‹ Ampélographie universelle, ou, Traité des cépages les plus estimés dans tous les vignobles de quelque renomChapitre 97 sur 142 · CHASSELAS DE SILLERY · texte numérisé non relu

CHASSELAS DE SILLERY

Je me bornerai à dire que, quoique la température ait été très-peu favorable à la qualité des raisins en général, la grappe que j'ai mangée avait de très-beaux grains, bien écartés, très-croquants et légèrement musqués. Je ne connais aucun sujet de cette tribu qui mérite plus d'être recherché. Il diffère du vrai Chasselas musqué des Basses-Alpes , mais je n’oserais pas dire lequel mérite la préférence. |

Nous ne pouvons pas mieux débuter dans cette région que par les cépages à vins de liqueur les plus exquis du monde, d'autant plus qu'ils tiennent au chapitre précédent par plusieurs sujets dont les raisins sont excellents pour la table.

TRIBU DES MALVOISIES.

Cette tribu comprend beaucoup de sujets d’une grande distinction, et même on pourrait dire qu'ils le sont tous, si on expulsait quelques intrus qui portent indûment ce nom de Malvoisie, ainsi que j'aurai soin de le faire remarquer à leur article; car il n'en est pas de cette tribu comme de celles des Sürins ou Sauvignons, des Muscats, des Pirans, des Pinots, etc., dont les liens de famille, la connexion des rapports qui les unissent, se manifestent par quelque caractère commun à tous. Cette communauté de caractère n'existe que pour un petit nombre ; elle consiste dans un goût fin qui leur est propre, mais qui n’est pas aussi prononcé que celui des Muscats et des Süûrins.

Partout où ces cépages sont cultivés en grand, depuis l'île de Madère jusqu'à la Morée inclusivement , quelques

sujets de cette tribu produisent un vin généreux et suave d'un parfum exquis et de couleur ambrée : mais il faut pour cela qu'il soit préparé avec quelque soin. Plusieurs des sujets de cette tribu mûrissent très-bien sous le quarante-septième degré de latitude; je les ai désignés au premier chapitre des raisins de table, et je ne manquerai pas de donner plus de développement à leur article. Il y en a même dont je suis tellement satisfait, qu'il me faut réfléchir à mon court avenir pour renoncer à en planter quelques ares.

Je commencerai par les Malvoisies qui ont le plus de grosseur, et à ce titre celle qui doit passer la première est bien certainement la

MALVAZIA GROSSA des vignobles du haut Douro et de Madère ; le |

VENNENTINO {vignobles du duché de Gênes ) :

VERMENTINO de l'ile de Corse; :

MALVOISIE A GROS GRAINS dans quelques localités du midi de la France.

Il serait difficile de ne pas reconnaitre ce beau raisin, quand on l’a vu une fois et quand on l’a goûté: ses gros grains olivoïides , l'excellence de leur goût, en feraient le premier des raisins dans nos pays tempérés s'ils mürissaient plus facilement. Il faut convenir aussi que cette vigne est peu productive dans les premières années de son rapport. Ses feuilles sont amples, cotonneuses en dessous, profondément divisées: les sinus que forme cette division sont grands et ouverts. À Madère, et sans doute en France dans quelques sols privilégiés, les grains sont d'environ vingt-cinq millimètres de long; dans ma vigne ils n’ont guère que dix-huit ou vingt millimètres. Dans l'ile de

Gorse les raisins du Vermentino sont les plus estimés pour passeriller (faire passer à l'état sec). Ils sont bien plus propres à cette destination que les raisins de la Panse commune dont on se sert dans le midi de la France. La description et la figure de la grosse Malvoisie qu'a données Williams John dans les Transactions horticulturales de Londres, ne permettent pas de douter que ce ne soit bien la même que celle que je cultive depuis une douzaine d'années, la même aussi que celle si bien figurée par Kerner dans son bel ouvrage d'Iconographie des vignes.

. MALVAZIA DE SITGES ( Andalousie },

CHERÉS (au département du Gard),

TINTO BLANC (au vignoble de Lanerthe, Vaucluse }.

VERDAL (aux départements des Hautes et Basses- Alpes ):

Je ne connaissais pas aussi bien cette excellente Malvoisie lors de la publication de la seconde édition de cet ouvrage ,que Je la connais maintenant. C'est bien décidément une Malvoisie, et même je pourrais avancer qu’elle est supérieure à toutes les autres, et par son produit abondant et par la haute qualité de ce produit. Ce n’est cependaut pas celle dont à parlé D. Simon, car il donne à la sienne des grains ronds, et celle-ci les a oblongs ; il la fait d'une maturité hâtive, et celle-ci est tardive, du moins en ce pays. Ses feuilles amples et bien étoffées, cotonneuses en dessous et &’un vert un peu gras à la face supérieure, ses belles grappes peu serrées et garnies de gros grains ellipsoides, bien dorés à leur maturité, mal: gré ce nom bien impropre de Verdal qu'il porte dans deux départements du Midi, leur consistance, leur bon goût, tout cela compose un ensemble qui k fait recon-

naître facilement. Les grains sont plus renflés que ceux de la Malvoisie de la Cartuja, avec laquelle celle-ci a beaucoup de rapport. Ajoutons, pour la faire bien apprécier, que ses raisins se conservent longtemps, et qu’elle passe pour faire de très-bon vin. Sous le climat de la Touraine la maturité arrive très-rarement en pleine vigne, mais on l'obtient facilement en espalier , qui est sa véritable place sous notre climat.

MALVAZIA DE LA CARTUJA | de la Chartreuse).

Avant d’avoir bien étudié ce cépage espagnol, je l'avais cru identique au Cherès du Gard ou Sercial de M. Cazalis Allut, qui n’est pas le vrai Sercial de Madère ; mais depuis que je l'ai vu porter du fruit, les différences sont vraiment trop saillantes pour que cette erreur commise dans ma première édition subsiste encore dans celle-ci. La feuille de cette Malvoisie est bien plus ample, la grappe est à peu près de la même dimension, mais les grains sont ovales dans cette Malvoisie et ellipsoïdes dans l’autre; ces grains sont très-beaux, d’un goût très-agréable, et même un peu musqué quand la maturité est complète, état de la grappe difficile à obtenir sous notre climat, à moins que ce ne soit en espalier. Cette belle Malvoisie est peu productive; aussi fera-t-on bien d’allonger la taille et d'asseoir cette taille sur les sarments moyens , en général plus fructifères que les gros.

Comme il est arrivé à un amateur, justement estimé par ses profondes connaissances en médecine, de confondre cette Malvoisie avec le Teneron de Vaucluse, je dois faire remarquer les nombreuses différences qui existent entre eux. Sans doute les feuilles de l’un et de l’autre sont également cotonneuses en dessous, mais celles de notre

Malvoisie sont d'un vert bien plus foncé et sont bien plus tourmentées. Les grappes du raisin de la Cartuja sont plus serrées , les grains plus allongés , leur peau est plus fleurie et plus épaisse, leur chair plus croquante et d'un goût plus fin, et la maturité en est plus tardive d'au moins une quinzaine de jours. Je dois dire qu'à l'aspect des deux grappes que je lui ai présentées, un mois après sa visite à la Dorée, le docteur Bretonneau a reconnu la différence de l’un d'avec l’autre.

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