CHASSELAS MUSQUÉ
Or, ce nom ne lui convient pas du tout ; car c’est bien franchement un Muscat, et il n’a du Chasselas que l’écartement de ses grains. En conséquence, j'ai changé ce nom en celui de
MUSCAT PRÉCOCE DU PUY-DE-DOME; et si je ne craignais pas d'avoir l'air un peu trop archéomane, j'emprunterais à Pline le mot qui le caractériserait le mieux, celui de
MUSCAT EUGÉNIEN ( mot qui veut dire de bonne nature, à cause de la réunion qu’il nous offre de toutes les
bonnes qualités qu’on peut désirer. Le Muscat de l'artiele précédent et celui-ci n'ont de caractère commun que la précocité de leur maturité, et pour me conformer au désir d’un amateur qui venait de goûter de l'un et de l'autre, je vais indiquer les différences qu’ils ont entre eux : Dans le Muscat d'Auvergne, les feuilles sont très -découpées, leurs dents sont aiguës comme dans le Muscat blanc commun, leur pétiole est complétement vert; le Primavis a les siennes plus arrondies, et leur pétiole est rougeâtre. La grappe du Muscat d'Auvergne est cylindrique, et à grains plus écartés que ceux du commun, tandis que celle du Primavis est ailée et conique; ses grains sont encore plus écartés. Mais la différence la plus saillante, et qui est d’une grande utilité en hiver, ressort de l'aspect du bois: dans le Primavis, il est gros à son insertion, et diminue sensiblement; il est rouge, très-rayé, et noué très-court : dans notre Auvergnat, le bois est couleur cannelle, sans raies, et d'une grosseur égale dans toute sa longueur. Comme on a aussi donné ce nom de Chasselas musqué au Muscat dont je vais parler immédiatement après celui-ci, je dois établir les différences : les feuilles du précoce du Puy-de-Dôme ne sont pas tourmentées comme celles du Muscat de Jésus qui va suivre, les pétioles sont verts et non pas rouges, commeils le sont dans ce dernier, de même que les jeunes pousses, le fruit n est pas de même couleur; s’il n’a pas tout à fait le goût exquis de ce Muscat , 1l n’en a pas non plus les défauts et il a l'avantage d’être plus hâtif. C’est à M. Aubergier , de Clermont, auteur d'un ouvrage sur l’art de faire le vin , très-estimable au point de vue chimique , que je dois cette excellente acquisition.
Je passe à une variété de Muscat, de la saveur la plus délicate que je connaisse :
MUSCAT DE JÉSUS (Leberriays, auteur pomologiste),
MUSCAT FLEUR D’ORANGE (Tourrès, marchand pépiniériste),
CHASSELAS MUSQUÉ (Chaptal, Bose, ete. ),
TOKAI MUSQUÉ (catalogue des frères Audibert).
Ces deux dernières dénominations sont très-Impropres , car cette variété de Muscat n’est pas connue dans la région de l'Hegy-Allya, où sont situés le mont et la ville de Tokai ; puis il n’a rien du Chasselas, que la forme et la disposition de ses grains sur la grappe. Il n’est pas possible , du reste, de voir un Muscat blanc qui ait les principaux caractères de son espèce plus prononcés, une saveur plus délicieusement musquée ; mais aussi une plus grande tendance à pourrir. Nul cépage n’est plus sensible aux intempéries et à l'influence du sol : Jai vu ses raisins dans un état de dégradation bien propre à en dégoûter : les grains verts, serrés et presque tous crevés: dans mon sol aride, ces mêmes grains sont bien fleuris, d’un blanc de cire légèrement ambré, suffisamment écartés , et de la saveur la plus exquise qu’on puisse imaginer. I paraît qu'il en est de même dans le département de l'Hérault, car J'ai connaissance d'un article de M. Cazalis grand propriétaire de vignes, lequel article commence par ces mots : « Aucun raisin n’est délicieux à manger comme ce Muscat. » Ajoutons qu'il ne l’a pas trouvé propre à faire du vin. Il est souvent fendu par un insecte qu'on appelle écrivain, et, de plus, singulièrement appété par les guêpes et les abeilles, qui souvent ne s’en détachent que par plénitude, état qui les force de se laisser
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choir. Il ne convient pas de le cultiver dans les potagers humides ; il lui faut une terre sèche et aérée, et l’espalier du levant.
C'est un des cépages les plus faciles à reconnaitre, quand on l’a bien examiné une fois : la teinte rousse de ses feuilles naissantes, et, quand elles sont plus développées, leur irrégularité, leur forme tourmentée, leur teinte foncée et terne, l'absence apparente du sinus pétiolaire par le recouvrement mutuel des deux lobes ; enfin, les vrilles les plus longues, les plus fortes et les plus nombreuses que j'aie vues sur aucun cépage.
J'en possède quelques ceps dont la souche primitive originelle a été obtenue il y à quelques années, par M. le baron Salamon, au département des Basses - Alpes, d’un semis de pepins du Muscat précédent. Je n’ose pas dire que c'est une variété ; car je n'ai pu saisir encore la moindre différence avec son type. Je lui ai donné le nom de
MUSCAT SALAMON ; parce que j’admets la possibilité qu'il y ait des différences, que plus tard je pourrai reconnaître.
J'avais fait un article fort incomplet, dans ma première édition , sur le Muscat que j'avais reçu sous le nom de
DUREBAIE ou BLANC - DOUX (de Marseille ).
MUSCAT CROQUANT (du département de Vaucluse ).
Il est vrai que ses belles grappes ailées sont garnies de grains croquants et suffisamment écartés , d'un goût trèsagréable à leur parfaite maturité; mais ces grappes ne paraissent pas tous les ans, cette maturité n’a pas lieu non plus chaque année où les raisins se présentent, par exemple en 1847; ce qui est fort regrettable.
La chair est très-consistante, d’où lui est venu sans doute Son nom de Durebaie. Les feuilles ressemblent assez à celles du Muscat blanc par la forme , mais non par la couleur, qui est jaunâtre dans le Muscat sujet de cet article, et d'un vert foncé dans le Muscat commun. Gomme il est très - peu fertile, on fera bien d’allonger les sarments qu'on laissera à la taille, et de placer la souche en espalier, et encore de le greffer sur Folle verte, ou autre cépage très-fertile: