‹ Avesta, livre sacré du zoroastrismeChapitre 12 sur 686 · CHAPITRE VIII AUTHENTICITÉ DE L’AVESTA · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII AUTHENTICITÉ DE L’AVESTA

Une question vivement agitée au siècle dernier et maintenant dépourvue d’intérêt est celle de l’authenticité à\\ Zend-Avesta. L’ouvrage qu’Anquetil présentait au monde savant était-il bien le code antique de la religion zoroastrique ou bien était-ce une oeuvre de fantaisie, fabriquée par les prêtres parses. Il s’était soulevé à ce sujet des doutes, que la traduction d’Anquetil justifiait en partie. L’Angleterre se déclara en général contre l’authenticité des livres avestiques. William Jones la combattit même avec violence. Ce qu’il faisait valoir surtout était que leurs doctrines et leurs prescriptions étaient le plus souvent contraires au bon sens. Ce n’était point cela que l’on attendait de Zoroastre. Il accuse Anquetil d’ignorance ou de sottise. « Ainsi, dit-il, vous avez insulté le goût du public en lui présentant des sottises ou vous l’avez trompé en lui débitant des mensonges, » etc., etc.

Richardson, dans la préface de son dictionnaire persan, se prononça dans le même sens mais il ajoutait des raisons philologiques. Il croyait trouver dans VAvesta et le pehlvi grand nombre de mots arabes et il ne pouvait découvrir aucun rapport entre les langues de ces livres et le persan moderne. Aujourd’hui, ces objections ne seraient plus soutenables. Le pehlvi contient des mots sémitiques mais non des mots arabes, et la filiation de ces langues, leur parenté du moins, est scientifiquement établie.

D’autres savants prétendaient que la langue avestique n’était que du sanscrit mutilé exprès ou par ignorance et n’avait jamais pu avoir une existence propre. L’Allemagne se montra en général plus favorable à la découverte du savant français. Meiners et Tychsen, il est vrai, se joignirent à Jones pour repousser la version d’Anquetil. Mais Kleuker(') traduisit cette œuvre et dans un appendice il rapporta les passages des auteurs anciens, relatifs à la religion des Mages. C’est sur ce rapprochement qu’il établit l’authenticité des livres parses. Mais celui qui mit la dernière main à la besogne fut le célèbre danois Emmanuel Rask qui se rendit à Bombay pour procurer à l’Université de Copenhague de nombreux manuscrits parses. En 1826, il publia un petit écrit qui mit fin à la controverse en démontrant que le zend est une langue déterminée, ayant ses lois à elle et sœur du sanscrit (^).

On pourrait aujourd’hui renforcer ces preuves et démontrer que le zend n’est pas seulement une langue sœur du sanscrit, mais qu’il a conservé des formes anciennes que la langue des brahmanes a perdues. Telles sont, par exemple, sa (= ao), suffixe de la 2® personne du singulier des temps secondaires du moyen (sanscrit thâs) ; vahi, de la !'■« personne du duel actif (sanscrit vas) ; les formes fortes aux accusatifs du pluriel, etc. (*)

(*) Kleuker. Zoroaster’s Lehendisches wort.

(^) Ueber dos Alter und die Æchtheit der Zendsprache und das.Zend-Avesta.Meihtviüizi von V. de Ha^eu. Berlin, 1826.

INTRODUCTION

LZVIl

En même temps que ces preuves philologiques s’établissaient, on avait reconnu que la transmission du texte écrit des livres zoroastriens pouvait se constater d’une manière ininterrompue et que les croyances et pratiques religieuses exposées dans les livres-manuscrits d’Anquetil, ne différaient point, quant au fond, de celles attribuées aux Perses par les auteurs grecs et latins.

Il nous est impossible de reproduire ici tous les passages des écrivains de l’antiquité qui démontrent cette double thèse ; nous devons nous borner à en citer les principaux:

A) Transmission ininterrompue du texte zend.

1. Le péripatéticien Hermippe de Smyrne (III® siècle avant J.-C.) écrivit de nombreux traités sur les livres religieux de la Perse; il énumère tous les écrits de Zoroastre et parle de leur contenu (Voy. Pline. H. N. XXX, I. 2 ; Diog. Laert. Proœm. 6, éd. Hübner) ;

2. Nicolas de Damas (I*f siècle avant J.-C.) affirme que Cyrus apprit dans sa jeunesse les sentences de Zoroastre {frag.Qô, éd. Millier). Comparez Platon, Alcibiade I, circa finem ;

3. Pline (commencement du I®’’ siècle de l’ère chrét.) rapporte plusieurs des prescriptions de l’Avesta. Voy. H. N. XVIII, 55;

4. Philon de Byblos (!«'■ siècle P.-C.)cite textuellement un passage extrait des livres de Zoroastre et relatif à la nature de Dieu {frag. 9, éd. Millier);

5. Dion Chrysostome (fin du i®'' siècle P.-C.) parle longuement des hymnes zoroastriens, où sont chantés le soleil et le char du Dieu suprême, qu’il confond avec ^euî. Ce char n’est autre chose que l’ordre de l’univers, la marche du temps et des corps célestes ;

