BENI-SALEM
Ses raisins, dont la forme des grains déciderait bien à le ranger dans la famille des Olivettes, sont également difficiles à mürir; mais du moins ils n’ont pas cette disposition à la pourriture du Majorcain. Ses grappes ne sont pas grandes, les grains sont très-écartés, désavantage compensé par l'égalité de leur volume; leur saveur
est sucrée et relevée ; et je suis convaincu maintenant qu'il fait très-bien en espalier, place que je lui ai donnée comme signe du cas que j'en fais.
Mais avant d'explorer les pays étrangers, je veux dire un mot d’une sorte de vigne que je pourrais appeler cépage de cuisine; car ses raisins ne sont d'usage que pour quelques apprêts culinaires. C'est le
BOURDELAS ou VERJUS (de la région centrale de la France ).
POUMESTRÉ ou AYGRAS {de l'ancienne Provence).
BRUMESTRE et aussi AYGRAS (d'Olivier de Serres.
BUMASTA (de Pline et de Virgile).
Dans la plupart des jardins il y en a une souche ; mais c’est uniquement pour en tirer du verjus. Ses belles grappes n’atteignent jamais sous notre climat une maturité complète; mais on dit que dans le Midi ses raisins deviennent, à leur parfaite maturité, assez agréables à manger. Toutes les parties de ce cépage annoncent une vigoureuse végétation: ses forts bourgeons , ses volumineux fruits à gros grains oblongs, ses amples feuilles ; aussi son aspect me semble-t-il la meilleure démonstration de la vanité de cette opinion de quelques savants, de la dégénération progressive, de l’affaiblissement et même de l'extinction des espèces fruitières.
Nous avons déjà parlé de deux cépages espagnols : nous allons continuer. L'un des plus remarquables est sans contredit, toujours sous le point de vue des raisins de table, le
HUEVO DE GATO (œuf de chatte).
Je crois bien que cette vigne n’est cultivée que pour en obtenir des raisins de table; ear ceux-ci sont les plus
beaux que je connaisse pour la grosseur des grains. Elle a été introduite en France par l'envoi qu’en a fait D. Salvador, chanoine de Malaga. Toutefois, le nom du raisin est une expression exagérée de la grosseur des grains, dans la supposition où une chatte serait ovipare. J'ai vu probablement les plus gros grains dont une grappe puisse être ornée : elle venait d'Oran, d’où un aïde-de-camp du général Lamoricière l'avait apportée dans un bocal d’eaude-vie. Les grains étaient aussi gros qu’une prune de reine-claude venue sur un arbre en plein vent: mais ils étaient entremêlés de petits grains. Dans mes cultures, la souche à été jusqu'ici en pleine vigne; en sorte que, si la grosseur des grains est remarquable, elle n’est pas cependant surprenante. Non-seulement ce raisin est reconnaissable par le volume de ses grains noirs et ronds, mais aussi par la brièveté de leur pédicelle. L'auteur espagnol dit qu’ils sont d’un goût exquis. Je n’ose pas contredire un chanoine; mais j’ai le droit de dire qu'ici, où je les ai goütés avec le docteur Bretonneau, leur chair verte, quoique bien müre, nous a paru seulement assez agréable. Il lui faut l’espalier, d’autant plus que la souche est on ne peut pas moins fertile; aussi je n’engage personne à le cultiver.
Un raisin du même pays, et dont l’auteur espagnol a parlé dans sa notice sur quinze cépages des environs de Malaga, notice jointe au ballot, est le
CORAZON DE CABRITO (cœur de chevreau); le
RAISIN DE BOURGOGNE {de la collection de M. Isarn, près de Montauban ).
Je crois ce dernier nom très-impropre, car j'ai la certitude qu’il n’y a aueun cépage ressemblant à celui - ci qui
soit cultivé en Bourgogne, si ce n’est par quelque amateur obscur ; je ne pense pas qu'il soit même dans la riche collection de M. Demermety. La forme des grains rappeile beaucoup celle de l’Olivotte noire; mais on ne peut se faire une idée de leur singulière couleur qu’en les voyant.
Cette couleur, d’un violet noirâtre sur les trois quarts de chaque grain , s’éclaireit à mesure qu’elle approche de la base ou du point d'insertion du pédicelle, et même ce dernier quart est de couleur verte. Ces grains sont trèsgros ; mais la saveur en est âpre, la chair en est dure et sèche ; ce qui n’empêche pas que ce magnifique raisin ornerait bien la table la plus somptueuse. Quoique D. Simon nous dise que ce raisin mûrit en temps ordinaire en Andalousie, la grappe qui m’est venue de Montauban, vers la fin d'octobre, n’était pas complétement mûre, il s'en fallait bien. Ce cépage est rare dans les vignobles d’Espagne, parce qu'il est très-sensible à toutes les intempéries.
SANTA MORENA (Espagne).
. Ge cépage à beau raisin rouge-clair est cultivé dans les jardins de Marseille et au jardin départemental d'Avignon ; il a même pénétré en Crimée, du moins dans la belle collection de M. de Hartwiss, directeur de l’école des vignes et des pépinières impériales ; cependant il n’en est pas parlé dans l'Ampélographie de D. Simon, ni dans la notice de D. Salvador. Ce joli raisin ornerait bien un dessert; mais sa tardive maturité le rend peu propre à être cultivé sous notre climat.
