MUSCAT BLANC COMMUN
Il est si connu , qu'il me paraît inutile d’en faire la description. Je dirai seulement, quant à sa culture, que l’espalier lui est indispensable, passé le quarante-quatrième ou quarante-cinquième degré; qu’il faut l’allonger à la taille , pour que ses grappes soient moins serrées; et que pour les raisins produits par les coursons , qu’on est obligé de laisser, il faudra , aussitôt que la vigne aura passé fleur et que les grains seront gros comme de gros plomb à tirer, en supprimer une partie longitudinalement, ce qui est facile avec des ciseaux allongés. C’est le moyen lé plus simple et le plus sûr pour que les grains restants soient plus gros, mürissent mieux et soient moins sujets à la pourriture. Si avec ces soins vous prenez celui d’'épamprer en temps convenable,; vous aurez alors le Muscat dans toute sa bonté : et Je ne crains pas de le répéter, meilleur même que dans le Midi, où sa douceur excessive prend à la gorge, et où sa saveur musquée est tellement exaltée ; que l’appétence qu’on avait pour lui est à son terme après qu’on en a mangé quelques grains ; aussi le regarde-t-on comme inférieur à beaucoup d’autres pour la table. Quoique la
Dorée (nom de la maison que j'habite) fût tenue jadis à
une redevance féodale de vingt bouteilles de vin de Muscat, et que je sois parvenu une fois à faire du bon vin de mes Muscats d’espalier, nous ferons bien, sous notre latitude, de laisser au Midi l'avantage d’en faire du vin de liqueur; nous avons d’autres raisins plus propres à celte destination pour notre climat. Toutefois, 1l ne me paraît pas sans intérêt de rapporter le procédé usité dans le canton de Rives-Altes, pour la façon de ce vin. Il m'arrive trop rarement d’avoir à citer des renseignements fournis par un homme aussi distingué que l’est M. Jaubert de Passa. On tord la grappe, ou bien on la sépare du sarment pour la déposer au pied du cep; trois ou quatre jours suffisent pour la pansir par la double action du grand air et du soleil. La vendange transportée au pressoir, on la presse; le vin fermente avec lenteur, et acquiert des qualités qui manquent aux vins dont on n’a pas fait pansir ou emmatir (*) les raisins.
Je vais parler d’un Muscat dont il n’est question dans aucun livre de jardinage que je connaisse ; c’est le
MUSCAT BIFÈRE (département du Gard).
Il doit ce dernier nom à l'avantage de donner dans les vignobles du Midi une seconde récolte quelquefois plus abondante que la première , mais jamais d'une aussi bonne qualité : ce qui ne surprendra personne, quand on saura que cette récolte se compose de grappillons venus sur les bourgeons secondaires ou surbourgeons.
Quelquefois cette double récolte se partage d'une ma-
(1) Ces deux mots étaient fort en usage du temps d'Olivier de Serres (voyez son Théâtre d'Agriculture) ; ils signifient le demi-desséchement opéré, sur les raisins détachés du cep, par l'air, le soleil ou une longue conservation.
nière singulière : j'ai une jeune souche de ce Muscat, de laquelle j'ai tiré une sautelle qui n’en est pas séparée : cette sautelle avait des grappes superbes, et la souche n’a donné que des grappillons que j'ai supprimés, aucun ne pouvant arriver à maturité. Cette seconde récolte est donc illusoire pour nous ; mais la première peut avoir de l'importance dans le Midi. Ici il lui faut l’espalier du levant. Ses grappes sont fortes, ornées de très-gros grains d'une saveur modérément musquée. Le docteur Bretonneau, très-intelligent amateur d'horticulture, en faisait d'abord beaucoup de cas; mais il n’a pas tardé à changer d'opinion, parce que ce raisin , étant très-aqueux, à une grande tendance à pourrir, et que décidément il est d’un goût très-médiocre. Mais un Muscat peu connu en France, et qui cependant lui est bien préférable, est le
MUSCAT DE SYRIE, que j'ai reçu sous le nom de
ISAKER DAISIKO.
