‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 79 sur 142 · MALVOISIE ROUSSE DU TARN · texte numérisé non relu

MALVOISIE ROUSSE DU TARN

Sa couleur est moins agréable à l'œil que celle de la Malvoisie rose d'Italie, ses grappes sont moins grosses ; mais aussi le sue est moins aqueux, et le goût bien plus

relevé. Celle du Tarn müûrit un peu plus tard que celle du P, cette dernière étant des plus hâtives.

Je pourrais aussi rappeler la

MALVOISIE DE TOURAINE, ou

PINOT GRIS (des Bourguignons) ; car elle est des plus délicates au goût.

La couleur de ses raisins, intermédiaire entre le blanc et le rouge -noir de la plupart des autres, me rappelle un joli raisin des bords du Rhin, de la tribu des Klewners , fort estimée des Allemands; celui-ci est le

FLEISCH FARB KLEWNER.

Ses grappes sont petites, ses grains moyens et d'une jolie couleur rouge-clair, leur saveur très-fine. Il est peu fertile : sans ce défaut, il seraît bien plus multiplié.

L'ancien Poitou nous fournit un excellent raisin de bouche, dont nous avons déjà parlé comme très-bon pour le vin, c'est le

CHAUCHÉ NOIR ou PINOT DU POITOU.

Il y a bien aussi le

CHAUCHÉ GRIS, mais il lui est inférieur en qualité ; sa maturité est trop inégale et les grains sont moins croquants.

Le département du Tarn nous fournit aussi le

GUINDOULENC ou GOUNDOUTENC, à peu près de la même couleur que le Chauché gris, il est assez recherché comme raisin de bouche en Tarn-et Garonne; mais je préfèrerais encore à ces deux derniers le

ROTH SZIRIFANDL des Allemands. Comme il a son article, on peut le consulter.

Comment oublierais-je notre raisin tourangeau, le

COT À QUEUE ROUGE, et ne vanterais-je pas son

excellence, en étant sûr de n'être contredit par personne ? Je ferai seulement remarquer que ce n’est pas celui que nous Connaissons sous le nom de Côt de Bordeaux , et que les Girondins nomment Malbec; mais bien le vieux Côt de Touraine, le moins cultivé à la vérité, car celui à queue verte, qui lui est un peu inférieur en qualité, est beaucoup plus commun dans les vignes, parce qu'il rapporte davantage.

Je ne terminerai pas ce chapitre des raisins qui mürissent bien en Touraine sans risquer l'annonce d'une nouveauté à laquelle j'attache quelque prix, parce qu'elle me doit sa création. Je puis donc dire : Et moi aussi je peux produire un sujet de semis ; ce qui paraîtra peut - être une inconséquence à quelque lecteur qui n'aura pas interprété ce que j'ai dit à ce sujet dans l'esprit qui me l'a dicté. Qu'on veuille done bien m’excuser de répéter la conelusion du chapitre où j'ai soutenu l'inutilité des semis de la vigne, comme moyen de perfectionnement pour l Œnologie. Tout en refusant d'admettre ce prétendu moyen d'amélioration , procédé qui fait hausser les épaules à tout vigneron auquel on donnerait ce conseil, je n'en ai pas moins reconnu que C'était un vrai plaisir et digne d’un amateur distingué, un sujet de grand intérêt pour lui, de se livrer à cette occupation, surtout quand il est dans la position d'un homme qui a ses coudées franches et qui peut se procurer des pepins de lieux très-éloignés. Or, ce sont les circonstances où je me suis trouvé. L'un de mes correspondants, le plus actif et des plus empressés à m'être agréable, avait reçu d'un Suisse de ses amis, M. de Bure, un petit paquet de pepins de raisins de l'Affghanistan ; celui-ci les tenait du colonel anglais Wild, grièvement

blessé dans la désastreuse campagne de Kaboul , où il les avait recueillis. Mon ami M. Reynier m'en avait envoyé une douzainé de pepins, dont près de la moitié a levé, mais dont ilne reste plus que deux sujets. C'est de celui qui a porté du fruit que je vais parler et je le nommerai

RAISIN DE LIMDI KANAH (Afghanistan), conformément à l'étiquette qui accompagnait le paquet de pepins. Le cep est très-facile à reconnaitre dès que les feuilles ont paru: elles sont planes, lisses sur les deux faces et profondément découpées, avec des lobes trèsaigüs ; elles manquent généralement d'ampleur. Ses grappes nombreuses sont belles et bien garnies, sans être trop serrées, de grains ronds, d'une grosseur supérieure à celle des Chasselas, d’une couleur agréable, rouge-clair. Quant à la saveur, je n’ose pas exprimer mon avis: les semeurs de pepins ne trouvent-ils pas délicieux tous les raisins de leurs semis? C’est la qualité sur laquelle on se fait le plus facilement illusion. Ceux qui voudront en juger eux-mêmes n'auront qu'à m'en demander des crossettes : en les greffant, ils auront du fruit, sinon l'année même, du moins l'année suivante. L’essai n'est pas coûteux, puisque je les donne. C’est ainsi, du reste, que j'en agis depuis une quinzaine d'années, quand la demande est faite dans de certaines limites et avec des formes convenables: je n’obéis pas en serviteur, Je sers en ami.

La réserve que j'ai mise dans l'appréciation de ce nouveau cépage trouvera son excuse dans l'impression que m'a faite la lecture d’un catalogue de nouveautés en vignes obtenues de semis, par un pépiniériste de la Garonne. Cette partie de son catalogue, dont je vais donner un extrait, m'a paru assez curieuse, et je l'ai rendue assez

courte pour lui donner place ici. Je le fais avec d'autant moins de scrupule, que ce pépiniériste ne pourra que me savoir gré de la publicité que je donne à ses annonces ; c'est une réclame que je fais gratis.

EXTRAIT du supplément au catalogue de M. TOURRÈS, à Macheteaux, près Tonneins.

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