MARBELLI BLANC (Espagne).
Ce cépage est du nombre de ceux dont ce dernier auteur, Salvador Lopès, a parlé dans sa notice, et c’est à
lui que nous devons la connaissance de cette spèce, que
l'époque de maturité de son fruit nous permet d'introduire dans ce pays. On ne la cultive, dit-il, que pour en man-
ger les raisins, qui, en Espagne, mürissent au milieu de |
l'été, et qui sont d’une savéur délicate, surtout lorsque la souche se trouve dans un sol frais et bien exposé à l'air; sa peau ou pellicule est très-fine, et la chair a une consistance qui la rend eroquante. Depuis dix ans que je possède ce cépage, son fruit n’a pas encore müri à la Dorée.
VALENCY (dans plusieurs vignobles de la province de Grenade).
ZURUMI (à Grenade et à Motril).
Je ne suis pas très-sûr que ce cépage soit le même que celui dont parle D. Simon à son numéro 50, sous ces mêmes noms, parce qu’il y a plusieurs cépages différents qui portent ce même nom de Valency. Cependant tout ce qu’il en dit s’accorde assez bien avec ce que j’ai remarqué sur les souches de celui que je possède sous ce nom, et que j'ai reçu du Luxembourg. Si j’ai trouvé les grains un peu plus gros qu'il ne les a vus, cela vient peut-être de ce que mes trois souches sont greffées. À Baza, dit D. Simon, on préfère cette espèce à toutes les autres pour en conserver les raisins, et c’est à cause de sa saveur plus agréable que celle d’autres doués de la même faculté de conservation. Ses feuilles sont cotonneuses en dessous, et l’ensemble du cep le fait facilement distinguer au milieu de ceux qui l’entourent.
Les Italiens ont aussi beaucoup de raisins de table qui sont propres à leur pays; je vais en citer quelques-uns qui me sont connus. Je commencerai par le
— — - Rs ne à ns ce à |
PIZZUTELLO DI ROMA, — TREBBIANO DI SPA- GNA, —T. PERUGINO, dont on fait uné grande consommation à Rome; il est sûrement plus fertile dans ce pays-là que dans celui que j'habite ; car j'ai eu bien de la peine à en obtenir une grappe depuis dix à douze ans que je le cultive, la souche étant très-sujette à souffrir des intempéries.
Les deux derniers noms sont fort impropres, ear il na rien de commun avec le Trebbiano vero, dont il sera parlé plus tard , et qui a les grains très-ronds, tandis que le Pizzutello doit son nom à l'allongement en pointe des siens. Comme ils sont légèrement récourbés et beaucoup moins gros que les grains de la Testa di vacca, ou raisin cornichon, on pourrait le dire une variété de ce dernier. IL paraît, d'après les renseignements fournis à l’auteur Julien , que le Pizzutello est très-cullivé aux environs d'Amélia, bourg peu éloigné de Spolette. C’est sans doute uniquement pour la table ; car il ne me paraît guère propre à la vinification. Sa pulpe est toute en chair, d’une saveur sucrée, mais peu relevée. Son second nom annonce qu'il est cultivé en Espagne. Je n'ai eu en vue dans cet article que le P. Bianco ; mais j'en ai reçu une variété , le Pixzutello nero, de la collection du Luxembourg, où on lui à fort improprement donné le nom d’Aleatico, car la forme des grains de celui-ci est ronde et non allongée.
. Un autre très-bon raisin qui m'est venu de la Corse, et qui sans doute est également cultivé en Italie, est le fertile
BRUSTIANO.
Ce cépage annonce la plus grande vigueur par la force
et la longueur de ses bourgeons , l'ampleur de ses feuilles,
le volume de ses grappes et des grains qui les garnissent. Ces grains sont légèrement oblongs, presque aussi gros que ceux du Vermentino, plus serrés et plus nombreux ; ils roussissent du côté du soleil de manière à prendre un aspect très-appétissant. La maturité est un peu tardive; mais elle ne manque pas d’être complète en espalier. Il est très-cultivé aux environs d’Ajaccio, pour fournir des raisins de table, et c’est avec raison; car non -seulement les grappes sont très-belles et fort appétissantes, mais la saveur du fruit est sucrée et relevée d'une légère âpreté, qui est agréable et bien préférable au doux fade de quelques autres raisins.
Nous pouvons ranger aussi au nombre des bons raisins de table de l'Italie, y compris la Corse, le
SÉBASTIANO, apporté de Constantinople par le maréchal Sébastiani ; la
BARBAROSSA, qui n’est pas le BARBAROUX (des Provençaux); la
CATTANALESCA (du royaume de Naples); le
SAN-COLUMBANO (de la Toscane ); la
UVA PARADISA (du Bolonais) ; la
VERDEPOLLA (des Génois).
Je dirai aussi quelques mots d’une tribu intéressante, sous le point de vue de la branche de commerce auquel elle a donné naissance, du moins l’un des sujets de cette