cépages du pays; puis encore , si les renseignements fournis à Bosc et consignés par lui dans son Cours complet d'Agriculture sont exacts, on aurait bien raison de le multiplier; ils se réduisent du reste à ces mots: «Le Jubi est hâtif, productif, et donne de bon vin. » Dans nos vignes il n'est pas hâtif, il mürit en moyenne saison, mais il est très-productif, et la saveur de ses beaux grains est assez relevée pour me donner à croire qu'ils donnent de bon vin, ainsi que Bosc l'a publié. Quoique son feuillage n'ait rien de remarquable, cependant il m'a suffi pour m'en faire reconnaitre une belle greffe, placée par erreur parmi des greffes de Grün Muskateller : les feuilles de celui-ci sont bien plus découpées et moins arrondies que celles du Jubi. Gels l'a nommé Augibi dans ses notes au Théâtre d'Agriculture d'Olivier de Serres. |
Un joli raisin qui n'est pas connu dans notre région, et qui cependant y mürit bien, est le
FUMAT (de Tarn-et-Garonne).
Ce cépage n’a besoin que d’être vu une seule fois pour être facile à reconnaître, à l’exiguité de ses feuilles, à leur profonde découpure, à l’acuture de leurs dents et de leurs lobes, à la nudité des faces et au luisant de la face supérieure. Ses grains sont ronds, écartés et d’une jolie couleur rouge-clair, à peu près de la même nuance que
les baies du Fendant roux; ils sont pleins d'un suc trèsdoux et d’une saveur très-agréable. La souche n’est pas vigoureuse; mais ce n’est pas un défaut pour un cépage de jardin, ce sol étant toujours fertile par les engrais qu'on lui prodigue.
CORNET , au vignoble de Saillans (Drôme),
-PARVEROT, au vignoble de Crest, même département.
Ce raisin, m'écrivait M. Roche, auquel j'ai l'obligation de posséder ce cépage, est le plus délicat des raisins noirs de notre contrée pour la table; ses grappes ne sont pas fortes; mais les grains, de forme oblongue, sont beaux, peu serrés, d'un beau noir mat; leur pellicule fine conüent un suc abondant, agréable et légèrement parfumé dans les années sèches. Il a, du reste peu de mérite pour la cuve, ce qui m'a décidé à le placer dans la présente catégorie. Sa maturité vient en bon temps, quoiqu’un peu tardive; sa souche est très-facile à reconnaitre à son feuillage, composé de petites feuilles profondément découpées et à dents très-aiguës. Ici, à la Dorée, son produit a toujours été presque nul et sans valeur, soit en espalier, soit en pleine vigne, quelques soins que j'aie donnés à ses souches.
Mon zélé correspondant de la Drôme, M. Auguste Roche, auquel je dois la connaissance du cépage précédent, m à fourni encore le moyen de parler pertinemment d’un cépage que J'ai sous les yeux, mais dont je préfère donner la description que lui-même m'en a faite dans une de ses lettres, ce cépage lui étant connu depuis son enfance. Une autre raison de faire mention de ce cépage, c’est que lun des plus grands propriétaires viticoles du Midi,
M. Cazalis- Allut, qui le possède dans sa collection, a tellement bien auguré de ses premières récoltes qu'il a pensé qu'il y aurait avantage à le substituer à la Clairette. Voici son nom diversement modifié :
LORDAO, ainsi prononcé par les vignerons de la Drôme. |
LARDOT, selon M. Auguste Roche.
LOURDAUT dans la plupart des catalogues, notamment dans celui du Luxembourg, et même dans celui de Valence.
Ce cépage est encore plus vigoureux que le Cornet, et cependant il est aussi plus fertile. Ses belles grappes sont nombreuses et très-fortes, du moins dans le jeune âge du cep; les grains sont assez gros, peu serrés , tant soit peu oblongs, pointillés d’un jaune d'or, d'un goût agréable et même légèrement musqué à leur maturité complète, qui est un peu tardive; mais la peau est un peu épaisse. Je dois ajouter que la dégustation que j'en ai faite ne lui a pas été aussi favorable : je l'ai trouvé un peu fade et pas du tout musqué ; à la vérité, je ne l’ai soumis à cette épreuve que dans la mauvaise année 1852.
Comme je ne dois pas oublier que j'ai réuni la région orientale aux deux autres, je vais traiter de quelques raisins de table qui y sont le plus communément consommés. Quoique nos Muscats et nos Chasselas ne soient pas inconnus en Allemagne, cependant j'ai lieu de croire qu'ils y sont rarement cultivés, et qu'ils ny sont pas appréciés à leur valeur; les premiers, parce qu'ils n°y müû-
rissent pas bien sans doute; les seconds, parce qu'ils n'y sont pas traités avec ces soins qui doublent cette valeur pour une certaine classe de consommateurs. Déjà même, dans nos départements du Rhin, à Strasbourg du moins, ces deux espèces sont remplacées par le Frankenthal, et on retrouve ce raisin à la table de tous les hôtels, depuis cette ville jusqu'à Vienne, et même jusqu'à Pesth inclusivement. On en sert bien quelquefois d'autres ; mais celui-ci est si habituellement offert, qu'on peut bien l'appeler le raisin national des Allemands, des Belges et des Hollandais. Ce goût de leur part ne les abandonne pas dans leur transhumance : nous avons perdu à Tours, il y a quelques années, un amateur d’horticulture fort distingué , M. Cohen, Hollandais de naissance; il avait dans sa serre un cep de Frankenthal, et il sollicitait des yeux mon admiration pour ses belles grappes. Puis-je donc mieux commencer ?