Je n'en connais pas qui réunisse aussi complétement les qualités les plus désirables : ses grappes sont lâches, c'est-à-dire garnies de grains peu serrés, croquants et d'un parfum délicieux. Joignez à cela qu'il mürit facile ment, en même temps que le Muscat Eugénien ou du Puy-de-Dôme.
Si les avis peuvent être partagés sur le Bifère, je crois qu'ils s'accordent tous sur le rang que doit occuper parmi les meilleurs raisins de table le
MUSCAT D'ALEXANDRIE (Duhamel, Leberriays et tous les livres de jardinage) ;
MUSCAT DE ROME, — MUSCAT D'ESPAGNE , — MUSCAT GREC, — PANSE MUSQUÉE (de nos départements méridionaux) ;
MOSCATEL GORDO BLANCO , — MOSCATEL GOR- RON, — MOSCATEL ROMANO (en Espagne et dans V Ampélographie de l’ Andalousie ) ;
UVA SALAMANNA (Italie septentrionale ).
Il est si facile à reconnaître à ses superbes grains ovoides, qu'il me paraît tout à fait inutile de Île décrire. Dans le midi de la France, ainsi qu'en Espagne, on en fait des raisins secs ou passas ; dans notre région, après en avoir mangé quelques grains, qui ont seuls atteint leur maturité, on fait du reste d'excellentes confitures. Ila une variété de couleur noire, qui mürit encore plus difficilement.
Il m'en a été envoyé des Basses-Alpes, par le plus regrettable de mes correspondants, feu M. Ducros , une variété plus précieuse pour nous , puisque nous pouvons en jouir dans sa pleine maturité. Dans l'ignorance où il était de son nom, il lui avait donné celui de
MUSCAT HYBRIDE D'ESPAGNE, sans indication de sujet qui avait coopéré à cette hybridation ; dès lors je me suis cru le droit de le changer en celui du consul d'Espagne à Marseille, qui l’a introduit en France, en sorte qu'il est étiqueté chez moi de cette manière:
MUSCAT CAMINADA, dénomination que je préfère à celle de
MUSCAT ADMIRABLE , que jelui avais d'abord donnée d'après sa beauté et les qualités que je lui avais reconnues.
C’est probablement le même que M. Tourrès de Tonneins à nommé
MUSCAT ORANGE. Il l'avait reçu de Portugal, d'après une lettre de lui, que j'ai retrouvée.
Voici la note qui accompagnait les crossettes qu'on m'avait envoyées: «Plus hâtif et à grains plus gros que votre Muscat d'Alexandrie. » Ses belles grappes sont bien garnies d'énormes grains ovales, cotelés ou plutôt tifides avant leur maturité complète, d’une couleur de jaune-ambré quand ils sont bien mûrs, enfin d’un goût parfait et d'une maturité sinon facile, du moins plus facile que celle de son type, qui ne l’atteint presque jamais sous notre climat. Sa souche est un peu buissonneuse , c'est-àdire que l’un des sarments ne s’élance pas aux dépens des autres , 1ls sont à peu près de la même force, de la même longueur, et la végétation n’est pas vigoureuse. Il est tardif à débourrer, ce qui le sauve habituellement de la gelée. Ses feuilles n’ont rien de remarquable ; elles sont plus petites que celles du Muscat d'Alexandrie, et sont moins découpées ; leur pétiole est moins long. Qu’un semeur de pepins nous produise un raisin aussi remarquable, et J'acclamerai pour lui une médaille d’or. J'espère, du moins , que celui qui met en lumière cette belle variété , obtiendra de ceux qui le eultiveront un souvenir bienveillant.
Pour suivre l’ordre des couleurs, je vais passer au
MUSCAT GRIS, quelquefois nommé, et plus proprement,