‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 96 sur 142 · CORINTHE NOIR · texte numérisé non relu

CORINTHE NOIR

On sait qu'il est l'objet d’un commerce immense pour la Morée et l'Archipel. Le

CORINTHE ROSE est un charmant raisin de dessert : malheureusement ces deux variétés sont beaucoup moins fertiles que le blanc, et c’est probablement ce défaut qui les a empéchés de se multiplier autant que le

CORINTHE BLANC, connu de tout le monde, et dont il ya presque toujours un pied dans tous les jardins. Je crois à propos d'en dénommer une quatrième variété ; le

CORINTHE BLANC SANS PEPINS, dont les grains sont plus gros que ceux du Corinthe blanc commun , mais un peu moins sapides.

Je n'ai pas encore parlé d'une sorte de vigne qui fait l'étonnement de ceux qui voient ses raisins pour la première fois, car dans certaines années ses grappes atteignent cinq décimètres de longueur. C’est le

RAISIN DE LA PALESTINE ou DE LA TERRE PROMISE.

Ce dernier nom est un leurre ; car si la grappe offre cet aspect remarquable d’une prodigieuse longueur, c’est son seul mérite. Les grains sont de grosseur et de saveur également médiocres, et la maturité est très-tardive ; cependant ce cépage est assez cultivé aux environs de Mendrisio, canton du Tessin. Je ne sais trop dans quel but a lieu cette culture ; car le vin que j'en ai bu, quoique fait par l'un des plus habiles œnotechniciens de la France, ne m'a pas paru sortir de la ligne commune des vins de liqueur du Midi. Du reste ce cépage fait acheter bien cher ses belles grappes, car il est des plus infertiles ; il faut des années d'abondance pour les voir.

Les autres raisins de l'Orient, et particulièrement de la Syrie, tels que le

TURFANTO MAVRO (ce qui veut dire précoce noir), et cependant il ne mürit guère qu’en même temps que notre Côt ;

L'EPTAHILO, c'est-à-dire qui donne sept fois l'an,

L'IRI-KARA et le

SIDERITIS, ont bien poussé de beaux sarments; mais

à l'exception du premier, qui donne rarement de grandes grappes assez mal fournies de petits grains , j'ignore complétement leurs qualités, aucun n’ayant encore fructifié, à l'exception du médiocre Turfanto, quoique je les possède depuis sept à huit ans.

J'ai été plus heureux pour les raisins de Perse.

Nous avons depuis une vingtaine d’années, en France, un cépage vigoureux, mais peu productif; le

KESHMICH JAUNE A GRAINS OBLONGS, et le

KESHMICH A GRAINS RONDS, depuis seulement une dixaine d'années. L'un et l’autre ont des feuilles amples, lisses, nues sur les deux faces, et très-faciles à reconnaitre. Le premier est un très-joli raisin, fort agréable à manger; mais le second le surpasse encore pour cette destination, et il a de plus le mérite de concourir à la composition du fameux vin de Schiras.

Nous en reparlerons au chapitre des vignes de la Perse.

Ceux qui nous manquent et qui m'ont paru le plus mériter d’être demandés sur la liste fournie par l’ambassadeur ture, sont ceux-ci :

KESHMICH NOIR et |

KESHMICH OULOUGHY , de même couleur :

Mais il en est un encore plus précieux pour les amateurs délicats , et que j'aurais dû élever au rang des raisins de table de notre région centrale, pour la facilité de sa maturation ; car sa maturité est contemporaine de celle de nos Chasselas, et même elle devance celle de quelquesuns : c'est le |

