‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 87 sur 142 · MUSCAT ROUGE DE MADÈRE · texte numérisé non relu

MUSCAT ROUGE DE MADÈRE

Cette précieuse variété m'avait été envoyée par un amateur sous le simple nom de Vigne de Madère. Je ne me suis aperçu que c'était un Muscat qu’à la dégustation de son premier fruit, et c’était une chose bien facile; car la saveur est franchement musquée , aussi fine, aussi parfumée que celle du Muscat fleur d’orange dont j’ai déjà parlé. Sa maturité est très-facile et contemporaine de celle de notre Côt. La grappe est peu serrée, assez garnie, de moyenne grosseur ; les grains ronds , assez beaux, d’une couleur singulière : c’est un rouge plus ou moins foncé, selon la nature du sol. Son bois, en hiver, est d’un grisrougeâtre tavelé de rouge-brun. Ses feuilles sont d’un vert uni et luisant; leur dentelure est aiguë, et c’est une des différences qui le distinguent du Muscat noir commun, dont les feuilles, d’un vert terne, ont les dents arrondies.

Malheureusement ce cépage n’est pas fertile en vigne basse, et même en espalier, où il mérite bien d’avoir sa place, d'autant plus que je me suis aperçu qu’il était trèssensible aux intempéries. Il paraît qu'en Portugal il est plus rustique, comme on peut le voir par la dernière partie de ce passage d’une lettre de M. de Vendel, auquel je dois ce Muscat :

« Ce plant de Madère provient d’un cep qui existait au jardin de l’archevêché de Tours, et dont il fut donné des crossettes au grand-père de madame de Vendel. Je me rappelle fort bien d’avoir mangé de ces raisins en Portugal,

sur les rives du Mondego, ainsi qu'aux environs de Coimbre. »

En arrivant aux Muscats tout à fait noirs, je dois, eu égard à l’ordre de maturité , nommer le

CAILLABA (des Hautes-Pyrénées).

Cest à Bosc, de vénérable mémoire, que nous devons la connaissance de cette variété, et c’est à la recommandation qu’il en a faite dans ses publications agronomiques qu'est due sa propagation. Cette recommandation était bien fondée : elle était appuyée sur la précocité de ce Muscat, dont , en 1846, j’ai mangé des grains bien mürs dans la première quinzaine d’août. Si la grappe n’est pas forte , les grains du moins sont très-beaux et d’une saveur trèsagréable, sans cependant que je sois complétement de l'avis de M. le président de la Société d’horticulture d’Angers, qui, dans un article fort intéressant sur les cépages de raisins à manger qu’il cultive, a rompu sa formule habituelle d’éloge en sa faveur en le disant délicieux, mot qui me paraît un superlatif de celui dont je me suis servi. Ce digne président , assisté d’un célèbre horticulteur , lui assigne le 10 septembre pour sa maturité en espalier ; mais, d’un autre.côté, M. Aulagnier, propriétaire dans la Haute-Loire, département dont la température n’est pas plus chaude que celle de Maine-et-Loire , M. Aulagnier, qui le cultive depuis longtemps en grand et en pleine vigne, affirme que cette maturité devance celle des Pinots de Bourgogne de quinze jours. C’est le cas d’appliquer l’adage: In medio stat veritas. Je lui donnerai plus de marge en faisant cette époque de maturité contemporaine de celle de nos Côts, c’est-à-dire à la dernière quinzaine de septembre ; du moins à la Dorée, en pleine vi-

gne. À la différence de la plupart des sujets de cette tribu , la végétation du Caiïllaba est très-faible , et il faut avoir soin de la soutenir par quelques engrais et amendements. Les feuilles sont planes, minces, glabres sur les deux faces ; quand la saison s’avance , les plus anciennes se teignent de rouge,

C’est aussi Bosc qui nous a fait connaître , comme bon à mulüplier, le

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