PIS-DE-CHÈVRE
GEISS DUTTEN (des Allemands).
On trouve généralement ce raisin sur les tables bien servies , du moins depuis Pesth jusqu'à Tokai, et c'est avec raison ; car la variété blanche est un raisin qui peut entrer en ligne avec ce que nous avons de mieux. Les grains sont allongés, et c'est cette forme qui lui a fait donner son nom ; ils sont assez gros, et supportés par des grappes qui ne manquent pas d'ampleur durant la jeunesse de la souche. Leur goût est agréable, sucré, relevé, et même musqué, quand le sujet qui porte la greffe est un Muscat.
Cette amélioration du fruit ne peut être révoquée en doute, quand on saura qu’elle a été constatée par le docteur Bretonneau (*), qui, dureste, l’attribue à une tout autre cause que la véritable ; car il résiste à croire à l’influence du sujet sur les productions de la greffe , quoique l’opinion sur cette influence ne soit pas seulement la mienne , mais qu'elle soit partagée par tous les jardinierspratiquées , ainsi que par de savants horticulteurs : tels que M. André Leroy, riche propriétaire d'Angers, bien connu de tous les amateurs d'horticulture , et feu M. Du-
(1) Je ne restreindrai pas l'expression de ma considération pour mon honorable compatriote en le disant seulement la célébrité médicale de la Touraine; je croirais être son contempteur ; mais je le proclamerai, avec l’assentiment de tous ceux qui le connaissent, notre illustration intellectuelle au temps présent ; ce qui ne m empêche pas d’être une fois d’un avis différent du sien. Je m’excuserai par cette observation : si les remarques horticoles du docteur sont toujours la manifestation d’une étonnante sagacité, d’un autre côté elles n’ont pas pour elles le poids que donnent aux miennes patience et longueur de temps.
Lourd ] 2 + >
cros (des Hautes-Alpes), simple amateur, mais homme très-éclairé et bien digne de faire autorité.
Je ne veux pas me livrer ici à une polémique horticole , mais je dois expliquer mon idée à ce sujet.
Je ne dis pas que cette influence soit toujours sensible , mais qu’elle l'est quelquefois ; et, dans ce cas-ci, il était bien évident que les raisins du Ketsketsetsu greffé étaient d'une saveur légèrement musquée que n’avaient pas les raisins de ceux francs de pied qui étaient à côté. C'est bien à tort que le peintre allemand Kerner à donné à ce raisin le nom de Gouais blanc; la dissemblance de ces deux raisins saute aux yeux. Notre raisin hongrois serait bien placé dans la tribu des Olivettes. Le seul défaut que je trouve à ce beau raisin , c'est d'être un peu tardif à la maturité et si sujet à la coulure qu’on peu le dire infertile: aussi me suis-je décidé à en mettre cette année un cep ne espalier.
VOROS - KETSKETSETSU ou PIS DE CHÈVRE ROUGE (Hongrie).
VEILCHENBLEAU GEISSE DULT (en Allemagne), sa vraie couleur est le violet-clair.
Je l'ai reçu de la collection du Luxembourg sous le nom de
KAKOUR ROUGE; mais improprement, c'est certainement une erreur, car il est impossible de l’admettre dans la famille des Kakours par aucun de ses traits caractéristiques.
Celui-ci est aussi prodigue de ses productions, du moins en espalier, que l'autre en est avare, el ses rAISins mûrissent bien plus facilement; on peut les dire même hâtifs : ils sont fort délicats, et j'avais eu grand tort, dans
RAISINS DE TABLE. mo 551 mes précédentes éditions ï d'avoir négligé cette excellente variété, à la vérité je ne la connaissais pas aussi bien. Sa végétation est vigoureuse , ses feuilles sont très-amples d'un vert foncé, un peu cotonneuses en dessous. Je me félicite de posséder ce fertile cépage : à la vérité mes deux souches sont en espaliers, elles sont greffées et leur culture est très - soignée comme celle des autres; ainsi leurs verges sont soumises à l'opération de l’incision annulaire. cause puissante , ainsi que la greffe, du grossissement et de la précocité du fruit.