FRANKENTHAL (depuis le Rhin jusqu'à Pesth }.
SCHWARTZ ou BLAUER TROLLING, — WELS- CHER, — BOX HODER, — LAMBER, — MOHREN DUTTEN (dans plusieurs vignobles du Rhin, selon M. Stoltz, et du Wurtemberg, selon M. Babo ); et aussi
KNEVETS BLACK HAMBURG, dans les serres d'Angleterre.
Ce cépage, que j'ai eu longtemps en espalier et greffé sur Muscat, ne m'a jamais donné, malgré cette double attention pour lui, des raisins que je pusse consommer avec plaisir, et que j'aie jamais osé offrir. Tous les ans jen mangeais les grains les plus beaux, plutôt à l’acquit de ma conscience que par le plaisir que j'y trouvais, et chaque fois je regrettais de voir cette souche remplir une
si bonne place; enfin, je me suis décidé à l’arracher. Les grappes sont belles et bien fournies de gros grains, noirs, ronds à mon espalier et chez M. Cohen, lorsqne . J'y suis allé il y a six à sept ans; mais oblongs au château de Carbonieux, près de Bordeaux, d’où je m'en suis procuré depuis, car je crois que cette différence de forme constitue une variété. À mon espalier, les grains étaient assez doux, mais d’une douceur lâche et fade , et ils n'étaient jamais croquants, comme le sont ordinairement nos raisins d'élite. Cependant , ce raisin est du goût des frelons et des guêpes.
Je tiens de M. Stoltz, qu'a moins d’une réunion bien rare de circonstances très-favorables , il ne donnait que de mauvais vin. Après tout cela, je crois inutile de parler du feuillage ; car il a bien fallu la considération du grand usage qu'on en fait chez nos voisins, de l’autre côté du Rhin, pour m'y être arrêté autant que je l'ai fait.
Je me suis aperçu , pendant la huitaine que j'ai été forcé de passer à Vienne, qu’on faisait assez de cas, pour la table comme pour la cuve , d’un raisin dont les noms annoncent bien son origine :
FRUH PORTUGIESER et BLAUER OPORTO.
Serait-ce l’Alvarilhao du Douro , qui avait été envoyé aussi au Luxembourg , mais qui n’y avait pas fait racine ? Je vais, dans le cas où cela serait, transcrire la note que J'ai reçue de Porto, d'où j'en avais fait venir aussi, mais dont le bois m'est arrivé si see que je n’a1 pu en sauver aucun: « Jus sucré, quoiqu'il conserve une légère acidité qui plait; précoce et résistant bien aux temps humides. » Sur mon sol il n’est pas précoce ; il müûrit un peu après nos Côts. Le raisin est ailé, conique , d’un noir un peu
bleuâtre. Les grains sont ronds, serrés, de moyenne grosseur. Le bois est gros et noué très-long. Le goût de ce raisin est assez agréable, pas assez, cependant, pour l’élever au rang de nos bons raisins de table; mais 1l se pourrait qu'il fût une bonne acquisition pour la euve, car j'ai appris qu’il était cultivé avec cette destination dans le duché de Bade, et que le vin qu'il produisait était fort recherché. Ses feuilles sont entières , très-amples , planes et nues sur les deux faces.
Voici un raisin que je préfèrerais à lui :
MUSKATELLIER NOIR (de Genève).
Je dois commencer par dire que si je ne l’ai pas gardé pour la tribu des Muscats, c'est que son fruit n'a nullement, parmi ses autres bonnes qualités , celle d'être musqué, à la manière des Muscats de France. Les feuilles sont , à la face supérieure, d'un vert jaunâtre sans reflet, le dessous d’un jaune plus clair et sans coton. Les trois lobes présentent ce caractère que le sinus pétiolaire est fermé et que les deux autres sinus sont arrondis au fond. Le raisin est garni de beaux grains un peu oblongs, d'un noir bleuâtre bien fleuri ; ils ressemblent un peu à ceux du Frankenthal, mais ils sont d'un goût bien plus agréable, et leur maturité est plus prompte. C'est vraiment un cépage recommandable ; aussi tous ceux qui l'ont vu et goûté chez moi m'en ont-ils demandé des crossettes.
Je passe au raisin de table qui m'a paru le plus estimé en Hongrie durant le voyage que j'y ai fait.
KETSKETSETSU, ou, selon l'orthographe d'un auteur hongrois ,
KECSESECSU
Les deux mots veulent dire également