KECHMISH ALT (orthographe de Reschild-Pacha). Il m'a été envoyé sous le nom de

KECHMICH NOIR, mais l'erreur de feu l'honorable M. Macarel, duquel je l'ai reçue me paraît évidente, d'autant plus que dans la note fournie par l'ambassadeur turc, 1l y à bien positivement que les grains de ce dernier sont petits, tandis que ceux du nôtre sont trèsbeaux, et que leur couleur n’est pas noire, mais d’un rouge violet ou mal noir, comme disent les Bourguignons, et même des grains en assez grand nombre restent rouges, comme il arrive à quelques autres, notamment au Muscat de Madère; ce qui a fait ranger ce Kechmish, dans la note turque, parmi les raisins de couleur variée. Feu M. Macarel , auquel je dois cette variété, qui lui avait été apportée de Turquie par M. Blanqui, le membre de l'Institut, et non le politique, se félicitait beaucoup, dans une lettre de lui que j'ai retrouvée , de la possession de cet excellent cépage. J'ai reconnu depuis, en voyant l'abondance de son produit et en m’assurant de son exquise qualité, que son appréciation était très-Juste. Ce raisin a la grappe allongée et suffisamment garmie de beaux grains ronds, peu serrés, pleins d'un suc agréable et relevé, qui jaillit dans la bouche, parce que ses grains sont croquants. C'est donc, sous tousles rapports, un cépage d’une grande distinction et que j'engage fort à

introduire dans les jardins en lui donnant même l'une des meilleures places.

ANGUUR ALI DERECI, au sujet duquel est cette note :

« La grappe de ce raisin délicieux a dix-huit pouces de long. »

ANGUUR RICH BABA : gros raisin blanc sans pepins ;

KOUN KASSAI, de couleur rouge.

Dans plusieurs collections nous possédons un cépage vigoureux, que nous tenons de M. Hartwiss ; c'est le

SCHIRADZOULY BLANC ou BLANC DE GANDJAH.

Son premier nom annonce qu’il a été tiré de Schiras, puis introduit dans les vignes de Gandjah ou Yelisavetpol , au gouvernement du Tiflis. Toutefois je le place ici, parce que ses raisins sont aussi bons pour la table que pour le pressoir, et même délicieux , au dire de M. Hartwiss.

Il nous est venu, du même pays et de la même personne , le

RAISIN ROSE DE GANDJAH, dont la vigueur nuit à la fertilité ; il faudra en conséquence le mettre en espalier, et le tailler long : la maturité étant plus tardive que celle du précédent, il présente moins d'intérêt pour nous.

TRIBU DES KAKOURS.

KOKUR ou KAKURA BLANC {comme l'écrit Pallas).

Ce cépage par son antiquité, dans la Tauride, et par sa supériorité comme raisin de table et même de pressoir, est l'honneur des vignobles de cette contrée. Je remets au chapitre qui traitera des vignes de ce vaste gouvernement à en parler avec tous les détails qu’il mérite.

Je cultive aussi depuis longtemps le

BIGASSE KOKOUR, qui m'a paru bien plus fertile que le premier, et qui est comme lui à raisins blancs ; comme il atteint difficilement et rarement sa maturité complète, je n’ai pu asseoir sur lui un jugement qui mérite quelque confiance.

Un raisin du même pays n’a point été retenu pour le chapitre des Muscats, malgré son nom de

ADJEME MYSKETT, c’est-à-dire MUSCAT DE SY- RIE, parce qu'il n’a aucun des caractères des membres de cette tribu, quoique M. Hartwiss dise que sa saveur est légèrement musquée. Ses raisins, qu'il donne rarement, ont bien une saveur très-fine et très -agréable , mais ce n’est pas celle des Muscats. À leur maturité , qu'ils atteignent difficilement ici, ils prennent une couleur brune; ils ont alors une douceur telle, dit Pallas, l’auteur d’un Voyage scientifique en Crimée, qu'on a de la peine à en manger, et leur suc prend la consistance du miel. Ici les choses se passent différemment, et je le recommanderais aux amateurs , si la souche était un peu plus fertile. La grappe est de médiocre volume , les grains de même et de forme oblongue. Les feuilles sont amples , profondément incisées, cotonneuses en-dessous , et à nervures saillantes. Le

TACHLY MYSKETTE a beaucoup de ressemblance avec notre Muscat d'Alexandrie, dit M. Hartwiss. C'est un magnifique raisin, ajoute-t-il ; ses grains sont moins allongés que ceux de ce Muscat , et il est aussi recherché pour la table que pour le pressoir, et avec d'autant plus de raison que la souche est très -fertile.