Certainement je suis loin de croire qu'il n’y ait pas en Hongrie quelques autres raisins comparables au précédent, et en Allemagne de meilleurs raisins que le Frankenthal et le Portugieser, mais je ne les connais pas. Si l'inexorable temps ne me pressait pas de terminer mes travaux , si moi - même je ne lui faisais pas défaut, j'irais explorer les collections de vignes de l'Allemagne et celle de Bude en Hongrie, peut-être même celle de Magaratch en Tauride, tenue par un très-habile homme; mais... J'ai fourni la carrière que la Providence m'avait destiné : à d'autres donc plus jeunes que moi et aussi ardents à la parcourir. |
Comme on exige ordinairement d’un raisin de table que sa grappe soit belle et que ses grains soient gros, j'ai eu soin de choisir les raisins dont j'ai déjà parlé, parmi ceux qui remplissaient ces deux conditions. Il en est quelques autres dont les grappes et les grains sont petits ou moyens, et en même temps d'une grande délicatesse : en conséquence j’appellerai ceux-ci
388 d. TRAIÎTÉ DES CÉPAGES.
En première ligne, je placerai deux des principaux sujets d’une tribu dont il a été amplement question au chapitre des vignes de la Gironde sous le nom de Sauvignons. En Touraine nous les appelons Sürins, et, dans l'arrondissement où coule la Vienne, Fiés.
Le plus délicat me semble incontestablement être le
SURIN ROSE ; à moins que quelques - uns ne lui préfèrent le
SURIN ROUGE; mais ils sont rares l'un et l’autre parce qu’ils sont peu fertiles, en sorte que l’on s'adresse bien plus communément au
SURIN JAUNE, bien connu des vendangeuses, dans les mains desquelles il ne passe guère de grappes que quelques grains n'arrivent à leur bouche. Quant au
SURIN VERT, son goût propre est trop prononcé, goût qui est d’ailleurs caractéristique pour cette tribu. Sa couleur peu attrayante empêche qu’il soit aussi recherché, et cependant j'en avais trouvé deux magnifiques ceps en espalier à la Dorée; je les ai fait disparaitre.
Un cépage de ce même nom de Sauvignon, mais qui cependant n’est pas de cette tribu, se trouve communément cultivé dant le département de la Corrèze et aussi dans celui de Tarn-et-Garonne, d'où il m'est venu sous la dénomination de
SAUVIGNON À GROS GRAINS; quoique ses grains ne soient pas très-gros, mais seulement comparativement au volume de ceux des autres. Je viens de dire
qu'il n était pas de la famille des précédents, et il est certain que son feuillage ni le goût propre du raisin ne s'accordent, n’ont même aucun rapport avec ceux des autres. C'est du reste aussi l'opinion de M. l'abbé de Loubignac, qui m'en avait apporté une grappe et qui m’écrivait de Brives : « C’est le raisin le plus recherché pour la table dans ce pays-ei, et c'est avec raison; car dans un bon sol il est délicieux. Il tient en quelque sorte le juste milieu entre le Muscat blanc, qui est trop parfumé, et le Chas: selas qui ne l’est pas du tout. » Ce raisin est plutôt ovoïde qu'autrement ; mais légèrement, et à grains jaunes point oblongs comme ceux des Sûrins, ni tiquetés de points. Je vais en greffer en espalier, quoique sa maturité soit facile, car elle est contemporaine de celle de notre Côt.
Je passe à un autre cépage inconnu hors du départe= ment d'où je l'ai tiré, et dont les raisins ont quelque rapport avec les Sûrins, par le goût qui leur est propre et par la forme de leurs grains, plus petits et plus allongés dans
L'AGUDET BLANC (de Tarn-et-Garonne) : mais la souche ne fait jamais de pousses aussi vigoureuses qu'aucun des sujets de la tribu sauvignonne. Il a une variété noire qui n’est bonne que pour la cuve.
Nous avons encore de ce même département une excellente Malvoisie à laquelle j'ai donné, pour la distinguer de la Malvoisie rose du P6, le nom de