6. Pausanias (milieu du II® siècle P.-C.) décrit un sacrifice offert par des Mages à Hierocésarée, sacrifice dont il fut témoin. Les cérémonies qu’il décrit sont bien celles de la loi de Zoroastre; il dit d’ailleurs en termes exprès; le Mage invoqueje ne sais quel Dieu par des prières tirées d’un livre écrit en une langue barbare, inconnue aux Grecs ( Voyage en Élide, livre V.ch. XXVII, 3.). Clément d’Alexandrie (fin du II® siècle P.-C.) affirme que les disciples de Prodicus se vantaient de posséder les écrits de Zoroastre. Voy. Stromat. V, p. 598. Nous touchons ainsi aux temps des Sassanides.

B.) Textes relatifs aux croyances et aux pratiques religieuses des Perses.

1® Croyance aux deux principes opposés QpopaaSy)? et Ap£ip.âvtoç (les Grecs appellent aussi ce dernier Hadès). Voy. Eudoxe de Cnide, Théopompe et Aristote ap. Diog. Laert. Proœm. IL 6, 8; Plutarque. De Iside, 46-47 ; id. Themistocle 28 ; Strabon XV. III, 13; Agathias II. 24. — Défaite finale d’Areimanios. Voy. Théopompe ap. Plut. De Iside, 47.

2® Les Perses n’ont ni temples ni représentations de la divinité, ils sacrifient sur les hauteurs. Hérodote 1. 131; Xen. Cyr. VIII. 7, 3; Dino. ap. Clem. Alex. Cohort, ad gentes V, p. 56, éd. Potter; Cicéron. De leg. IL 10; Strabon XV. III, 13. — Pour eux le feu et l’eau sont les seuls représentants de l’être divin. Voy. Dino, p. 9 éd. Müller.

3® Culte du feu, sacrifices qui lui sont offerts. Strabon XV. III, 14; Hérod. III, 16. — Le feu sacré était porté devant le roi des Perses. Amm. Marc, loc.cit. — Les Mages du dernier des Darius accompagnent l’autel du feu en chantant des hymnes dans une langue mystérieuse. Quint. Curt. III. 3, 8. — Pausanias. Voyage de Lydie, V. 27, 3, décrit l’autel du feu et le représente tel que l’indique VAvesta.

INTRODUCTION

40 Culte de la terre, libations. Artaxerxès 23; Æschyle, Parser 523; Xen.

Cyr. III, 3. 22.

50 L’eau est chez les Perses l’objet d’un respect religieux ; ils ne peuvent s’en servir que pour boire, pour se purifier ou pour arroser les plantes. Amm. Marc. XXIII. 6, 24; Agathias II. 24; Strabon XV. III, 14 med.

6° Horreur des Perses pour le mensonge. Hérod. I, 138; Strabon XV. III, 18; Platon, Alcibiade 1.122.— Le simple serrement des mains à la conclusion des contrats est un gage assuré de leur exécution. Hérod. I. 136 ; Diod. Sic. XVI. 43. — Contracter des dettes est regardé comme un acte honteux. Hérod. I. 138.

70 Distinction établie entre les créatures du bon esprit et celles du mauvais, prescriptions relatives à la propagation des uns et à la destruction des autres. Agathias II. 24 ; Plut. De Iside 47 ; Quæst. conviv. IV. 5,2. — Hérod. I. 140. inf., dit que les prêtres perses s’appliquent à tuer les serpents, les fourmis, etc.

8® Culte de Mithra. Quint. Curt. IV. 13, ante med. ; Strabon XV. III, 13.

Culte d’Anàhita. Strabon XI. VIII, 4 med. ; XV. III, 15. Strabon appelle ce génie Anaïtis (Voyez Windischmann, Anâhita).

Tistrya. Le créateur a placé Sirius dans le ciel pour qu’il en soit le gardien. Plut. De Iside, loc. cit.

9® Sacrifice du Hôma. Plut. ibid, le décrit tel qu’il est encore en usage aujourd’hui.

10® Usage du Bareçman. Dino frag. 9 éd. Müller ; Strabon XV. III, 14 inf. — Usage du Paitidâna. Sirabon XV. III, 15. c. med.

Chant des hymnes du Yaçna, etc. pendant le sacrifice. Strabon ibid. 14; Pausanias, loc. cit.; Hérod. I. 132; Quint. Curt. III. 3, 8.

11® Mode d’enterrement. Les chiens sont appelés ensevelisseurs, £VTacpii(rrat par les Bactriens (Strabon XI. II, 3). Onesicorios accuse ces peuples de livrer aux chiens les vieillards et les infirmes (Strab. ibid.). Nous verrons au Veyididâd III, la source de cette erreur. Comp. Hérodote I. 40. init. ; Eusèb. Praep. Evang. p. 277 ; Agathias II. 23. éd. Niebuhr.

Nous pourrions poursuivre plus loin encore cette étude comparative, mais elle nous entraînerait au delà des bornes prescrites. Il faudrait citer des pages entières des auteurs grecs. Ce qui précède suffira amplement.

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