Je pourrais eu citer encore quelques autres, qui sont en quelque sorte en expérience chez le docteur Breton-

neau ; mais je dois m’imposer des limites, car une simple nomenclature apprendrait peu de chose. Je ne peux cependant terminer sans nommer le

DIDI SAPERAWI (de la Kahétie en Géorgie), car il m’a été vivement recommandé par M. Hartwiss, connaisseur émérite, qui m'a écrit que c’était un raisin délicieux , d’une maturité précoce et d’une grande fertilité. Ce cépage devrait être à la collection du Luxembourg, ainsi que dans la mienne ; mais comme il y a eu incontestablement erreur dans l’envoi, je ne peux rien en dire de plus.

Je terminerai par un magnifique raisin de table, qui nous est venu de la Tauride , le

ALBOURLAH ({Tauride ) ou KIRMISI MISK JSYUM.

Ge cépage oriental est peut-être le plus remarquable de tous ceux qui nous sont venus de la Crimée, au moins pour les horticulteurs. Ses belles et nombreuses grappes sont bien garnies de grains d’un beau rouge , légèrement oblongs , croquants sans être trop charnus , et d'un goût agréablement musqué. Ses feuilles sont amples, à dents aiguës, peu profondément divisées, et nues sur les deux faces ; un caractère important est la teinte rouge-violet du pétiole ainsi que des nervures principales et secondaires, couleur qui se détache bien sur le vert un peu luisant de la face supérieure.

Ce cépage est vigoureux et fertile, mais la maturité du fruit est presque aussi tardive que celle du Muscat d’Alexandrie ; aussi n’ai-je guère pu l'obtenir complète, même en espalier, qu'au moyen de l'incision annulaire, opération que je ne peux trop recommander: car s’il est vrai qu'on s'en était trop engoué dans les premiers temps en l'appliquant aux vignes à vin, on a eu bien tort de l’aban-

donner aussi généralement pour toutes sortes de fruits en espalier et notamment pour les cépages à raisin de table. Pallas , auteur russe de deux voyages dans la Russie Méridionale, a parlé de cet excellent cépage avec tous les éloges qu'il méritait, en témoignant ses regrets qu'il ne fût pas plus répandu dans les vignobles de Sudagh. C'est le numéro 22 du catalogue des vingt-quatre cépages dont il donne une courte description à la fin du second volume de son dernier voyage. Disons cependant que son article n’est ni complet, ni très-exact : il énonce que les grains de ce beau rai$in sont ronds, tandis qu’ils sont évidemment oblongs ; il ne parle pas de leur grosseur, et c'est cependant un trait remarquable, qui le placerait au premier rang des raisins de table si sa maturité n'était pas aussi difficile sous notre climat du quaranteseptième degré de latitude, car il est d'un goût parfait. Toutefois , il n’est pas de la famille ou tribu des Muscats, quoique Pallas se serve d'expressions qui porteraient à le croire, et il est loin d’être précoce, comme ille dit, si c'est bien son n° 22. Cette différence de l’époque de maturité du raisin, que M. Hartwiss dit être tardive, même en Crimée, m'avait fait hésiter. Cependant il ne me paraît guère douteux que le savant voyageur Pallas ait parlé de cette vigne sans la nommer et que ce soit le numéro 22 des cépages de la Tauride, dont il a fait une courte description dans le récit de son second voyage; car Cest bien, comme il le dit, un raisin rouge-vif, dont les grains sont presque de la forme et de la grosseur d'un œuf de pigeon, et il n’existe pas, ajoute-t-il, de raisin qui flatte plus le goût et la vue que celui-là. Mais il a commis une erreur en la

qualifiant de précoce; M. Hartwiss, directeur de l’école impériale de vignes à Magaratch et par conséquent résidant en Tauride, l'a noté comme très-tardif dans une lettre qu'il m’a écrite sur les vignes de cette contrée.

Article oublié, page 316, après la ligne sixième.

J'ai fait une omission trop importante pour que je ne m'empresse pas de la réparer, quand il en est encore temps. J'avais reçu, il y a deux ans, du docteur Bretonneau, des greffes d'une variété de Chasselas que je n'avais goûté chez lui que d'une manière distraite, mais dont j'ai fait, cette année 1853, une dégustation réfléchie. Je l'avais reçu sous le nom ou bien il lui a donné celui de

Page 1